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IFFR 2020 Voices

Critique : Tantas almas

par 

- Le premier long métrage de fiction du réalisateur colombien installé en Belgique Nicolás Rincón Gille est une épopée mémorielle sur les traces de la guerre civile colombienne

Critique : Tantas almas
José Arley de Jesús Carvallido Lobo dans Tantas almas

Avec Valley of Souls, Nicolás Rincón Gille, qui s’était jusqu’ici illustré dans le documentaire, livre une fiction sur la mort et l’absurdité de la guerre profondément ancrée dans la vie bruissante du fleuve Magdalena Medio. Découverte cet automne à Busan, et lauréat de l’Etoile d’Or au Festival du Film de Marrakech en décembre, le film est montré cette semaine à l’IFFR dans la section Voices.

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José, un pêcheur colombien, rentre chez lui après une longue nuit de travail. À son retour, il découvre son village ravagé et sa fille en état de choc. Les paramilitaires ont tué ses deux fils, Dionisio et Rafael, et jeté leurs corps dans le fleuve. Submergé par la douleur, José décide de rechercher leurs dépouilles pour leur offrir une sépulture et surtout sauver leurs âmes d’une errance sans fin.

Il s’élance alors dans une quête insatiable, déterminé à surmonter son impossible deuil en offrant un digne au revoir à ses fils. La trajectoire individuelle de ce père prend une dimension épique, convoquant les esprits des victimes comme celui du fleuve, artère principale du film, ligne d’espace et de temps, véritable colonne vertébrale. Cette remontée du fleuve, tellement organique, fait écho à bien des récits mythologiques.

Pourtant, c’est l’histoire contemporaine de son pays qu’explore ici Nicolás Rincón Gille, guidé par José, héros et passeur. Passeur d’âmes, passeur de mémoire. A l’image récente d’un autre film réalisé par un cinéaste sud américain installé en Belgique, Nuestras madres [+lire aussi :
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de Cesar Díaz, Caméra d’or à Cannes pour son récit à la fois intime et générationnel des blessures du génocide guatémaltèque, Rincón Gille délivre ici une ode aux victimes de la guerre civile colombienne, véritable élégie immersive qui invente des images et des mots pour penser les maux. “Merci à ceux qui ont accepté de revisiter ces temps obscurs”, signe-t-il à la fin du film. Valley of Souls offre une stèle à la mémoire de toutes les victimes de l’AUC.

Si le film, et son récit qui progresse au tempo du fleuve, sont d’un majestueux réalisme, quelques scènes, telles des tableaux, soulignent le caractère absurde et arbitraire de la folie des hommes. Les esprits du titre, insaisissables, hantent les flots et les berges du fleuve. José s’accroche à quelques objets, véritables reliques, un maillot de foot, un pendentif. Ce sont finalement quelques notes de musique entendues au loin qui vont convoquer chez le vieil homme la figure de son fils Dioniso, et le pousser dans ses retranchements.

Cette élégie est portée par José, incarné par José Arley de Jesús Carvallido Lobo dont c’est le premier rôle, et qui habite l’écran et cette jungle avec une présence forte et sereine. La dramaturgie s’appuie sur l’étrange confrontation entre la violence aveugle des miliciens, et la sérénité impassible de José, qui culmine lors d’une scène dantesque où il s’extirpe d’un affrontement tragique avec le chef de la milice grâce à son amour du cyclisme et à une victoire colombienne lors du Tour de France.

Valley of Souls est produit par Aurélien Bodinaux pour Néon Rouge (Belgique), Medio de Contención Productionnes (Colombie), Ancine Brasil (Brésil) et Tact Production (France), et vendu par la société bruxelloise Best Friend Forever.

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