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FILMS / CRITIQUES Allemagne

Critique : Status and Terrain

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- Ce film de Ute Adamczewski, élu meilleur film allemand à DOK Leipzig, s'intéresse à plusieurs espaces en Saxe dans le contexte de leur histoire d'anciens camps de concentration nazis

Critique : Status and Terrain

Très vite après qu'Hitler et les national-socialistes soient arrivés au pouvoir, les premières "gardes protectrices" ont été créées dans des écoles abandonnées ou reconverties, des clubs de jeunesse, des usines, des maisons de la culture et d’autres espaces. Au printemps 1933, déjà, 200 000 opposants politiques, membres des partis communiste et social-démocrate ou "marxistes" avaient déjà été emprisonnés dans ce qui était déjà, à vrai dire, des camps de concentration. Le premier long-métrage documentaire d'Ute Adamczewski, Status and Terrain [+lire aussi :
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, gagnant du prix du meilleur film allemand à la dernière édition de DOK Leipzig, explore ces faits peu connus du plus grand nombre à travers des lettres, des témoignages de victimes et des documents officiels des SA, des SS et des centres administratifs de Saxe, où la pratique a été la plus courante du fait que la région était un centre névralgique du mouvement travailliste, et donc considérée comme la plus dangereuse pour les nazis.

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Le terme de "garde protégée" vient d’une élaboration nazie dans un journal : l’humeur du public était "si échauffée" que les structures en place ne pouvaient pas garantir la "sûreté" des opposants à l’idéologie dominante. En d’autres termes, ce n’était pas les national-socialistes qui voulaient dégager leurs opposants, mais la nation elle-même, dans son enthousiasme sûr de son bon droit pour la pureté de la race allemande. Dans le même esprit, ce genre de "garde protégée" n’était pas appelée prison, mais plutôt camp de rééducation en "germanité".

Si ce mécanisme de logique pernicieusement inversée rappelle les discours d’aujourd’hui, c’est normal. Status and Terrain prend ces documents, lus par une femme en voix off, indiquant soigneusement la date et la signature à chaque fois, et les oppose avec des images filmées aujourd’hui d’endroits en Saxe où ces établissements se trouvaient auparavant. Nous voyons plusieurs lieux à Dresde, Struppen, Chemnitz, Waldenburg, Sachsenburg, Hochstein et Reichenberg par un beau matin d’automne ensoleillé, ou une soirée d’hiver enneigée, tandis qu’on écoute ce qui s’est passé là en 1933, 1936 ou 1940. Certains de ces endroits sont des sites historiques, comme le terrible Château de Colditz ou la Münchner Platz de Dresde. Dans d'autres cas, à la place des anciens camps se trouvent maintenant des parkings de supermarché avec une plaque commémorative cachée quelque part dans des buissons.

Les nombreux niveaus de ce film complexe se reflètent si efficacement les uns les autres que quand la caméra du directeur de la photographie Stefan Neuberger (qui a notamment travaillé sur Heimat Is a Space in Time [+lire aussi :
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de Thomas Heise, pour donner un exemple) zoome sur les bottes d'un Père Noël au marché de Noël d'Annaberg, on peut pratiquement entendre le son des bottes des soldats en train de marcher. Quand la voix off lit un témoignage sur un groupe de skinheads faisant irruption dans un bar en 1990, terrorisant les clients, qui les dépassaient largement en nombre mais sont restés silencieux, on n'est pas surpris. Quand on entend une liste de gardes SS comprenant un tailleur, un marchand, un clerc d’avocat et un apprenti boulanger, notre esprit imagine facilement tout groupement d’extrême droite au XXIe siècle.

Dans le titre allemand du film, Zustand indique un état ou une condition qui est fixe mais aussi temporaire dans le sens de l’interprétation, alors que Gelände est un site ou un paysage qui est défini et mesuré et peut servir un objectif spécifique qui peut cependant changer. C’est le premier niveau du film, qui, ensuite, établit des parallèles entre eux et place en contraste des conditions (humaines et politiques) avec des espaces (physiques et symboliques), montrant combien la mémoire est inutile si elle n’est pas maintenue à travers la représentation physique (en écrivant ou construisant un monument). Mais ce n’est pas suffisant non plus, : la mémoire a besoin d’être rafraîchie car les lectures de ces représentations changent à travers les différentes époques, de sorte que Status and Terrain est une tentative pleine d'observations intéressantes, et qui vient à point, pour préserver et recontextualiser des événements et idées qu'on tient pour acquis depuis trop longtemps.

Status and Terrain a été produit par Ute Adamczewski.

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(Traduit de l'anglais)

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