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CARTOON MOVIE 2020

Europa Distribution discute de la situation actuelle de l'animation à Cartoon Movie

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- Les membres du réseau ont évoqué les films récemment distribués partout en Europe, comme Buñuel après l'Âge d'or, Pachamama et Manou, à l'école des goélands

Europa Distribution discute de la situation actuelle de l'animation à Cartoon Movie
Frank Johnsen pendant l'étude de cas de Manou, à l'école des goélands à l'atelier Europa Distribution de Cartoon Movie (© Europa Distribution)

Au cours de ces dernières années, plusieurs distributeurs indépendants ont commencé à investir dans les films d’animation destinés à un public familial afin de diversifier leur line-up et d’élargir leur public. Il y a encore 5 ou 6 ans, les grands studios spécialisés dans l’animation produisaient peu de films par an, respectant ainsi un calendrier établi. De nombreux distributeurs indépendants ont alors perçu le marché de niche que représentait ce secteur. La hausse considérable du nombre de sorties annuelles de films d’animation, productions à la fois de grands studios et de sociétés indépendantes, a tout changé. La concurrence autour de la diffusion et de la manière d’attirer les jeunes s’est inévitablement intensifiée. Certains distributeurs ont aujourd’hui le sentiment que le secteur de l’animation indépendante est proche de la saturation sur plusieurs territoires européens. Comment peuvent-ils aider ces films à circuler et à rencontrer de nouveaux publics ?

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À l’occasion du forum Cartoon Movie qui s’est tenu à Bordeaux du 3 au 5 mars, Europa Distribution a organisé pour ses membres un atelier autour de la sortie en salle des films d’animation, invitant les distributeurs à discuter de leurs expériences. Ils ont pu mettre en lumière leurs meilleures pratiques, mais également leurs échecs ce qui fut un moment précieux de partage et d’enseignement.

Laure Caillol (Haut et Court, France) a ouvert la séance en évoquant la sortie du film de Juan Antin, Pachamama [+lire aussi :
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, une coproduction française, luxembourgeoise et canadienne, produite par l’équipe à qui l’on doit de grands films comme Kirikou et Ernest et Célestine [+lire aussi :
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et avec laquelle Haut et Court entretient une relation de longue date. Sa période de sortie en France, marquée par des grèves et des manifestations, n’a pas empêché les avant-premières (environ 200) de remporter un franc succès. Caillol a précisé qu’il fallait plus de temps aux films d’animation indépendants qu’aux films en prises de vues réelles pour rencontrer leur public. D’où l’importance que ces films reçoivent un soutien pour prolonger leur durée de vie. Ce titre a par exemple remporté l’adhésion des jeunes Français, ce qui a conduit les exploitants à prendre et à maintenir le film à l’affiche. En cas de sélection dans le cadre du programme “École et cinéma”, les projections scolaires allongeraient sa durée de vie, pouvant aller jusqu’à tripler le nombre global d’entrées.

Joao Paulo Abreu (Films4You, Portugal) et Emil Simeonov (Pro Films, Bulgarie) ont comparé leur stratégie et leurs résultats à l’occasion de la sortie de La Grande Cavale [+lire aussi :
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(Allemagne/Belgique) sur leurs territoires respectifs. Deux grandes sociétés monopolisent le marché de l’exploitation cinématographique, c’est-à-dire 60 % du marché portugais et 85 % du bulgare, et sur ces deux territoires, le nombre excessif de productions ciblant le jeune public et sorties sur une même période explique la décision de ces sociétés de ne pas prendre le film. Ce faisant, seules quelques projections ont été possibles qui n’ont pas réussi à satisfaire les attentes des distributeurs.

En proposant de comparer la sortie de deux genres de films d’animation différents sur un même territoire, Joao Froes (Outsider Films, Portugal) a partagé certains détails des campagnes créées par sa société pour Oscar et le monde des chats (Chine) et pour Mary et la fleur de la sorcière (Japon). La concurrence a une fois encore été déterminante pour le succès des films. En effet, en dépit de la période de sortie d’habitude plus favorable pour attirer un jeune public, et avec un budget dédié à la promotion et à la publicité identique à Oscar et le monde des chats, Mary et la fleur de la sorcière n’est pas parvenu aux mêmes résultats. Le film a dû faire face à une concurrence colossale du film d’animation populaire russe The Big Trip.

La production de Manou à l'école des goélands [+lire aussi :
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(Allemagne) a connu quelques difficultés qui ont conduit au report de la date de sortie sur les territoires qui avaient acquis le film. Mais grâce au programme de soutien sélectif de MEDIA, les distributeurs ont pu compter sur un financement supplémentaire. Frank Johnsen (Storytelling) a expliqué qu’au cours de ces trois dernières années en Norvège, la situation des films d’animation avait rapidement évolué. “Quand il y a de cela 3 ans et demi, nous avons commencé à produire des films d’animation, trouver de la place pour projeter nos films n’était pas un problème, car les grands studios avaient des créneaux de sorties fixes. Maintenant que beaucoup d’autres distributeurs se sont lancés dans le cinéma d’animation, trouver une date est compliqué”. Pour faire face à cette concurrence féroce, Johnsen a conseillé de porter une attention toute particulière aux titres, essentiels pour le positionnement du film sur le marché local, et au doublage. Avec Manou à l'école des goélands par exemple, Storytelling a décidé de faire appel à de jeunes influenceurs norvégiens plutôt qu’à des acteurs pour renforcer la promotion des films.

Sabine Hofmann (Polyfilm, Autriche) a présenté le marché autrichien, qui en raison de son étroitesse, obligent les distributeurs locaux à obtenir des sous-licences des distributeurs allemands. Les spectateurs sont habitués à ne voir les films qu’en allemand et les coûts de doublage seraient prohibitifs pour les distributeurs locaux. Entre Polyfilm et l’animation, l’histoire d’amour dure depuis 30 ans, depuis la sortie sur les écrans des courts-métrages Creature Comforts d’Aardman. Pendant pas moins de six ans (1989-1995), Wallace & Gromit a été diffusé par intermittence au cinéma réalisant au total plus de 100 000 entrées. En acquérant pendant des années des films qu’elle aime et auxquels elle croit, l’équipe de Polyfilm a appris à maintenir certaines sorties à un niveau modeste pour rentabiliser les sommes investies. Buñuel après l'âge d'or [+lire aussi :
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est un film d’animation indépendant basé sur un roman graphique qui s’articule autour du tournage de Terre sans pain réalisé par Luis Buñuel en 1933. Avec ce long-métrage, Polyfilm va adopter une stratégie de projections événementielles destinées aux adultes et aux étudiants férus d’histoire, d’art et de cinéma, et ce grâce également à une collaboration avec les écoles de cinéma et d’art. La sortie du film est prévue mi-mars.

Au cours de cet atelier, certaines spécificités des difficultés liées à la sortie de films d’animation ont émergé : concurrence en matière de projections et dans la manière de séduire un jeune public, besoin de financement et de soutien pour produire davantage de contenus destinés aux enfants, importance de sorties qui durent et d’expositions supplémentaires, et valeur ajoutée des programmes qui permettent aux films d’avoir une seconde vie auprès des écoles.

L’année prochaine, Europa Distribution poursuivra son partenariat avec Cartoon afin d’aider les distributeurs à trouver les nouvelles pépites du monde de l’animation et de partager avec d’autres sociétés de production des idées et des techniques sur la manière de favoriser la rencontre de grands films avec le public.

(Traduit de l'anglais par Karine Breysse)

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