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LOCARNO 2022 Compétition

Critique : Tommy Guns

par 

- Dans un film où le passé devient le présent et le présent le passé, Carlos Conceição propose une interprétation intéressante de l’héritage compliqué d’un pays

Critique : Tommy Guns

Nous sommes dans les années 1970 et la guerre d'indépendance de l’Angola continue, bien que la population soit franchement épuisée. Ce qui compte n'est même plus la victoire, semble-t-il, mais juste de survivre, d’une manière ou d’une autre, et de conserver sa santé mentale, quoiqu'il soit probablement déjà trop tard pour ça depuis longtemps.

Le réalisateur portugais Carlos Conceição, né en Angola, invoque dans l'intéressant Tommy Guns [+lire aussi :
bande-annonce
interview : Carlos Conceição
fiche film
]
, qui vient de faire sa première à Locarno, les fantômes du passé colonial de son pays, mais il ne s'arrête pas là. Tandis que ses jolis jeunes personnages perdent lentement la tête, livrés à eux-mêmes dans la nature, engourdis par l’ennui, on a parfois l'impression qu'il cite l’Histoire du cinéma, en particulier les nombreux récits sur la guerre du Vietnam qu'elle nous a offerts – ce qui est logique, puisque les guerres sont toujours pareilles, fait observer quelqu’un, et il y a quelque chose de terrifiant dans cette idée : si c’est le cas, ça signifie que les gens n’apprennent rien et que le cercle de la folie recommence toujours, à l'infini.

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Le titre original de Tommy Guns, Nação Valente (des mots empruntés à l'hymne portugais), parle sans doute de "nation valeureuse", mais le concept de patriotisme est ici fortement remis en question. Conceição extrapole à partir d'une situation spécifique (une émeute qui a bien montré à quel point l'idée d'être du "bon côté" est erronée), mais il s'abstient d'offrir une leçon d'Histoire de plus. Le sujet de son film n'a rien à voir avec des dates précises ou des noms de leaders oubliés : il traite de questions qui restent problématiques aujourd’hui. Ceci rend le film plus universel et, partant, plus inconfortable aussi.

On pourrait dire que ce travail de Conceição parle de conflit en général, mais aussi, plus spécifiquement, de conflit entre les hommes et les femmes : presque toutes les interactions entre eux sont marquées par la violence – et même un rare moment de tranquillité et de tendresse entre une autochtone et un soldat portugais prend soudain un tour choquant. Ce réalisateur a manifestement un talent pour surprendre (une des intrigues du film a un dénouement qui pourrait presque être du Shyamalan) : alors que des choix de ce type pourraient facilement tourner au gimmick idiot, en l'espèce, ils ne font jamais d'ombre aux rencontres complexes auxquelles on assiste. Quand on voit un groupe d’hommes qui regardent en silence une femme faire un strip-tease puis l'accusent d'amener le mal sous leur toit, cela sonne vrai. On a toujours besoin d'avoir quelqu’un d’autre à accuser, quelqu’un dont on peut dire qu'il entraîne tout le monde sur le mauvais chemin, même si ce n’est pas vrai.

Sans négliger d'ajouter quelques éclairs d'absurdité à un récit déjà doté de maintes strates (un tableau représentant Brigitte Bardot a ici un vrai petit rôle), Conceição met en avant l'idée que la guerre consiste en fait à créer sa propre réalité et convaincre les autres qu’ils doivent se tenir prêts, parce que "l'ennemi" approche. À l’époque comme aujourd’hui, les gens continuent de croire et se laissent manipuler au-delà de la raison, confinés comme ils sont dans leurs baraquements, et s'ils sont guidés par la peur, c'est encore mieux. Une touche de cinéma de genre vient compléter le tout et finalement, pourquoi pas ? Après tout, la guerre, c’est de la pure horreur.

Tommy Guns a été produit par Terratreme Filmes en coproduction avec Virginie Films et Mirabilis. Les ventes internationales du film sont gérées par Wide.

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(Traduit de l'anglais)

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