email print share on Facebook share on Twitter share on reddit pin on Pinterest

SUNDANCE 2021 Compétition World Cinema Dramatic

Critique : Pleasure

par 

- La Suédoise Ninja Thyberg signe un premier long métrage coup-de-poing, porté par la performance de Sofia Kappel, sur l’ascension d’une jeune femme dans l’industrie du porno à Los Angeles

Critique : Pleasure
Sofia Kappel dans Pleasure

"Il y aura toujours des gens qui voudront te rabaisser, surtout si tu es une jeune femme. C’est ta vie, Linnéa, c’est toi qui est aux commandes. Et quand tu veux vraiment quelque chose, tu peux tout faire." Ces conseils d’une mère au téléphone de l’autre côté de l’Atlantique tentant de remonter le moral de sa fille de 19 ans ne manquent pas de solides arguments. Mais ce qu’ignore totalement la génitrice, c’est que la jeune femme fraichement débarquée de Suède ne travaille pas dans un café comme elle le croit, mais dans l’industrie du porno à Los Angeles, sous le pseudo de Bella Cherry. Et plus encore, qu’elle ambitionne de s’élever dans un milieu on ne peut plus rugueux que dissèque sans aucune concession, mais avec beaucoup de brio cinématographique, Ninja Thyberg dans son premier long métrage choc, Pleasure [+lire aussi :
interview : Ninja Thyberg
fiche film
]
, labellisé par la Sélection Officielle du Festival de Cannes 2020 et dévoilé dans la compétition World Cinema Dramatic du 37e Festival de Sundance et au 44e Festival de Göteborg.

(L'article continue plus bas - Inf. publicitaire)

Quand Bella Cherry (Sofia Kappel) pose ses bagages dans la Cité des anges, la jolie blonde annonce clairement la couleur ("qu’est-ce que je dois savoir pour devenir la prochaine star du porno ?") et s’engage par contrat chez un agent ("vous savez que vous pouvez arrêter de tourner dès que vous voulez ? – oui"), donnant son consentement pour des actes sexuels explicites. En échange, elle est rémunérée 900 dollars, hébergement inclus dans une maison partagée avec trois autres filles : Joy (Revika Anne Reustle), Ashley (Dana DeArmond) et Kimberly (Kendra Spade).

Passé le stressant premier jour de tournage ("il faut surmonter ça, mais sans pression. J’ai même besoin que tu sois un peu timide pour cette scène. On besoin de cette innocence, de cette nervosité"), Bella découvre les rouages d’un univers où la hiérarchie et l’accès à la célébrité (donc à un environnement de travail plus luxueux et "protégé") sont dictés à la fois par le niveau de hardcore pratiqué et par le volume de followers sur les réseaux sociaux ("tu n’as pas de fanbase; on cherche des filles qui attirent les foules et je ne pense pas que tu en fasses partie"). Pour parvenir à son but, devenir une "Spiegler girl" et intégrer la plus puissante agence où exerce notamment Ava (Evelyn Claire), le chemin de Bella sera pavé de déboires douloureux et de sacrifices, mais aussi de la nécessité de prendre le contrôle.

Parsemé de quelques séquences particulièrement dures, Pleasure est un film qui ne se voile pas la face et qui décortique en entomologiste et sous l’angle féminin un itinéraire initiatique très âpre qui fait passer en comparaison le milieu du porno de la fin des années 70 de Boogie Nights de Paul Thomas Anderson pratiquement comme le pays des Bisounours. Ne jugeant jamais ses personnages (même si quelques pervers manipulateurs affleurent sous le vernis du professionnalisme), Ninja Thyberg réussit à transcender un matière documentaire aussi authentique qu’impitoyable (tournages, préparatifs physiques, dérives festives, AVN Adult Expo à Las Vegas, tout le cast est issu de l’industrie du porno sauf la protagoniste, etc.) en un parcours de fiction (un scénario écrit par la réalisatrice et Peter Modestij) brillamment mis en scène, alternant les scènes de vie privée "normale" de Bella avec ses colocataires et les séquences captant la réalité toujours très crue et parfois très cruelle des "performances" du métier.

Une maîtrise formelle à tous les niveaux (super photographie signée Sophie Winqvist Loggins, montage jouant habilement avec les limites du supportable et du voyeurisme, musique très présente de Karl Frid, mais également des morceaux entre autres de Goran Dahlström ou du duo Para One - Léonie Pernet) qui fait de Pleasure un film socio-mélodramatique ultra réaliste, certes abrupt mais infiniment moderne sur les coulisses d’une industrie où les rêves de gloire se payent au prix fort.

Produit par Plattform Produktion avec Film i Väst, SVT, Lemming Film, Grand Slam Film et Logical Pictures, Pleasure est vendu à l’international par la société française Versatile.

(L'article continue plus bas - Inf. publicitaire)

Vous avez aimé cet article ? Abonnez-vous à notre newsletter et recevez plus d'articles comme celui-ci, directement dans votre boîte mail.

Privacy Policy