email print share on Facebook share on Twitter share on reddit pin on Pinterest

LOCARNO 2022 Compétition

Critique : Il pataffio

par 

- Ce film de Francesco Lagi tend à s'éparpiller : il amuse par moments par son incongruité, mais son rythme est très irrégulier et il est victime d’une hérédité cinématographique trop lourde

Critique : Il pataffio
Vincenzo Nemolato, Giovanni Ludeno, Giorgio Tirabassi, Lino Musella et Valerio Mastandrea dans Il pataffio

Cette année, l’Italie est représentée en compétition au Festival de Locarno par un film de genre, Il pataffio [+lire aussi :
bande-annonce
fiche film
]
, écrit et réalisé par Francesco Lagi et tiré du roman du même nom de Luigi Malerba, paru en 1978. Dans ce long-métrage, on suit les mésaventures d'une bande dont les meneurs sont Marconte Berlocchio (Lino Musella) et sa nouvelle femme Bernarda (Viviana Cangiano). Les deux époux s'apprêtent à prendre possession du fief qui lui a été donné par le roi et père de Bernarda, un minuscule village d'affamés qui s'appelle Tripalle.

(L'article continue plus bas - Inf. publicitaire)

La cour qui accompagne Berlocchio comprend des personnages incongrus, comme le prélat (Alessandro Gassmann), le percepteur et conseiller (Giorgio Tirabassi) et deux gardes excentriques, Ulfredo et Manfredo, interprétés respectivement par Vincenzo Nemolato e Giovanni Ludeno. Une fois installé dans le fief et le château, Berlocchio se met à imposer à ses sujets des impôts impossibles à payer et réquisitionne tout leur bétail, qu'il laisse provisoirement paître dans son domaine. Une nuit, le bétail et les chevaux de sa poignée de soldats disparaissent mystérieusement. Le chef des villageois (Valerio Mastandrea) est immédiatement accusé.

Dans l'ensemble, Il pataffio repose sur des interprétations très correctes (parmi lesquelles se démarquent celles de Musella et de Tirabassi, qui compose très bien son personnage faussement bienveillant) et quelques trouvailles qui feront au moins sourire le spectateur, surtout quand Lagi s'aventure sur le terrain de l'humour noir et de la comédie pince-sans-dire. Cependant, le mauvais goût est aussi au rendez-vous, avec des pets et un humour scato plus classique à la clef.

Dans l'ensemble, Il pataffio manque de la fluidité et des surprises qui eussent été nécessaires pour en faire un travail accompli. Le rythme du film est en dents de scie et souffre de quelques longueurs qui auraient pu être résolues par des solutions narratives plus agiles : il suffit de songer aux allers-retours continuels entre Tripalle et le fief voisin, Castellazzo, ou à la séquence de l'inhumation, sur laquelle on n'en dira pas trop pour ne pas divulgâcher. Malheureusement, même le final, aussi inéluctable qu'emballé à la va-vite, risque de ne pas satisfaire le spectateur.

Sur le plan technique, le film n'a pas de défauts énormes ni non plus de brio – exception faite de la bande originale tambourinante de Stefano Bollani, qui est captivante et colle parfaitement au ton débraillé du film.

L’héritage cinématographique sur lequel s'appuie le travail de Lagi est (il semble nécessaire de le préciser) incontestablement très lourd. Bien que l'histoire diffère de celle de L’Armée Brancaleone, le contexte, le style de certains gags, le langage parodique (mélange d'italien, de dialecte et de faux latin) parlé par les personnages, la véracité des interprétations et quelques autres éléments rappellent presque trop explicitement le travail de Mario Monicelli, auquel ils font plus ou moins écho.

La comparaison avec ce dernier est de fait inévitable et le film en sort redimensionné, devenant un jeu d'acteurs qui pourrait peut-être, morcelé et diffusé à la télévision ou sur le web sous l'étiquette de pseudocomédie historique à la Monicelli, trouver là un habitat naturel plus adapté que les salles de cinéma, dans ce format de long-métrage de près de deux heures.

On appréciera tout de même la tentative de Lagi (en très petite partie réussie) de dépoussiérer un vieux genre et de faire un cinéma doux-amer d'une autre époque sortant des canons dominants de la comédie contemporaine insouciante et optimiste, avec une troupe de bonne qualité (dont il n'exploite toutefois pas pleinement le potentiel).

Il pataffio a été produit par Vivo Film et Rai Cinema en coproduction avec Umedia et Colorado Film. Les ventes internationales du film sont assurées par The Match Factory.

(L'article continue plus bas - Inf. publicitaire)

(Traduit de l'italien)

Vous avez aimé cet article ? Abonnez-vous à notre newsletter et recevez plus d'articles comme celui-ci, directement dans votre boîte mail.

Privacy Policy