email print share on Facebook share on Twitter share on reddit pin on Pinterest

BLACK NIGHTS 2021 Compétition Premiers Films

Critique : Altri cannibali

par 

- Le gagnant de la compétition Premiers Films de Tallinn, réalisé par Francesco Sossai, est un conte perturbant sur un jeune cannibale étrangement bien intégré à la société

Critique : Altri cannibali
Walter Giroldini et Diego Pagotto dans Altri cannibali

Altri cannibali [+lire aussi :
interview : Francesco Sossai
fiche film
]
, un des films-révélations incontestables de cette année au Festival Black Nights de Tallinn, est de ces titres volontairement lugubres qui assument si délibérément leur ton et leurs intentions qu’ils ressortent de l’autre côté un peu comme des comédies bien noires. C'est de bonne guerre compte tenu de sa genèse – le film est un projet financé par une école de cinéma dans le cadre des études du réalisateur Francesco Sossai –, mais on a, de fait, du mal à visualiser la carrière commerciale que le film pourra avoir au-delà des festivals qui ont été, à juste titre, suffisamment impressionnés pour le sélectionner. Cette remarque est à prendre comme un compliment : ce long-métrage est un peu comme l'étudiant taciturne, assis au fond de la classe d’écriture, qui n’attire pas l’attention sur lui mais qui est habité par les idées les plus tordues et désarmantes de toute la classe. Altri cannibali a reçu le premier prix de la compétition Premiers Films du festival estonien, qui vient de s’achever (lire l’article).

(L'article continue plus bas - Inf. publicitaire)

À l'instar d'autres exemples européens d'hybridation entre cinéma d’horreur et réalisme, comme Morse [+lire aussi :
critique
bande-annonce
interview : John Nordling
interview : Tomas Alfredson
fiche film
]
et Border [+lire aussi :
critique
bande-annonce
interview : Ali Abbasi
fiche film
]
, le film monochrome de Sossai explore le tabou du titre selon un angle pessimiste et domestique, c'est-à-dire que les "monstres" en questions hantent des environnements quotidiens, du pub au magasin de bricolage (encore que ceci soit effrayant au plus haut point, est-on tenté d'avancer ...), mais là où le réalisateur fait vraiment preuve d'adresse (du moins jusqu'au dénouement, franchement décevant), c'est qu'il rend la nature de la relation centrale qui se déploie ici (entre un cannibale et sa proie solitaire) assez ambiguë. D'ailleurs, c'est le titre (en identifiant clairement le tabou en cause ici) qui permet de donner un sens net aux événements auxquels on assiste. Ceux-ci impliquent deux hommes de milieux très différents qui hantent une maison en ruine et ont des interactions occasionnelles, mais chargées, avec les gens du coin (les Dolomites). Sans l'encadrement fourni par le titre, on pourrait à tort les prendre pour des amants secrets, ou des vampires – et même, la perception qu'a le spectateur de qui est le cannibale et qui est la victime pourrait s'inverser.

Fausto (Walter Giroldini, un non-professionnel très doué), est un machiniste diligent dans une usine qui fait, pour reprendre ses mots, "de la mécanique de précision". Ses cheveux gris filasses et ses joues couvertes de taches le font ressembler à un des personnages les plus terrifiants qu’on ait jamais vus à la télévision ou au cinéma : BOB le tueur de Twin Peaks. Bab. Ivan (Diego Pagotto) est de son côté doctorant en philosophie à l'Université de Padoue, non loin – d'ailleurs Fausto lui pose à un moment une question assez déchirante, à savoir s'il n'est pas "un peu vieux pour être étudiant". Quoique le film ne le montre pas, ils se sont clairement rencontrés de manière anonyme sur Internet, et cette phrase marque le premier pas, enfin le premier repas, cadeau du plus jeune, clairement dépressif, à l’autre type.

Les motivations de Fausto ne semblent pas assez rigoureusement tenues sur la durée pour qu'on puisse appeler sa démarche un "plan" ou un "projet", et Ivan est étrangement indécis – en regardant ce qui se passe à l'écran, on a l’impression qu'un détail clef a volontairement été omis, par ellipse, par Sossai et son co-scénariste Adriano Candiago, ou que le premier de ces deux personnages fait preuve d'une sorte de miséricorde touchante vis à vis du second. Mais ce qui sonne très vrai dans ce film, c'est le dévoilement de l’étendue de la vie cachée de Fausto : petit à petit, on mesure l’attrait du travail en usine, parmi tous les fragments et le métal rouillé et les accidents de travail en puissance, quoique ceci soit exprimé de manière trop directe et trop comique dans les scènes conclusives. Peut-on légitimement qualifier Fausto de prédateur qui brise les tabous ? Alors qu'il réprime si habilement et consciencieusement ses pulsions et s'intégre du mieux qu’il peut dans la société, et alors qu'il aime tant sa maman (car après tout, il vit encore avec elle et cuisine pour elle – et ne vous inquiétez pas : leur plat préféré est le poisson séché) ?

Altri cannibali a été produit en Allemagne par la Deutsche Film- und Fernsehakademie de Berlin.

(L'article continue plus bas - Inf. publicitaire)

(Traduit de l'anglais)

Vous avez aimé cet article ? Abonnez-vous à notre newsletter et recevez plus d'articles comme celui-ci, directement dans votre boîte mail.

Privacy Policy