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BLACK NIGHTS 2021 Compétition

Critique : The Wedding Day

par 

- Ce film du Polonais Wojciech Smarzowski relate un chapitre sombre de l’Histoire de son pays pendant la guerre

Critique : The Wedding Day

On dit, en Pologne, que dans chaque film de Wojciech Smarzowski, il doit y avoir une hache et un feu. Au départ, c’était plutôt anecdotique, mais au fil de la carrière de Smarzowski, ce détail est devenu une métaphore pertinente pour l’ensemble de son travail, qui relate souvent les épisodes sombres de l’Histoire polonaise. Ses films précédents ont couvert des horreurs comme le génocide (Hatred [+lire aussi :
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), les crimes commis par l’Église catholique polonaise (Clergy [+lire aussi :
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) et la méchanceté quotidienne qui peut jaillir à n’importe quel moment avec éclat (Traffic Department [+lire aussi :
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, Dark House). Si une hache peut trancher les plaies purulentes causées par le déni et l'omission, le feu purifie et cautérise les balafres de manière tout aussi brutale, comme on peut l’imaginer. Les films de Smarzowski sont pleins de scènes violentes et d’images fortement perturbantes, mais celles-ci ont toujours une raison d'être valable : il s'agit de faire la lumière sur ce qui a été maintenu trop longtemps dans le noir.

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(qui a fait sa première internationale dans le cadre du Festival Black Nights de Tallinn, en compétition) ne fait pas exception. L’histoire commence sur des noces au sein de l’affluente famille Wilk, dans une petite ville du nord-est de la Pologne. La mariée, enceinte, veut quitter le pays rapidement et commencer une nouvelle vie mais son mari, qui a des inclinations nationalistes, veut rester et travailler pour son beau-père, Ryszard (Robert Więckiewicz), et côtoyer ses amis, qui partagent ses vues. Ryszard, qui dirige un élevage de cochons, est un gros bonnet local qui ne recule devant aucune violence si elle sert ses objectifs.

Juste avant que les futurs époux et leurs convives ne prennent le chemin de l’église, deux Israéliens se présentent sans s'annoncer pour donner au père sénile de Ryszard, Antoni (incarné par Ryszard Ronczewski ainsi que par Mateusz Więcławek dans sa jeunesse), une médaille de Juste parmi les Nations. La chose n'est pas sans créer quelque agitation, et Ryszard veut que cela reste un secret, car lui et la plupart des gens de sa ville ont adopté une attitude antisémite. Tandis que le mariage commence et devient de plus en plus imbibé de vodka, la raison de la reconnaissance attribuée à Antoni est graduellement révélée.

Le réalisateur invoque ici à la fois des images d'avant la guerre et de la guerre elle-même pour mettre en avant les relations compliquées entre les voisins polonais et juifs. L'ensemble culmine dans une scène qui recrée l’événement qui est sans doute le plus honteux de l’Histoire de la Pologne : un massacre frappant la communauté juive qui, dans la vraie vie, a eu lieu dans une ville nommée Jedwabne. Le passé et le présent s'enchevêtrent et Antoni, atteint de démence, "voit" les gens qu'il a connus dans sa jeunesse à la fête de mariage. Ils symbolisent le déni des crimes commis, mais font aussi référence au classique de la littérature polonaise The Wedding de Stanisław Wyspiański. Le film de Smarzowski exprime cette vérité bien connue, et cependant souvent ignorée, qui veut que ceux qui n’ont pas retenu les leçons de l’Histoire sont condamnés à les répéter, ce qui résonne tristement à l'heure de la montée des forces nationalistes et d’extrême droite dans la Pologne d’aujourd’hui.

Comparé à ses films précédents, The Wedding Day comporte davantage de sous-intrigues et de personnages secondaires, ce qui rend le récit un peu chaotique et confus, et la violence présente dans le film pourrait submerger le public qui préfère le scalpel à la hache. De l'autre côté, ce titre est de ces oeuvres dont le sujet est plus important que sa finesse artistique, encore qu'il faut souligner que les collaborateurs habituels de Smarzowski, comme le chef-opérateur Piotr Sobocinski Jr., le compositeur Mikołaj Trzaska, la costumière Magdalena Rutkiewicz-Luterek et le chef décorateur Marek Warszewski, ont fait un excellent travail sur les aspects visuels et musicaux du film.

The Wedding Day a été produit par la société polonaise Studio Metrage, en coproduction avec Krakow Festival Office, Netaria, Zbigniew Chrzanowski Inwestycje et Bob Invest. Les droits internationaux du film sont encore disponibles.

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(Traduit de l'anglais)

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