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SHEFFIELD DOC FEST 2021

Critique : Carlos Ghosn, le dernier vol

par 

- Ce documentaire de Nick Green révèle comment l’ancien PDG de Renault-Nissan a échappé à sa peine à domicile au Japon en fuyant vers le Liban

Critique : Carlos Ghosn, le dernier vol

En décembre 2019, Carlos Ghosn, l'ancien PDG de l'alliance Renault-Nissan, inculpé pour différents délits, a stupéfait le monde en fuyant le Japon dans le cadre d’une évasion dont les cinéastes prétendent qu’elle est digne d’un thriller hollywoodien. Hélas, il va falloir attendre pour cela : c’est un documentaire par Nick Green, réalisé pour la case Storyville, généralement excellente, de la BBC, qui a fait sa première mondiale dans le volet Monde du Sheffield Doc/Fest.

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Carlos Ghosn, le dernier vol [+lire aussi :
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dit au public à quoi s’attendre et quels sont les enjeux dès le départ, présumant à juste titre que la plupart des gens dans le public vont forcément se demander pourquoi ils se soucieraient de ce capitaliste apparemment odieux, qui n’est pas exactement un personnage avec lequel on a envie de compatir. Il y a donc ici deux grandes questions : qu’est-ce qui a déclenché la chute spectaculaire de Ghosn, le faisant passer du rang de leader de l’industrie à celui de fugitif international ? Et comment a-t-il fait pour s'échapper de son domicile au Japon, auquel il était condamné à rester cantonné, pour se rendre à Beyrouth, où il vit aujourd'hui ?

Étonnamment, les réponses ici sont pour la plupart fournies par Ghosn lui-même, qui a été interviewé pour le film en septembre 2020, la version des faits qu'il présente étant qu'il a représenté un dommage colatéral dans le cadre d’une bataille entre la France et le Japon quant au futur de Nissan. Par ailleurs, il clame son innocence, une position à laquelle Green laisse sa place dans un film qui suggère que rien est tout à fait comme cela paraît.

Le film suggère que Ghosn pourrait bien être un narrateur peu fiable. Une interview avec le procureur japonais de l'affaire, montrée dans le film, est écrasante à son encontre. Cependant, le documentaire a un niveau de compassion remarquable pour Ghosn. Le taux de succès de 99,4% des procureurs n'est pas mentionné pour montrer que les enquêteurs sont méticuleux avant de décider des chefs d’accusation formulés conte quelqu’un, mais pour indiquer que tout le système pourrait bien être injuste. Cette vision est appuyée par un intertitre informant le spectateur que les Nations Unies ont condamné la durée de détention imposée à Ghosn.

Ghosn raconte comment il a volé vers le Japon en novembre 2018, pour la 600e fois environ, pour se retrouver arrêté. Né au Brésil, il a grandi au Liban avec sa mère et sa grand-mère. Il passe rapidement sur la condamnation de son père pour le meurtre d’un prêtre à Saoufar, au Liban, en 1960. La version qu’il préfère est qu'en tant que Brésilien qui a grandi à Beyrouth, il est "habitué à être quelqu’un d’extérieur". "Quelqu’un d’extérieur" qui faisait partie de la jet-set marchant sur le tapis rouge à Cannes. Il raconte comment sa carrière a démoli son premier mariage. Il y a des interviews avec sa deuxième femme et sa compagne actuelle, Carole Nahas, qu'il a épousée en 2016, mais ce que sa première femme a à dire aurait sans doute été bien plus intéressant.

Le film est entièrement tourné vers la préparation d'une révélation-choc sur la manière dont Ghosn s'y est pris pour s'évader, mais quand on y arrive enfin, entre le style du documentaire, aligné sur une formule déjà connue, et le personnage peu sympathique qu'est Ghosn, on a du mal à en avoir quelque chose à faire. Et quoiqu'il en soit, la révélation de la manière dont Ghosn est parvenu à réussir cette mission impossible est loin de ce qu'on avait dans le film Le Funambule.

Green adopte davantage un ton de remise en question vers la fin du film. D’autres hommes, comme l’ancien bras droit de Ghosn chez Nissan, Greg Kelly, sont encore sur la sellette. Une équipe père-fils qui a facilité son évasion a également été arrêtée. Ghosn ne parle pas d'eux, pour ne pas les incriminer. Il établit aussi clairement que toute cette affaire montre que les règles qui s'appliquent pour les super-riches ne sont pas les mêmes que celles imposées au commun des mortels.

Bien qu’il faille reconnaître que Green propose ici une version tout-à-fait impartiale de l'histoire, le film aurait bénéficié d’une ligne éditoriale un peu plus prononcée ou d’une grosse révélation prouvant d’une manière ou d’une autre soit la culpabilité, soit l'innocence de son sujet.

Carlos Ghosn, le dernier vol est une production française, britannique, libanaise et saoudienne qui a réuni les efforts d'Alef One, BBC Storyville et MBC Studios.

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(Traduit de l'anglais)

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