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VISIONS DU RÉEL 2020

Critique : One More Jump

par 

- Dans ce documentaire sur le Gaza Parkour Team, Emanuele Gerosa dépeint avec sensibilité la condition douloureuse et frustrante des jeunes Palestiniens vivant sur la Bande de Gaza

Critique : One More Jump

Si le parkour est l'art de franchir tous les obstacles sur son chemin, dans la Bande de Gaza, il y a un élément supplémentaire : une pure question de survie. Dans ce lieu où les murs et barrières sont partout, ce sport acrobatique est une des rares manières qu'on peut trouver de se sentir libre, de sauter, de voltiger dans les airs, de prendre des risques. C’est parmi de jeunes Palestiniens pratiquant cette discipline (née dans les rues de la banlieue parisienne dans les années 1990) que nous amène Emanuele Gerosa dans le documentaire One More Jump [+lire aussi :
bande-annonce
fiche film
]
, actuellement au programme de l’édition en ligne de Visions du Réel, en compétition nationale, après sa première mondiale en octobre dernier à la Fête du Cinéma de Rome, dans la section Alice nella Città. Il s'agit d'un travail particulièrement significatif, évocateur et jamais rhétorique, qui témoigne de beaucoup de respect et de sensibilité par rapport à la condition de ces jeunes, à cette jeunesse douloureuse et frustrante.

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Le film suit les destins opposés et parallèles de deux amis, Jehad et Abdallah. Le premier est à Gaza, où il s’occupe de son père malade et rêve de fuir en Europe, et le second est parvenu à fuir la Bande pour aller vivre en Italie, mais il rêve de revenir un jour chez lui. Abdallah a été le fondateur de la Gaza Parkour Team quelques années plutôt. Jehad a recueilli son témoignage, quand son ami est parti. Il ne lui a jamais pardonné cette fuite ("nous devions partir ensemble"). Depuis, ils ne se parlent plus. Jehad continue d'entraîner des enfants et adolescents au parkour, sous l’œil des drones Israéliens ("Vous aussi, à votre tour, vous devez l’enseigner à ceux qui viendront après vous") tandis qu’Abdallah, qui veut faire les choses sérieusement et devenir athlète professionnel, décide de participer à un concours international de parkour en Suède.

Jehad court et saute avec son équipe parmi les décombres et les squelettes d'immeubles bombardés à Khan Yunis. Abdallah s’entraîne dans les passages souterrains de la gare de Florence ou sur les rives de l'Arno. La caméra les suit de près, dans un festival d’acrobaties à couper le souffle, et l'effet est spectaculaire. Mais ce sont les visages marqués par la souffrance des deux héros qui sont le vrai coeur de ce documentaire. Sur l'un, on lit le manque de perspectives, le sentiment d’être emprisonné, le désir de connaître le monde ; sur l'autre, les difficultés d’intégration, la nostalgie de son pays et la conscience de ne pouvoir jamais y retourner. Jehad et Abdallah incarnent les contradictions d’une génération de Palestiniens condamnés à vivre dans une prison à ciel ouvert et à se sentir étrangers ou qu’ils soient, même chez eux. Le désespoir est iécrit sur leur visage. Et la sensation d'exil qu'on lit dans les yeux d'Abdallah quand il se retrouve, lui qui est habitué à faire des cabrioles parmi les ruines et les colonnes de fumée, devant les obstacles en aggloméré de la compétition suédoise, parmi une assemblée de jeunes joyeux et beaux, est une représentation condensée de tout le film.

One More Jump a été produit par Enrica Capra pour GraffitiDoc en collaboration avec Rai Cinema, en coproduction avec Amka Films Productions (Suisse), RSI Radiotelevisione svizzera, Aljazeera Documentary Channel, ITAR Productions (Liban) et Oneworld DocuMakers (Italie). Les ventes internationales du film ont été confiées à Fandango Sales.

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(Traduit de l'italien)

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