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DOCAVIV 2021

Critique : By the Throat

par 

- Ce documentaire par Effi Weiss et Amir Borenstein est une étude méticuleuse et captivante sur le language et la communication orale qui pense en dehors des sentiers battus

Critique : By the Throat

Tout au long du documentaire By the Throat d'Effi Weiss et Amir Borenstein, présentement au programme de Docaviv dans la section compétitive Depth of Field, l'arc-en-ciel sert de métaphore visuelle et verbale. Ce film marque la troisième collaboration entre ses deux auteurs (simplement inscrits au générique comme “Effi & Amir”) dans le format long-métrage documentaire et cette fois, le sujet traité est le discours et le langage. Ils font vraiment bon usage de la métaphore de l’arc-en-ciel ; certaines similarités sont effectivement indéniables : tout comme la lumière blanche se disperse et se réfléchit à travers les petites gouttelettes d’eau pour former l'arc-en-ciel, notre souffle se heurte à des obstacles physiques dans notre gorge pour former des voyelles et des consonnes.

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Comparé à la nationalité, l'appartenance ethnique et la religion, le langage semble un élément plus fixe et stable pour définir l'identité d’un individu, mais l'affaire est en fait plus compliquée qu'il n'y paraît et dépasse le fait qu'on apprend des langues et dialectes à travers l’imitation de nos parents, de nos proches, de nos camarades et d’autres gens de notre entourage. D’un côté, il y a de nombreux aspects de la physique, la mécanique et l'acoustique qui expliquent la manière dont l’air voyage des poumons à travers la gorge puis en dehors de la bouche. Par ailleurs, les différences culturelles et les expériences et histoires individuelles ont pour corollaire la formation de préjudices et d'idées arrêtées sur la manière dont une personne issue d’un milieu spécifique devrait parler une certaine langue. Effi & Amir essaient d'aborder tout cela de manière exhaustive dans ce travail dense et concis de seulement 77 minutes.

La manière dont nous parlons notre langage maternelle, ou n’importe quelle langue étrangère, détermine beaucoup de choses. Elle peut nous causer des problèmes sérieux, comme dans le cas de cet Irakien essayant de passer les checkpoints dans un Bagdad déchiré par la guerre civile : la plus petite différence entre El Ezziz” et “Al Aziz” pouvait à certains checkpoints signifier la mort, parce que les micro-dialectes sont différents dans les quartiers chiites et sunnites. De même, pendant les troubles en Irlande du Nord, la façon dont on prononçait la huitième lettre de l’alphabet trahissait clairement la provenance des gens : soit un quartier nationaliste catholique, soit une zone protestante unioniste. Les anecdotes sur les acteurs qui essaient de se débarrasser de leurs accents d'origine sont légions, mais disons que la prononciation française de la lettre R peut empêcher un acteur flamand de développer sa carrière et l'amener à se retrouver casté uniquement dans le rôle d'habitant de la ville de Gand.

Cependant, les histoires les plus intéressantes ont trait aux migrations. Une femme albanaise prend un nom italien et apprend à parler allemand comme le ferait un Italien pour vendre des produits financiers frauduleux dans un call centre. La partie la plus perturbante du film est le moment où il révèle que des tests menés par des linguistes et des ordinateurs servent à contrôler le milieu et la provenance des demandeurs d’asile, et qu'en tout état de cause, ces tests font loi, alors qu'ils ne peuvent pas prendre en compte les nuances subtiles dont la vie est faite.

Weiss et Borenstein utilisent une profusion de matériels différents allant du film pédagogique d'archive au clip YouTube, créant ainsi un codage clair, avec l'aide de leur co-monteur Simon Arazi. Ils parviennent aussi très bien à illustrer les explications scientifiques, qui auraient pu sans cela devenir un peu trop pointues et exigeantes, au moyen de dessins joueurs accompagnés par la voix robotique de Vittoria Soddu, créant une évocation nostalgique d’un vieux jeu vidéo. By the Throat s'avère une étude méticuleuse, captivante et originale sur les rôles que le langage et le discours jouent dans nos vies.

By the Throat a été produit par la société belge La chose à trois jambes, avec la participation du CBA, du Kunstenfestivaldesartes et du Beursschouwburg.

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(Traduit de l'anglais)

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