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CANNES 2023 Cannes Première

Critique : Eureka

par 

- CANNES 2023 : Le dernier Lisandro Alonso, qui explore les liens entre les groupes indigènes partout dans le monde, abonde en métamorphoses, en gadoue et en folie

Critique : Eureka
Viggo Mortensen dans Eureka

Conscience globale, mysticisme, métaphysique, la terre et le territoire : voici ce que parcourt Lisandro Alonso dans Eureka [+lire aussi :
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, qu'attendait ses fans avec impatience puisque ce n’est que le deuxième film en deux décennies que nous offre le réalisateur argentin, après Jauja [+lire aussi :
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en 2014. Porté par un esprit expérimental, particulièrement dans sa détermination à essayer des choses comme ça pour essayer, sans craindre qu'elles ne fonctionnent pas complètement, Eureka est un film qui propose une expérience cérébrale, souvent très belle tout en faisant réfléchir, une expression du minimalisme artistique le plus élastique et riche en textures. Le film, présenté à Cannes dans la section Cannes Première, était pressenti par beaucoup comme le titre qui marquerait l’entrée d'Alonso en compétition, mais ce lancement sans le niveau de pression de la compétition convient bien à son aura de tranquillité pensive, en rupture.

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Un élément à souligner pour décrire le film (plus que pour avancer un argument critique) est le fait qu'Eureka est aussi, peut-être, un travail qui s'intéresse plus aux surfaces qu'à fournir une exposition approfondie ou un éclairage net sur son sujet. Au-delà d'un bref prologue en forme de pastiche de western, son objectif principal est de mettre en contraste et d'invoquer doublement la vie des indigènes aux États-Unis et au Brésil, en montrant comment de part et d'autre, il y a du rejet, mais aussi une tentative d’accepter la modernité. En dépit de cela, on ne ressort pas vraiment du film (co-écrit par Alonso avec Martín Caamaño et Fabian Casas) aussi richement informé qu'on pourrait le souhaiter sur les coutumes, les causes et les effets. À vrai dire, et c'est probablement intentionnel, un sentiment de mystère est préservé : ici, le spectateur non-indigène du film se voit accorder une chance d’être dérouté et mis à distance, pour changer.

Dans le prologue, le vengeur Murphy, incarné par Viggo Mortensen, arrive à cheval dans une ville minière sommairement établie du XIXe siècle. Il semble tenir le rôle principal, mais cette impression est trompeuse : il cède rapidement le premier plan aux autochtones. Le cinéma d’Alonso est un cinéma de mouvement et de terrain transitoire, et malgré leur profonde connexion à la terre, les indigènes sont toujours en train de se déplacer, transcendant les limites de leur condition physique, mais sans jamais, c'est capital, se laisser chasser ou se défaire du sol auquel ils appartiennent et qui est leur foyer. La deuxième section principale, fascinante, trouve une incarnation de ce concept dans la figure dAlaina (Alaina Clifford), une policière patrouilleuse dans une réserve du Dakota du Nord, qu'on suit patiemment dans tous les détails réalistes de sa mission. Le désarroi social des Amérindiens est évoqué avec désolement (on voit l’alcoolisme, la pauvreté, les tentatives de suicide) et Alonso nous laisse constater qu'Alaina a droit à une vie stable, de membre de la classe moyenne, en étant le bras de fer des forces de l'ordre à l'encontre de sa propre communauté.

Il y a cependant de l’espoir dans sa fille Sadie (Sadie Lapointe), entraîneuse de basket dans un lycée local, qui enrichit grâce à son grand-père (dont le petit rôle au début du prologue n'est qu'une indication du glissement temporel et de la logique de rêve qu'emploie Alonso) la connaissance qu'elle a de son héritage. Un geste de cinéma brillant survient ensuite qui fait de manière troublante le pont vers la partie amazonienne du film, où des sortes de séances de thérapie de groupe entre indigènes brésiliens leur permettent de raconter leurs derniers rêves, et indiquent que ce qu’on est en train de regarder être peut-être justement ça. Cette communauté n’a pas été forcée au déplacement comme d'autres "premières nations", mais les activités minières sèment la discorde, l’exploitation et une sorte de malédiction existentielle pour ceux qui seraient tenter de quitter les lieux de vie traditionnels. Un écho est également créé avec des choses qui surviennent au début, car ce scénario se termine par l’exécution d'une vengeance cathartique.

David Lynch semble avoir heureusement inspiré le panorama proposé par Alonso de la vie indigène : Eureka peut être vu comme un ruban de Möbius où les croyances ancestrales et le mysticisme revendiquent la manière dont les colons européens ont brisé l’équilibre entre les peuples indigènes et le monde. Et le réalisateur sait qu'il ne peut être le témoin privilégié de chaque parole laissant ressortir les secrets enfouis.

Eureka est une coproduction entre la France, l’Allemagne, le Portugal, le Mexique et l’Argentine qui a réuni les efforts de Slot Machine, Komplizen Film, Rosa Filmes, Woo Films, 4L, Luxbox et Arte France Cinéma. Les ventes internationales du film sont assurées par Le Pacte.

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(Traduit de l'anglais)

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