email print share on Facebook share on Twitter share on reddit pin on Pinterest

ARE YOU SERIES 2019

Critique série : Les Sauvages

par 

- Rebecca Zlotowski livre une adaptation ambitieuse et percutante du roman fleuve de Sabri Louatah, véritable fresque sociale et politique, montrée à Bruxelles à l’occasion du festival Are You Series?

Critique série : Les Sauvages
Roschdy Zem dans Les Sauvages

A l’image de l’oeuvre de Sabri Louatah, version moderne du roman feuilletonnant du XIXe siècle, dont la série est une adaptation, Les Sauvages est une fresque sociale et politique d’envergure, une comédie humaine qui interroge la société française dans ses fractures et des contradictions. Qu’est-ce qui fait la France d’aujourd’hui? Qu’est-ce qu’être français? Et que fait-on de ce fameux "vivre ensemble"? Les spectateurs d’Are You Series?, le festival bruxellois qui diffuse sur grand écran le meilleur du petit écran, se verront poser ces questions ce week-end par la cinéaste Rebecca Zlotowski, à l’oeuvre derrière cette transposition.

(L'article continue plus bas - Inf. publicitaire)

A la veille du deuxième tour de l’Election Présidentielle, grand rendez-vous politique national, le pays suspend son souffle alors que la France est sur le point d’élire son premier Président issu de l’immigration. Le pays frémit, agité aussi bien par cette promesse d’un nouvel élan, que par le racisme à peine étouffé d’une partie de la population. Tout sourit à Fouad Nerrouche, jeune acteur populaire, star d’une série télévisée qui cartonne, et par ailleurs fiancé de Jasmine, la fille du candidat favori à l’élection présidentielle, Idder Chaouch. Mais Chaouch, lors d’un bain de foule, est la cible d’un tireur. Un tireur que connait bien Fouad…

Avec virtuosité, la réalisatrice dresse le portrait sans cesse entrecroisé des différents membres de ces deux familles, celle du Président, et la famille Nerrouche, au sein de laquelle deux frères s’opposent: Fouad, l’acteur star, arrivé socialement, et Nazir, l’inquiétant chef de bande condamné pour incitation à la haine raciale.

Le récit brasse de grandes peurs, et bouscule les amalgames. Terrorisme et racisme gangrènent un pays en état d’urgence, pourtant, l’espoir d’une société plus inclusive est bien là. La série porte son regard sur des minorités qu’elle traite en majorité. Si le récit déroule diverses situations mettant en scène les clichés dépourvus de nuance concernant les français issus de l’immigration maghrébine, forcément religieux ou athées, intégrés ou communautaristes, extrémistes ou apparemment indifférents, les personnages face aux contradictions de la société et à leurs propres contradictions échappent aux stéréotypes pour créer des figures fictionnelles mues par leur complexité et leur diversité.

"Le mal est tapi en chacun de nous. Nous sommes capables du meilleur et du pire. Les plus civilisés des hommes et les plus parfaits sauvages." Avant de prononcer ces mots lors de son discours d’investiture, Idder Chaouch (imposant Roschdy Zem en Obama français) traverse en quelques jours un tourbillon personnel et politique qui fait office de crise d’identité nationale pour tout un pays. Ces contradictions, aussi intimes que sociétales, sont portées à leur paroxysme par le conflit fratricide entre Fouad et Nazir. Les dichotomies se déclinent à l’infini dans une France fracturée, entre le haut et le bas, Paris et la province, le centre ville et les cités industrielles abandonnées, les laïcs et les religieux, les français "de souche" paralysés par leur peur de l’étranger et la France métissée, fruit d’un savant mélange.

Consciente du pouvoir de la fiction quand il s’agit d’enrichir les imaginaires, et de sa capacité à anticiper, voir encourager les changements de paradigmes sociologiques, la réalisatrice livre une épopée lyrique ultra-contemporaine. La série offre une entreprise de déconstruction des stéréotypes, de son titre provocateur (Les Sauvages, donc) jusqu’au plus secondaire des personnages.

A l’image de la jeune femme présidente de Baron Noir, (ou des séries américaines comme 24 heures ou A la Maison Blanche), le président issu de l’immigration des Sauvages offre un personnage de fiction exemplaire dans un paysage audiovisuel francophone qui peine encore à refléter la diversité de sa population.

Les Sauvages est une mini-série de 6 épisodes de 52mn produite par Canal+, CPB Films et Scarlett Production, réalisée par Rebecca Zlotowski (Planétarium [+lire aussi :
critique
bande-annonce
interview : Rebecca Zlotowski
fiche film
]
, Une fille facile [+lire aussi :
critique
bande-annonce
interview : Rebecca Zlotowski
fiche film
]
), et co-écrite par la cinéaste et Sabri Louatah, l’auteur du roman en quatre tomes adapté pour l’occasion.

(L'article continue plus bas - Inf. publicitaire)

Vous avez aimé cet article ? Abonnez-vous à notre newsletter et recevez plus d'articles comme celui-ci, directement dans votre boîte mail.