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CANNES 2022 Un Certain Regard

Critique : Les Pires

par 

- CANNES 2022 : Premier long très réussi pour Lise Akoka et Romane Gueret qui font passer avec un grand cœur, de la vérité et beaucoup d’habileté des gamins des quartiers de l’autre côté du miroir

Critique : Les Pires

"On dirait que vous ne prenez que les pires – Je cherche des enfants qui n’ont pas la vie facile, comme dans le film." Sur le casting de À pisser contre le vent (partie d’un proverbe nordiste, la suite étant "on mouille sa chemise ou à discuter contre tes chefs, tu auras toujours tort"), enfants et adolescents défilent face caméra dans le bureau du réalisateur et de son assistante. "Il n’y a rien de compliqué, c’est pour faire connaissance, parle comme avec tes potes et après on fait juste une petite improvisation". C’est sur ces bases à la lisière floue du documentaire mais à travers une mise en abyme de fiction sur le tournage qui s’ensuit et autour des jeunes de la cité Picasso de Boulogne-sur-Mer retenus pour les rôles principaux, que se déploie Les Pires [+lire aussi :
bande-annonce
interview : Romane Gueret et Lise Akoka
fiche film
]
, le très bon premier long métrage de Lise Akoka et Romane Gueret, belle découverte de la sélection Un Certain Regard du 75e Festival de Cannes.

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Pour Ryan (Timéo Mahaut), Lily (Mallory Wanecque), Maylis (Mélina Vanderplancke) et Jessy (Loïc Pech), les quatre protagonistes sélectionnés par le cinéaste (Johan Heldenbergh), une expérience très inédite commence qui va accélérer leurs évolutions en triturant dans leurs fragilités sous le regard intrigué, voire jaloux ou réprobateur, des habitants du quartier. On plonge donc directement sur le plateau au 7ème jour du tournage dans une ambiance ultra populaire parfaitement résumée par le rap Rappelle-toi après l’école de Rémy scandé deux fois dans Les Pires ("Le quartier, c'était un terrain d'jeu… à l'époque de la rue t'avais pas les codes… Et j'préfère une enfance dans la street que dans un palais Car ça t'fait comprendre des trucs d'adultes alors qu't'as pas 18 balais… j'avais rien quand j'étais en bas… Car on partage cette même chienne de life… J'me rappelle, j'avais la rage").

Bref, la culture locale est à l’extrême rudesse dans une classe populaire qui trimballe tous les malheurs enchevêtrés dans la misère économique. Le petit Ryan, bouillonnant de colères incontrôlables, vit chez sa sœur depuis six mois après avoir enchaîné les foyers à cause d’une mère dépassée par la vie, la belle Lily est estampillée pute depuis des mésaventures dans les toilettes avec des garçons de l’école alors qu’elle dérivait à la suite de la mort d’un cancer de son petit frère, Jessy le frimeur a fait trois mois de prison pour conduite sans permis et délit de fuite après avoir renversé un passant, quant à la jeune et opaque Maylis, elle se fout de tout. Nos quatre porte-drapeaux du coin vont donc beaucoup apprendre sur eux-mêmes (mais aussi leurs textes ce qui n’est pas une sinécure) et sur un ailleurs possible (mais malgré tout très éloigné) au cours d’un tournage piloté par un réalisateur flirtant avec les lignes, très humain mais manipulateur si nécessaire quand il s’agit de mettre les scènes en boîte.

Portés par de très attachants jeunes interprètes (en particulier le très touchant Ryan et la rêveuse Lily), Les Pires brandit un miroir de vérité d’un naturel confondant et à double réflexion. Entre ceux qui, comme le recteur de l’Éducation nationale estiment que "ce n’est pas parce que ces enfants existent qu’il faut les montrer" ou les éducateurs qui trouvent que tout cela va à l’encontre de leurs efforts pour redorer l’image du quartier, et les autres qui rétorquent que "ces pires" sont en réalité des perles élues parmi des centaines de gamins, le premier long métrage de Lise Akoka et Romane Gueret donne matière à une discussion sociologique particulièrement d’actualité. Mais le film a surtout un vrai cœur qui bat la chamade et une puissance libératrice d’émotions à la fois formidablement vivante et cinématographiquement très aboutie dans sa forme imbriquant deux mondes qui se méconnaissent à tort et qui gagnent ensemble à se découvrir.  

Produit par Les Films Velvet et coproduit par France 3 Cinéma, Les Pires est vendu à l’international par Pyramide.

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(Traduit de l'anglais)

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