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IDFA 2020

Critique : Ultimina

par 

- Pour savourer ce documentaire de Jacopo Quadri, il faut reprendre le rythme des paysans de jadis et respirer au rythme de cette femme à l’esprit fier

Critique : Ultimina

Ultimina a tant de souvenirs, quelques remords et une certitude sur les femmes de son temps, victimes de pères patrons et de maris alcooliques : "Je leur aurais toutes fait divorcer, si j’avais pu". Aujourd'hui, Ultima Capecchi a 86 ans et elle est l'héroïne totale du documentaire Ultimina [+lire aussi :
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que lui a dédié Jacopo Quadri, présenté en avant-première mondiale dans le cadre de la Compétition moyens-métrages de l’IDFA-Festival international du documentaire d'Amsterdam, le plus grand festival du film documentaire au monde.

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Jacopo Quadri est considéré comme un des meilleurs monteurs italiens. Il a monté tous les films de Mario Martone et Gianfranco Rosi Mario et parmi les cinéastes avec lesquels il a collaboré figurent des grands noms comme Bernardo Bertolucci, Zhang Yuan, Apichatpong Weerasethakul et Paolo Virzì. En tant que réalisateur, après une série de courts-métrages expérimentaux, il a réalisé avec Mario Martone les longs-métrages documentaires La terra trema et Un posto al mondo. Son troisième documentaire, Lorello e Brunello [+lire aussi :
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(Prix Cipputi et mention spéciale du jury au Festival de Turin en 2017) était le carnet de bord d’une année passée avec les jumeaux agriculteurs du titre, dans la campagne de la Maremma toscane. Ultima Capecchi était déjà présente dans ce film ; elle le traversait, joyeuse et spirituelle. Ainsi, on peut voir Ultimina comme une sorte de suite à Lorello e Brunello, voulue par le réalisateur pour immortaliser cette femme d’un autre temps à la vitalité inépuisable.

Née du côté de Sovana, dans la Province de Grosseto, dans une famille pauvre de métayers, cinquième d’une famille de sept frères et sœurs ("on m’a appelée ainsi parce que mes parents n’en pouvaient plus d’avoir des enfants" – "ultima" signifie "la dernière", ndlt.). Ultimina est fière de la vie rude qu’elle a vécue, à s'occuper des chèvres, dans la neige, avec des chaussettes et un chandail de la laine grossière qui lui griffaient la peau ("Et je me gratte encore", plaisante-t-elle). Elle a fait l’école jusqu'au collège seulement, il y avait chez elle peu d’eau pour se laver. Elle s'est battue dans un monde où les femmes, soumises, doivent se conquérir un espace centimètre par centimètre. Une seule fois, elle est allée danser, puis plus jamais parce que de toute façon, c’était son frère qui choisissait avec elle dansait. Elle rencontre Goito et l'épouse à 17 ans. Son beau-père la traite comme une bête, de même que ses propres enfants d'ailleurs, et Goito s'avère rapidement être un alcoolique et un bon à rien. Ultimina nous montre de vieilles photos de son mari, de ses parents, de ses frères et ses neveux, des différents mariages, de communions. À présent, elle vit seule au milieu d’une campagne étrusque magnifique et dépeuplée, aux reflets de tuff rougeâtre. Le réalisateur est à côté d'elle pendant qu'elle cultive son potager, suspend du linge au soleil ; il la suit lors de ses visites au cimetière. "Salut tout le monde", dit Ultimina aux morts. Et assise dans sa cuisine, elle réfléchit sur les événements de sa vie, expression d’un univers révolu sur lequel il reste peu de témoins.

Pour savourer ce documentaire d’une durée de 61 minutes, il faut oublier l’esthétique de la hâte, retrouver le rythme paysan d'un temps, respirer au rythme de cette femme à l’esprit orgueilleux, qui ne s’est jamais arrêtée un seul instant.

Ultimina a été monté par Jacopo Quadri ; la photographie est de Greta De Lazzaris, la musique de Valerio Vigliar, le son de Daniela Bassani et Nicolò Tettamanti. Le film a été produit par Ubulibri en collaboration avec Rai Cinema.

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(Traduit de l'italien)

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