email print share on Facebook share on Twitter share on reddit pin on Pinterest

FILMS / CRITIQUES Italie

Critique : L'incroyable histoire de l'Île de la Rose

par 

- Netflix propose le nouveau film de Sydney Sibilia, qui raconte la véritable histoire d’une utopie extraordinaire, avec toutefois la main un peu lourde sur le grotesque, en diminuant l’effet épique

Critique : L'incroyable histoire de l'Île de la Rose
Elio Germano dans le rôle de Giorgio Rosa dans L'incroyable histoire de l'Île de la Rose

Il est de ces histoires dont, à peine on les entend, on se dit : "Il faudrait en faire un film". C’est ce qui s’est passé pour Sydney Sibilia quand il a eu connaissance de l'aventure incroyablement véridique, mais peu relatée, de la République espérantiste de l'Île des Roses, fondée en 1968 au large de Rimini et coulée (littéralement) quelques mois plus tard, en février 1969. C'est l’histoire d’une utopie née de l’esprit d’un ingénieur bolognais visionnaire, Giorgio Rosa, que le réalisateur de la trilogie des J'arrête quand je veux [+lire aussi :
critique
bande-annonce
interview : Sydney Sibilia
fiche film
]
, en complicité avec son associé côté production Matteo Rovere, a décidé de porter sur l’écran pour Netflix. Le résultat est L'incroyable histoire de l'Île de la Rose [+lire aussi :
bande-annonce
fiche film
]
, un film ambitieux et bien fait, mais avec, peut-être, un accent de trop sur l'aspect grotesque qui risque de ne pas faire honneur à l’entreprise extraordinaire dont il s'inspire.

(L'article continue plus bas - Inf. publicitaire)

L'histoire en tant que telle est folle : à une époque où les jeunes se battaient pour changer le monde (à la fin des années 60 du siècle dernier), le monde qu'il souhaitait, le jeune ingénieur (ici incarné par Elio Germano, élu meilleur acteur au dernier Festival de Berlin pour son rôle dans Je voulais me cacher [+lire aussi :
critique
bande-annonce
interview : Giorgio Diritti
fiche film
]
) se l'est construit directement tout seul, créant une plateforme/île d’acier de 400 mètres carrés à six milles de la côte de l’Émilie Romagne, dans les eaux extraterritoriales, où la seule règle en vigueur était d’être libres de toute règle. Rosa a demandé aux Nations-Unies que l'Île de la Rose, entretemps devenue l’objectif des rêveurs du monde entier, soit reconnue comme un État indépendant. L’initiative n’a plu en rien au gouvernement italien, qui a mis fin par la force à l’aventure de Rosa en faisant sauter dans les airs la plateforme – une intervention qui a été qualifiée de seule guerre d'agression jamais combattue par la République italienne.

Sibilia, assisté pour l’écriture du scénario par Francesca Manieri (déjà sa collaboratrice sur J'arrête quand je veux 2 : Masterclass [+lire aussi :
critique
bande-annonce
fiche film
]
et J'arrête quand je veux 3 : ad honorem [+lire aussi :
critique
bande-annonce
fiche film
]
), choisit de donner à toute l’aventure un ton comique, et ce dès la première séquence, où on voit l’ingénieur italien frigorifié dans le hall du bâtiment du Conseil de l’Europe à Strasbourg, car il attend depuis des jours d’être reçu par quelqu’un pour exposer son cas et faire valoir ses raisons face à un État italien qui, selon lui, ne connaît qu'une seule forme de liberté : celle qui est "conditionnée". Ce qui suit est un long flashback qui reparcourt les étapes précédant la fondation du petit État indépendant dont Rosa s’est autoproclamé président, de son diplôme d’ingénieur, en passant par la construction de "joujoux pour lesquels il se fait systématiquement arrêter" (car c'est ainsi que son ex petite amie Gabriella – jouée par Matilda De Angelis –, en colère, appelle ses inventions), jusqu’au moment où l’étincelle se produit, quand Giorgio l'anarchiste idéaliste pose son regard sur le panneau publicitaire d’une société pétrolière qui dit "Notre plateforme, ta liberté".

Le film, très habilement tourné et visuellement captivant, en plus de proposer une reconstruction bien léchée des années 60 (à base de couleurs pastel et de tubes de l’époque), risque à certains moments de paraître peu crédible, un paradoxe dans la mesure où, aussi absurde qu’elle soit, l’histoire que retrace le film est totalement véridique. En romançant à ce point l’aventure de Rosa, les auteurs ont voulu forcer la main sur l’aspect grotesque de la mésaventure et moins sur son côté épique, finissant par confondre le spectateur quant aux motivations réelles à l’origine de l'entreprise. Le film est plaisant et léger, mais le doute qui vient en le voyant est de savoir si c'était bien le ton juste pour raconter une histoire aussi exceptionnelle.

L'incroyable histoire de l'Île de la Rose a été produit par Groenlandia pour Netflix. Le film est disponible sur le service de streaming dès le 9 décembre.

(L'article continue plus bas - Inf. publicitaire)

(Traduit de l'italien)

Vous avez aimé cet article ? Abonnez-vous à notre newsletter et recevez plus d'articles comme celui-ci, directement dans votre boîte mail.

Privacy Policy