email print share on Facebook share on Twitter share on reddit pin on Pinterest

LOCARNO 2022 Piazza Grande

Critique : Piano Piano

par 

- Ce premier long-métrage de Nicola Prosatore est un récit d’apprentissage à la Paolo Virzì qui manque de mordant et raconte une histoire qu’on a déjà entendue mille fois

Critique : Piano Piano
Dominique Donnarumma dans Piano Piano

Nous sommes à Naples pendant la saison 1986/1987. Diego Armando Maradona fait rêver la ville parthénopéenne avec ses prouesses athlétiques et même le dernier des "voyous" ("mariuolo") rêve du championnat. Nicola Prosatore a choisi de situer Piano Piano [+lire aussi :
bande-annonce
fiche film
]
, son premier long-métrage, au programme de la section Piazza Grande du Festival de Locarno, dans une banlieue non précisée de la métropole napolitaine. Il raconte ici les tourments et premières pulsions sexuelles d’une jeune fille préadolescente nommée Anna (Dominique Donnarumma), qu'on surnomme "la princesse". Anna vit avec sa mère Susi (Antonia Truppo) dans un modeste appartement qu'elles devront bientôt évacuer. Devant, il y a une grande cour qui est le lieu principal de l’action du film, et qui est peuplée d’une humanité pauvre, dépendante à l’alcool et aux drogues, impliquée avec la Camorra.

(L'article continue plus bas - Inf. publicitaire)

Tout change pour Anna quand elle rencontre Peppino (Giuseppe Pirozzi), 14 ans, aux prises avec la mission délicate de cacher et de nourrir un type en cavale, simplement désigné comme le “mariuolo” (Antonio De Matteo). Pendant ce temps, les yeux d'un lascard un peu plus âgé, Ciro (Massimiliano Caiazzo), et du boss de la zone, Don Gennaro (Lello Arena), sont rivés sur lui.

Prosatore essaie de raconter le parcours d’auto-découverte typique de la préadolescence, en l'insérant dans un contexte social hautement problématique et abondamment représenté à la télévision comme au cinéma. Hélas, le film est truffé d'éléments forcés au niveau de la narration, et de quelques bavures techniques. Par exemple, la première rencontre entre Anne et le "mariuolo" est mis en scène assez bizarrement et on a du mal à croire qu’une jeune fille élevée dans un environnement aussi difficile prenne des risques à ce point et se mette en situation d'être seule avec un homme de plus de 40 ans sans hésiter beaucoup. Au niveau simplement technique, plusieurs choix de design sonore et de montage semblent par trop hasardeux, ce qui est particulièrement évident dans les scènes d’auto-érotisme et certaines coupures entre des scènes qui se passent simultanément dans différents lieux. D’autres choix, en revanche, s'avèrent simplement trop didactiques, comme dans le cas d'un long plan panoramique à vol d’oiseau suivi par l'image d’un oiseau en cage. En outre, les dynamiques de la confrontation finale entre Ciro, le "mariuolo" et Peppino font factices et ne parviennent pas à rehausser le niveau d’ensemble du récit.

Malheureusement, ce n'est pas suffisant, de recréer les années 1980 avec la chanson "Self Control" de Raf, une photographie aux couleurs chaudes, des vêtements criards et des génériques de début et de fin écrits dans une police style Commodore 64. Le résultat est un film un peu à la Paolo Virzì, mais qui fait globalement l’effet d'un objet déjà-vu, avec ses jeunes qui découvre l'eros et explorent leurs corps, les parents qui ne les comprennent pas, le motif "les beaux et les damnés", les coups de théâtre téléphonés, et surtout le football avant tout. Les acteurs font un travail honnête, malgré un scénario et une mise en scène très faible.

Une petite note en passant : à un moment où le cinéma italien a du mal à attirer de nouveau le public dans les salles et où les films nationaux peinent à créer le débat comme à faire recette en cette phase post-pandémique, Piano piano est un exemple clair qui peut nous aider à mieux comprendre ce phénomène. On ne dit pas ici que c'est le pire film qu’on ait jamais vu, absolument pas, mais il s’inscrit dans un contexte d'industrialisation du cinéma pauvre en idées et incertain des choix à faire. Plus spécifiquement, il reflète assez bien le moment de lassitude assez critique que vit le cinéma italien car comme beaucoup d’autres titres, il mise tout sur des figures connues et des visions artistiques certes plaisantes et captivantes, mais il y a dix, voire vingt ans déjà. C’est trop peu : en tant que spectateurs, nous pouvons et nous devons demander plus.

Piano piano est une production estampillée Briciolafilm, coproduite par eskimo et Rai Cinema. Les ventes internationales du film sont gérées par Rai Com.

(L'article continue plus bas - Inf. publicitaire)

(Traduit de l'italien)

Vous avez aimé cet article ? Abonnez-vous à notre newsletter et recevez plus d'articles comme celui-ci, directement dans votre boîte mail.

Privacy Policy