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LECCE 2023

Critique : I Don't Love You Anymore

par 

- L’aliénation et le vide de la génération Z sont au centre du nouveau film du Tchèque Zdeněk Jirásky, dont les personnages centraux sont deux adolescents qui fuient leurs vies malheureuses

Critique : I Don't Love You Anymore
Daniel Zeman et Maisha Romera Kollmann dans I Don't Love You Anymore

Marek, treize ans, filme tout avec son smartphone : une pluie diluvienne qui s'abat entre des immeubles délabrés, un alcoolique qui dort sous un porche, jusqu’à sa mère en plein moment intime avec son nouveau compagnon – que Marek ne peut pas voir en peinture. Et lui aussi, il se fait filmer, par des dizaines de téléphones, ceux de ses camarades de classe, quand il se lance des défis en public, un sac en plastique sur la tête, mais aussi quand il subit des actes de harcèlement, et tous ces objectifs braqués sur lui semblent ne lui laisser aucune voie par où s'échapper. Un jour, l'objectif de Marek croise celui de Tereza. “Il est assez chargé, ton portable ?”, lui demande-t-elle. Dès lors, pour les deux adolescents commence une fuite hors de leurs vies malheureuses qui va s’avérer être une aventure qui les dépasse, documentée pas à pas par leurs smartphones.

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C’est autour d’un jeu d'adolescents qui dérape que gravite I Don't Love You Anymore, du scénariste et réalisateur tchèque Zdeněk Jirásky. Après la première du film en compétition au Festival de Varsovie (où il a remporté le Prix spécial du jury), il a été sélectionné en compétition au 24e Festival du cinéma européen de Lecce. Marek et Tereza (incarnés par Daniel Zeman et Maisha Romera Kollmann) viennent de deux classes sociales différentes, mais ils sont tout aussi peu épanouis dans la vie : Marek vit dans un HLM avec sa mère (Anita Krausová), avec laquelle il avait d'excellents rapports jusqu’à ce que son nouveau petit ami fasse irruption chez eux (et dans leur lit). Tereza appartient à une famille bourgeoise qui ne l'entoure d'aucune affection, et défie sans cesse ses parents (Réka Derzsi et Marian Mitaš) à travers de petits actes de rébellion.

Les deux jeunes ne semblent retrouver le sourire que lorsqu’ils allument ensemble la caméra pour mettre en scène (parmi des wagons de train, des bâtiments abandonnés et des tas de ferraille) des situations amusantes ou audacieuses à archiver sur leur téléphone. Mais pourquoi ne pas monter d’un cran ? Ainsi, ce qui commence comme un jeu un peu dark (Tereza se laisse photographier dans des situations de coercition, enchaînée ou enfermée dans une cage) se transforme en un enlèvement simulé, destiné uniquement à effrayer les parents de la jeune fille. Sauf qu'après avoir envoyé les photos à la mère de Tereza, les deux jeunes ne peuvent plus, et ne veulent pas, s’arrêter. C'est alors qu'ils entreprennent de fuguer sans but, à bord d’un train qui les conduit dans un autre pays dont ils ne connaissent pas la langue et où l’inexpérience, la solitude et l'envie de dormir dans un lit au chaud vont aboutir à un grand désenchantement, car, au fond, ce ne sont "que des enfants”, comme ils disent, et ils ne savent que faire de toute cette liberté.

Les deux jeunes héros de ce voyage vers l’inconnu, qui se démarquent par leur spontanéité et leur expressivité, portent tout le film sur leurs épaules. Le réalisateur choisit de conserver une certaine impénétrabilité quant à leurs pensées et intentions, car presque tous les adolescents sont impénétrables, et il fait preuve d'une belle capacité à rendre de façon authentique les émotions, les contradictions et la vitalité de cet âge où l’on peut passer du jeu débridé aux doutes existentiels en un clin d’œil. “J’ai fait de mon mieux. –Nous avons tous les deux fait de notre mieux”, se disent Marek et Tereza. Hélas, si on n'arrive pas à le combler, d'une manière ou d'une autre, le vide finit par vous engloutir.

I Don't Love You Anymore a été produit par la société tchèque I/O Post en coproduction avec Arina Film Production(Slovaquie) et Tangaj Production (Roumanie).

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(Traduit de l'italien)

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