email print share on Facebook share on Twitter share on reddit pin on Pinterest

VENISE 2020 Giornate degli Autori

Critique : Conference

par 

- VENISE 2020 : Le nouveau film du scénariste et réalisateur russe Ivan I. Tverdovskiy, original et désarçonnant, est peut-être son travail le plus complexe et polémique à ce jour

Critique : Conference

Le scénariste et réalisateur russe Ivan I. Tverdovsky s’est surpassé avec son nouveau film, Conference [+lire aussi :
bande-annonce
interview : Ivan I. Tverdovsky
fiche film
]
, qui a fait sa première mondiale dans la section Giornate degli Autori de la Mostra de Venise. Après s'être fait un nom avec des films originaux et intenses sur des individus spéciaux qui essaient de s’insérer dans la société, comme Corrections Class [+lire aussi :
critique
bande-annonce
interview : Ivan I. Tverdovsky
fiche film
]
, Zoology [+lire aussi :
critique
bande-annonce
interview : Ivan I. Tverdovsky
fiche film
]
et Jumpman [+lire aussi :
critique
bande-annonce
interview : Ivan I. Tverdovsky
fiche film
]
, tous  projetés à Karlovy Vary, le nouveau film du réalisateur est de loin son plus complexe et polémique à ce jour. De nombreux spectateurs après l'avoir vu vont interroger l’argument de Tverdovsky et l’éthique de l'héroïne, extraordinaire et torturée, du film, mais il ne manquera pas de les secouer sur le plan émotionnel.

(L'article continue plus bas - Inf. publicitaire)

L'héroïne en question est Natasha (Natalya Pavlenko, de plus en plus impressionnante à chaque rôle), une bonne sœur qui arrive à Moscou le jour du 17e anniversaire de l’attaque du Théâtre Doubrovka, qui a fait au moins 170 otages et un nombre de terroristes tchétchènes qui n'a jamais été officiellement confirmé, pour organiser une soirée de commémoration. Armée d’argen et de la bénédiction de son prêtre, apparemment aveuglément soutenue par sa sœur Vera (Natalya Potapova), elle loue l’endroit pour une soirée avant d’aller rendre visite à sa sœur Galya (Kseniya Zueva). 

Natasha des survivants et leurs familles. Quelques dizaines de gens se retrouvent ainsi dans le hall de 800 sièges. Vêtue de son habit noir, elle se tient face à l'auditoire et explique qu’on a amené des mannequins gonflables pour représenter les victimes, les terroristes et ceux qui n’ont pas pu venir. Mais tandis que les participants, disséminés sur les fauteuils de cette vaste salle de spectacle, se mettent à gonfler les poupées blanches, noires et bleues, Natalya devient soudain une présence dominante. En guide spirituel et thérapeute, elle amène les survivants à reraconter et à revivre la tragédie. Tverdovsky développe le processus dans le scénario de telle manière que la confiance en soi de son héroïne grimpe et qu'elle est de moins en moins réservée, tant et si bien qu’à la fin de la nuit, les participants se retrouvent de nouveau dans leurs rôles d'otages d'autres façons que simplement métaphorique.

Tverdovsky reste à l'écart de toute controverse politique entourant la tragédie (les services de sécurité fédéraux russes et l’agence d’intelligence militaire GRU ont clairement eu un rôle décisif dans ce désastre) : c’est la complexité du personnage principal qui attise la curiosité du spectateur. Pourquoi sa fille la déteste-t-elle tant ? Pourquoi a-t-elle disparu depuis si longtemps ? Qu’est-ce qu’elle veut obtenir ? La réponse se trouve en partie dans le thème dominant de la peur, que le film aborde de manière variée et souvent inattendue, des interactions de Natalya avec sa famille (une courte scène avec son petit-fils Egor jure particulièrement) aux réactions hystériques de Galya en passant par une scène d’église belle comme un tableau où un prêtre prononce un sermon biblique condamnant cette émotion comme "le péché le plus fort", pour arriver enfin à la soirée de commémoration où les participants revivent les moments les plus terrifiants de leur vie.

Avec l’intrigue du film, l'intensité du sujet qu'il traite et son héroîne surprenante, le travail du chef-opérateur Fedor Glazachev contribue à faire de Conference un film si impressionnant grâce à des techniques vigoureusement variées, qui comprennent des gros plans qui désorientent, des plans larges monumentaux à l’intérieur du théâtre, des angles subjectifs de biais et des éclairages souvent surprenants liés à dimension religieuse du thème. Le design sonore de Rustam Medov et Horret Kuus fournit plus qu’un simple contexte : il reflète la peur et les impressions sensorielles exacerbées dans une situation où on ne peut que fuir ou se battre. 

Conference est une coproduction Nafta Films (Estonie), Vega Film et Ark Pictures (Russie), Revolver (Italie) et REASON8 Films (Royaume-Uni), qui gère aussi ses droits à l'international.

(L'article continue plus bas - Inf. publicitaire)

(Traduit de l'anglais)

Vous avez aimé cet article ? Abonnez-vous à notre newsletter et recevez plus d'articles comme celui-ci, directement dans votre boîte mail.

Privacy Policy