email print share on Facebook share on Twitter share on reddit pin on Pinterest

COTTBUS 2020

Critique : In the Shadows

par 

- Dans ce conte dystopique, Erdem Tepegöz explore un univers de déclin et de corrosion soigneusement élaboré

Critique : In the Shadows
Numan Acar dans In the Shadows

In the Shadows d'Erdem Tepegöz, présenté en compétition au 30e Festival de Cottbus malgré (ou à cause de) sa saveur SF, reprend la loi cinématographique selon laquelle rien de bon ne peut se passer dans une mine désaffectée, jamais, et la confirme une nouvelle fois. Contrôlés par un système de surveillance sans visage, un groupe de gens aux yeux vides obéissent à des ordres égrenés par une voix sourde, à partir d’une boîte, qui leur enjoint de "retourner à leur machine", comme ils le font depuis des années déjà, jusqu’à ce que l’un d'eux (Numan Acar, connu pour Homeland) devienne de plus en plus soupçonneux après avoir remarqué une erreur ou deux dans l’infrastructure, censée être infaillible. Sinon une autre loi du cinéma, une fois qu’on se met à se poser des questions, on ne peut revenir en arrière. Et certainement pas retourner à sa machine.

(L'article continue plus bas - Inf. publicitaire)

Ici, chaque tuyau rouillé transpire d'amour pour Terry Gilliam, et ce avant même que le personnage de Zait, joué par Acar, ne rencontre le mystérieux "Réparateur", qui ressemble un peu à Gilliam lui-même dans le petit rôle qu'il joue dans Jupiter : Le destin de l'Univers. Le film en perd un peu de son originalité, mais pour ce budget, clairement limité, c'est tout de même un univers soigneusement construit qu'il propose, un univers de déclin et de corrosion, et de câbles et de fils électriques emmêlés sans fin, qui ne mènent la plupart du temps nulle part, comme Zait va le découvrir.

Acar, qui arbore la chevelure la plus spectaculaire de toute la troupe, essaie de minimiser tout cela, y compris quand une maladie de peau se met à attaquer le corps de son personnage – ce qui est le plus gros cauchemar de tout le monde ici, car un contrôle de santé peut amener à un renvoi immédiat. Pas étonnant, car aucun de ces travailleurs harassés (même le type qui évoque une version turque de Mouse dans Matrix) n'a grand chose à raconter ici, vu que les grincements de la la mine recouvrent de toute façon tout dialogue, ainsi qu’une obsession grandissante. Ces gens mènent une existence horrible, sans espoir, et même le cheval qui apparaît est efflanqué, comme on pouvait l’imaginer. Mais malgré cela, ils continuent de se réveiller chaque jour et de tout recommencer, sans demander pourquoi ou pour qui, ce qui rapproche le film de la parabole philosophique.

Il n’en reste pas moins que In the Shadows aurait bénéficié d’une vraie intrigue, car il y a une limite au nombre de plans sur des bâtiments délabrés qu’on peut tolérer en une seule séance. Quand Zait finit par perdre patience et se met à secouer son compagnon, le suppliant de dire "quelque chose de concret !", il pourrait tout aussi bien parler pour le public du film, déjà préoccupé à mort pour ce pauvre cheval efflanqué, soit dit en passant. Mais l’ensemble donne indéniablement envie de se poser des questions, après la séance, sur tout en fait. Et de voir où vont tous les câbles suspects, même chez vous.

In the Shadows a été produit par la société turque Contact Film Works.

(L'article continue plus bas - Inf. publicitaire)

(Traduit de l'anglais)

Vous avez aimé cet article ? Abonnez-vous à notre newsletter et recevez plus d'articles comme celui-ci, directement dans votre boîte mail.

Privacy Policy