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SÉRIES / CRITIQUES Etats-Unis / France

Critique série : Irma Vep

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- Dans cette captivante série réalisée pour HBO, Olivier Assayas rend hommage à son film de 1996 ainsi qu’au classique du cinéma muet Les Vampires de Louis Feuillade

Critique série : Irma Vep
Alicia Vikander et Devon Ross dans Irma Vep

Un des détails les plus facétieux de la version originelle d'Irma Vep (1996) est la manière dont le réalisateur du film dans le film (joué par Jean-Pierre Léaud), qui est un remake des Vampires, se réfère à l’interprétation de Catwoman par Michelle Pfeiffer comme source d'inspiration pour sa maléfique héroïne éponyme. Un film du milieu des années 1990 citant un autre film réalisé quelques années plus tôt seulement, c’est assez étonnant quand on y pense : ce serait comme mentionner Titane dans le prochain Tom Cruise. Les films récents sont rarement aussi conscients des autres films qui les entourent, préférant cacher leur influence sur eux plutôt que les citer explicitement.

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Dans les films hyperréférentiels d’Olivier Assayas, le monde, ainsi que d’autres cinémas, tendent à faire irruption plus librement à l’écran, comme le prouve encore son dernier travail en date, la série Irma Vep [+lire aussi :
interview : Olivier Assayas
fiche série
]
, qui marque aussi le retour réussi du cinéaste au format TV en plusieurs épisodes dans lequel il a excellé en 2010 avec Carlos [+lire aussi :
critique
bande-annonce
fiche film
]
, mettant fin au passage à la trajectoire descendante, niveau forme, de ses derniers longs-métrages. La série reprend la prémisse et le plus gros de l'intrigue de ce titre marquant dans la carrière du réalisateur : on y suit de très près la production chaotique d'un remake des Vampires, le film muet en dix épisodes qui a posé les bases pour un cercle éclectique de réalisateurs allant de Hitchcock à Rivette en passant par ceux qui ont mis en scène Batman. Une actrice étrangère en vogue (Maggie Cheung dans le film, Alicia Vikander dans la série) arrive en jet pour jouer l’anti-héroïne du titre, à savoir Irma Vep, la criminelle moulée dans une combinaison noire, et cette fois encore, la production, qui reflète l’industrie du cinéma française dans son ensemble, n'arrive pas tout à fait à assimiler sa présence, qui détonne complètement. La diffusion de la série s'est conclue cette semaine, après l'avant-première des trois premiers épisodes à Cannes au mois de mai.

Le changement le plus conséquent, et finalement le plus payant, qu'ait opéré Assayas dans la série est d’amplifier encore davantage le rôle du metteur en scène torturé René Vidal, remplaçant le héraut de la Nouvelle Vague sur le retour incarné par Léaud par un attachant névrosé joué par Vincent Macaigne, qui insiste sur le fait que ce qu'il est en train de faire est un long-métrage épique de huit heures et non de la télévision bête et méchante, excusez du peu. La principale pomme de discorde est la volonté de la part de Vidal de ne rien lâcher par rapport à cet ouvrage en forme d'éléphant blanc, tandis que ses louches investisseurs, du genre qui jouent au golf, sa propre santé mentale fluctuante et ses acteurs (qui ne comprennent pas le manque de psychologie des personnages, que le cinéaste conserve tel quel, fidèle jusqu'à l'esclavage à la version originale de 1915) se liguent tous contre lui. Seule Mira, le personnage interprété par Vikander, manifeste une grande connivence artistique avec Vidal, et le guide vers une forme de rafistolage de son esprit perturbé – qui donne toutes les apparences d’être la raison première, au demeurant assez égoïste, pour laquelle il veut refaire Les Vampires, même s'il tire en fait clairement pas mal de plaisir de tout ce qu'implique la fabrication d'un film en tant que telle (comme employer un chorégraphe virtuose passionné des performances sur câbles et un consultant BDSM avec un sens du timing comique impeccable).

La conception qu’a Vikander de son personnage est profondément informée par le travail d'Assayas avec Kristen Stewart : elle parvient à présenter une vision approfondie comme on en voit peu de la vie professionnelle d’une actrice célèbre, stoïque face au cynisme d’autres récits et satires sur le showbiz. Quant aux autres personnages qui travaillent sur ce tournage, du chef opérateur sachant garder la tête froide incarné par Antoine Reinartz à l’acteur libertin joué par Lars Eidinger, ils ont été amoureusement piqués à Rainer Werner Fassbinder, reprenant la dynamique du jeu de pouvoir sadique qui parcourt son œuvre, à cela près qu'Assayas dirige le plus gros de sa colère vers les forces cruelles du capital qui entravent la création artistique et planent au-dessus des relations faussées et transactionnelles entre les humains qu’on voit ici – bien qu’il parvienne à trouver une beauté scintillante dans cela aussi.

Irma Vep est une coproduction entre les États-Unis et la France qui a réuni les efforts d'A24, Vortex Sutra, The Reasonable Bunch et Little Lamb. La série est distribuée par Warner Bros. Television.

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(Traduit de l'anglais)

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