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FILMS / CRITIQUES Irlande / Royaume-Uni / Canada

Critique : The Nest

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- Neuf ans tout de même après Martha Marcy May Marlene, Sean Durkin met en scène Jude Law et Carrie Coon dans le rôle d'un couple malheureux et amer qui essaie de vivre la grande vie des années 1980

Critique : The Nest
Carrie Coon et Jude Law dans The Nest

Dans chaque pays, il n’y a sans doute qu’une poignée d'acteurs dotés de ce talent particulier d'élever chaque film dans lequel ils interviennent. Carrie Coon, l’actrice principale, américaine, de cette production autrement entièrement européenne et canadienne, est en train d’arriver gentiment à ce niveau. Dans The Nest, qui marque un de ses premiers rôles principaux au cinéma, après avoir impressionné dans les séries Fargo et The Leftovers, son interprétation caméléonesque parvient presque à elle seule a sauver de la banalité ce mélodrame, qui est solide mais suit une formule éculée. The Nest est le deuxième long-métrage longtemps attendu de Sean Durkin, dont le film précédent, Martha Marcy May Marlene, avait enflammé le circuit des festivals il y a près d'une décennie. Ce nouveau travail a fait sa première à Sundance et il a bien circulé en Europe tout ce deuxième semestre.

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Coon donne ici la réplique à Jude Law, une présence plus récurrente sur nos écrans, sa longévité tenant à sa grande polyvalence. Dans ses rôles pour des réalisateurs d'élite, comme Paolo Sorrentino et Steven Soderbergh, il arrive très bien à se glisser dans le grand projet d'ensemble du film, mais dans The Nest, comme on si on avait imprudemment lâché sa laisse, il se retrouve (presque littéralement) à grignoter les accessoires d’époque judicieusement choisis par l'équipe décors. Comme il sied pour dépeindre le milieu des requins de la finance des années 1980, il a ici une présence cocaïnée, bien qu’on ne le voie jamais prendre des drogues ni même boire énormément à l'écran. Sa femme et ses enfants adolescents, dans son "nid" familial troublé (le "nest" du titre, ndlt.), sont plus médiqués, par différents stimulants, et semblent avoir plus de pouvoir que lui.

The Nest applique de manière assez littérale les critères d'une coproduction internationale : le film se passe entre les États-Unis (quoiqu’il ait été tourné au Canada) et le Royaume-Uni. Inspiré par l’enfance transatlantique du réalisateur lui-même, et la dislocation inhérente à l’impératif de s’adapter à une nouvelle vie, The Nest nous présente la famille qu'on suit ici, les O’Hara, au moment où ils plient bagages pour aller de New York à une demeure du XVIIe siècle dans le Surrey, où Rory le "père" (en français dans le texte, ndlt.) est de retour pour un emploi prometteur à son ancienne boîte de courtage en bourse. Le personnage de Coon, Allison, est une enseignante d'équitation certaine d'être désorientée par rapport à son style de vie antérieur, plus équilibré et plus modeste. Quant à leurs pauvres enfants, Sam (Oona Roche) et Ben (Charlie Shotwell), ils vont devoir intégrer de nouvelles écoles et de nouveau cercles d'amis.

Rory est un menteur ordinaire, et un optimiste qui frôle le fantasme. Dans son nouvel emloi, il se conduit imprudemment en essayant de capitaliser sur la célèbre dérégulation du secteur financier à Londres, plus connue sous le nom de Big Bang, qui est survenue dans les années 1980 sous Margaret Thatcher. Allison se met progressivement à ressembler une épouse tourmentée issue d’un drame psychologique de Polanski ou Cassavetes, et la trajectoire du film se précipite vers une tragédie prévisible.

Dans ce film qui reste puissant malgré ses défauts, Durkin parvient à créer une vraie force dramatique dans des séquences croisées, à la fin du troisième acte, dont la plupart sont provoquées par la rebellion graduelle de Coon contre Law, dont les intentions sont bonnes mais qui veut tout contrôler. Cependant, tout au long de l’histoire, le dialogue et l’imagerie, trop schématiques, donnent une impression de littéralité et d'avoir été empruntés à des films plus onéreux et mieux maîtrisés. Le personnage de Coon est souvent montré seul en train de s’occuper de son précieux cheval (son mari a promis de lui construire un box à leur nouvelle demeure), qui pourrait tout aussi bien s’appeler "Symbolisme", dans la mesure où il reflète totalement le destin de ses propriétaires : tandis que les O’Hara répriment leurs émotions d'une manière toute britannique, comme le veut le stéréotype, le cheval hennit à plein volume dans les prés, comme si exprimait par ventriloquie ce qui n’est pas dit.

The Nest est une coproduction entre le Royaume-Uni, l’Irlande et le Canada qui a réuni les efforts de BBC Films, Element Pictures et Elevation Pictures. Les ventes internationales du film sont assurées par FilmNation Entertainment.

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(Traduit de l'anglais)

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