email print share on Facebook share on Twitter share on reddit pin on Pinterest

KARLOVY VARY 2021 East of the West

Critique : Patchwork

par 

- Ce deuxième long-métrage par le réalisateur chypriote Petros Charalambous pose une question puissante, rarement explorée : est-ce qu’une femme est autorisée à regretter d’être devenue mère ?

Critique : Patchwork
Angeliki Papoulia dans Patchwork

Le réalisateur chypriote Petros Charalambous a de nouveau fait équipe avec la productrice Janine Teerling après son premier long-métrage, Boy on the Bridge [+lire aussi :
bande-annonce
fiche film
]
, pour Patchwork [+lire aussi :
bande-annonce
interview : Janine Teerling et Petros …
fiche film
]
, qui vient de faire sa première mondiale dans le cadre de la compétition East of the West de Karlovy Vary. Cette fois, Teerling a également écrit le scénario du film, dont le personnage principal est une femme qui a du mal à accepter le fait d'être mère.

(L'article continue plus bas - Inf. publicitaire)

Chara (Angeliki Papoulia) est la femme d'Andreas (Andreas Tselepos), un mari aimant, et la mère de Sophia, six ans. Déjà, dans cette phrase réside ce qui est au coeur du film : la manière dont la société définit les femmes, et la question posée ici est de savoir si une femme est autorisée à regretter d'être devenue mère. C’est un tabou majeur dans de nombreuses sociétés et cultures et un sujet fort pour un film, que le cinéma a jusqu'ici peu exploré.

Dès le moment où on fait la connaissance de notre héroïne, alors qu’elle amène Sophia à l’école, on voit comme le nez au milieu de la figure que c'est une personne nerveuse, anxieuse, peu sûre d'elle. Elle affiche sur son visage une expression constamment préoccupée, a une foule de petits gestes nerveux et ronge ses ongles jusqu’au sang. À un moment, alors qu'Andreas et Sophia décorent l’arbre de Noël et qu'elle fait mine de vouloir participer, sa fille déclare qu’elle et son père n'ont pas besoin de son aide, et quand Andreas, avec un grand sourire et les yeux qui brillent, lui annonce que leur fille veut un petit frère ou une petite sœur, elle fait une crise de panique.

Lors d’une visite à son père à elle, assez tôt dans le film, une Chara en colère insiste sur le fait qu’elle ne veut pas que sa mère rencontre sa fille, ce qui indique d'emblée d'où vient le traumatisme à l'origine de son état émotionnel. Au cabinet d’architectes où elle travaille, il y a un nouveau directeur de la création : un architecte-star venu d'Israël. La fille de ce dernier, une adolescente nommée Melina (Joy Rieger), est souvent au bureau, parce que sa mère "va et vient", pour reprendre la formulation d'un collègue, lourde de jugement. Chara se prend d'affection pour Melina et l’invite à utiliser un poste de travail libre dans son bureau. Quand l’adolescente, introvertie et angoissée, lui demande si elle peut faire son stage d’orientation avec elle, Chara accepte très volontiers. Il semble qu’elles aient trouvé l’une en l’autre ce qui leur manque à la maison, mais leur relation n’est pas sans problèmes non plus. Chara se sent aussi particulièrement inadaptée dans son amitié avec Christi (Stella Fyrogeni), la nouvelle responsable des ressources humaines, une femme sans enfant et heureuse de l'être.

Charalambous et Teerling abordent leur sujet selon plusieurs angles, mais quoiqu'ils balaient bien l'ensemble de la situation, tous ces aspects du problème et ce qu'ils peuvent impliquer sur le plan psychologique sont simplement alignés au fil du film, au lieu d'être explorés en profondeur. Ces éléments sont ordonnancés de manière à faire monter la tension, mais ils ne font que répéter les mêmes arguments.

Côté positif, le travail de caméra classique du chef-opérateur Yorgos Rahmatoulin et les décors sont impressionnants. Chara se sent mieux dans l’atmosphère blanche, lumineuse et aseptisée du bâtiment moderne où siège son cabinet que dans les couleurs chaudes et tamisées de sa maison, ce qui souligne le sentiment qu'elle a de ne pas être à sa place dans sa propre famille. La mer, bleu gris, qu’on voit derrière notre héroïne dans les scènes d’extérieur les plus importantes nous ramène à ce qui lui manque tant : être acceptée, être capable d’aimer, être tout simplement "normale".

L’état permanent d'émoi et d'anxiété dans lequel se trouve Chara indique qu’on a fait sa connaissance alors qu'elle est proche du point de rupture, qu'elle ne peut plus supporter cette situation. Le choix de Papoulia pour ce rôle était parfait (peu de comédiennes sont capables de rendre avec autant d'intensité la complexité d’une personnalité bâtie sur un traumatisme profond, un sentiment d’insécurité et un fort besoin d'amour), mais il y a des limites à ce que peut faire une actrice pour porter un film au-delà de son échec à honorer le potentiel d'un sujet important et provocateur comme celui-ci.

Patchwork a été coproduit par AMP Filmworks (Chypre), Transfax Film Productions (Israël) et Perfo (Slovénie).

(L'article continue plus bas - Inf. publicitaire)

(Traduit de l'anglais)

Vous avez aimé cet article ? Abonnez-vous à notre newsletter et recevez plus d'articles comme celui-ci, directement dans votre boîte mail.

Privacy Policy