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SARAJEVO 2020 Compétition

Critique : The Island Within

par 

- Le deuxième film du réalisateur azéri Ru Hasanov est un récit étrangement spécifique sur un personnage particulier qui se place dans des circonstances extraordinaires

Critique : The Island Within
Orkhan Ata et Vidadi Hasanov dans The Island Within

Le deuxième long-métrage du scénariste et réalisateur azéri Ru Hasanov (Chameleon [+lire aussi :
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), The Island Within [+lire aussi :
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interview : Ru Hasanov
fiche film
]
suit un personnage très spécial qui se retrouve dans des circonstances extraordinaires, puis les rend encore plus étranges lui-même. Fort d'une photographie élégante et complexe et d'une solide troupe d'acteurs, il nous raconte une histoire de solitude et d’abus au sein de la famille, d’ambition maladive, d’évasion et de désir de libération. Le film vient de faire sa première mondiale dans le cadre de la compétition longs-métrages du Festival de Sarajevo.

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Seymour Tahirbekov (Orkhan Ata) est un grand maître international des échecs qui remporte un tournoi qualificatif à Paris et gagne le droit de défier le champion du monde en titre. Entraîné et guidé par son père Khanlar (Vidadi Hasanov), un homme empli d’une sombre ambition qui a des airs d'officier du KGB, Seymour entre en Azerbaïdjan pour une pratique intensive avant la grande partie, mais aussi pour parader aux côtés de politiciens corrompus pour lesquels il n’est qu’un instrument d'auto-promotion. Il rend aussi visite à son cher grand-père Anwar (Rafig Azimov), qui lui parle d’une île secrète où il a passé des journées parmi les meilleures de sa vie.

Tandis que la pression de la part de Khanlar et du public s'intensifie, Seymour, qui est déjà un jeune homme timide, émotionnellement retardé et frustré au départ, se met à s'effondrer face à cette pression psychologique. Après la mort d'Anwar, une séquence semblable à un rêve où Seymour joue aux échecs contre une belle femme nue semble marquer un point de rupture. Il se tond la tête, met un jogging, un pull de l’AC Milan et des lunettes de soleil et se rend sur l'île dont son grand-père lui a parlé. Là, il se rapproche du seul habitant des lieux, un fermier vieux et sage, mais il se perd aussi dans sa propre tête : sa réalité devient fragmentée et peu fiable. Pendant ce temps, Khanlar et ses amis puissants lancent des recherches...

Le film, qui s’ouvre sur une séquence de vidéo amateur en noir et blanc sur une fête de circoncision, immédiatement suivie par un perçage d’oreille imaginaire que Seymour effectue tout seul dans sa chambre d’hôtel à Paris, construit une atmosphère inconfortable où le grand thème qui surplombe le reste est celui de la relation entre un père ambitieux et un fils intimidé, dans le cadre d’une culture particulièrement patriarcale.

Mais tout n’est pas fatal et sinistre là-dedans : on retrouve quelque chose de l'humour caustique de Corneliu Porumboiu dans les interactions du héros avec plusieurs personnages secondaires. Par ailleurs, la photographie du chef-opérateur et co-monteur Orkhan Abbasoff est agréable à regarder, dominée par des couleurs nettes, elle propose des compositions d'intérieurs complexes et capture magnifiquement la nature sauvage des extérieurs de l'île. Dans les scènes nocturnes sur l'île, la caméra dévoile, dans une certaine mesure, l’univers intérieur confus de Seymour tout en conservant le mystère de son environnement physique.

La musique Farhad Farzali et Katya Yonder, dominée par le synthétiseur, est utilisée avec parcimonie mais de manière remarquablement évocative et fonctionne particulièrement bien dans la formidable scène de clôture du film, une des plus fortes du cinéma de fiction cette année.

Ata et Vidadi Hasanov font un excellent tandem. Le second mène initialement la danse tandis que le premier rebondit sur son jeu, jusqu’à ce que leurs rôles soient renversés et qu’ils finissent par prendre chacun des chemins séparés, comme leurs personnages.

The Island Within est une coproduction entre Coyote Cinema, Azerbaijan Film et Debut Film côté Azerbaïdjan, avec la société française Arizona Films Productions.

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(Traduit de l'anglais)

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