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IFFR 2021 Compétition Tiger

Critique : Looking for Venera

par 

- Dans son premier long-métrage, Norika Sefa propose une intrigue simple mais efficace qui montre comment les adolescentes d’aujourd’hui grandissent dans la société kosovare

Critique : Looking for Venera
Kosovare Krasniqi dans Looking for Venera

La semaine dernière, dans Hive [+lire aussi :
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, primé à Sundance, Blerta Basholli nous a fait découvrir comment des femmes se battent pour reprendre le contrôle de leur vie dans un Kosovo profondément patriarcal. À présent, dans Looking for Venera [+lire aussi :
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, son premier long-métrage, qui vient de remporter un Prix spécial du jury au Festival de Rotterdam (see the news), Norika Sefa nous montre comment les adolescentes d'aujourd’hui grandissent dans cette même société. Cependant, les ressemblances entre les deux films s'arrêtent là.

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Au lieu de développer une intrigue complexe, ce qui intéresse ici Sefa est de nous dévoiler l'univers qu’habitent ses deux personnages principaux, l’adolescente Venera (incarnée par Kosovare Krasniqi, qui pour une première fois à l’écran a déjà un jeu couvrant un grand éventail d’émotions et doté d'une profondeur impressionnante) et son amie Dorina (Rozafa Cefaj, un des personnages les plus mémorables d'Aga's House [+lire aussi :
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de Lendita Zeqiraj), légèrement plus âgée. Elles vivent dans une petite ville où se trouvent une usine désaffectée et, en tout et pour tout, un club pour la jeunesse. La maison de Venera est bondée, car elle héberge trois générations : Mamie, Papa et Maman, et apparemment deux jeunes frères également. C'est qu'il n’est pas toujours facile de garder le compte, car il y a aussi là toute une panoplie de voisins et de cousins qui vont et viennent constamment, et pas moins de quatre ouvriers qui sont là pour aider le père de Venera (Basri Lushtaku, également à l'affiche d'Aga's House) à installer une porte battante, un détail humoristique qui en dit long sur le sentiment d’auto-importance des patriarches dans les Balkans.

Venera et Dorina suivent des cours d’anglais chez une enseignante de la commune, dont le salon est tout aussi encombré d’étudiants. Quand Dorina parle à Venera d'un gars avec qui elle a des relations sexuelles, dans des lieux secrets, notre héroïne est piquée de curiosité et se met elle-même à vivre ses premières expériences avec un garçon.

Voilà toute l’intrigue, mais elle est loin de constituer toute l’histoire. L’approche, peu orthodoxe et formellement très excitante, que choisit Sefa permet d'effleurer tout un tas de thèmes qui pourraient devenir centraux dans un autre film mais qui, en l'espèce, servent surtout à nourrir la riche atmosphère de ce film à plusieurs niveaux sur le plan visuel. L'impression d'exiguïté qui domine le film vient aussi de la photographie du Vénézuélien Luis Armando Arteaga (qui a filmé Tremblements [+lire aussi :
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de Jayro Bustamante). Renonçant totalement aux plans larges, le directeur de la photographie montre Venera en semi gros plan, la reléguant souvent au bas de l’écran, ce qui représente sa place dans la famille. Dans d’autres scènes, l’action se passe hors-champ tandis qu’on regarde un groupe de garçons agglutinés et qu’on entend un chien gémir. Arteaga se concentre souvent dans ses quasi-gros plans sur les parties du corps ou d’autres détails qui indiquent l’état d’esprit des personnages.

La palette marron-gris, les branches nues, l’herbe jaunie et le soleil blanc de l’hiver qui luit sur le sol rocailleux reflète bien le fait que la vie dans ce village est chaotique. La société traditionnelle est omniprésente : les hommes regardent les femmes avec une désapprobation mêlée de concupiscence, la mère de Venera a pour préoccupation constante la dignité de la famille et son mari est austère et taciturne. Il semble que dans cette société, une femme apporte la honte sur sa famille dès qu’elle fait quoi que ce soit seule, à part rester à la maison.

La qualité la plus attrayante du film, de loin, ce sont ses actrices principales, qui se répondent merveilleusement dans les rôles de Dorina et Venera, et dont le regard sur les choses et la relation sont très touchants et originaux. Bien sûr, il y a des "conversations de filles" sur les garçons, mais dans ce contexte, elles ont inévitablement une connotation bien plus sérieuse qu'ailleurs. Sefa a développé ses personnages pour en faire des figures vivaces et tout à fait accomplies, et l'arc narratif du parcours de la calme mais tenace Venera est très convaincant, or c’est le grand moteur du film.

Looking for Venera a été coproduit par les sociétés kosovares Circle Production et In My Country. 

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(Traduit de l'anglais)

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