email print share on Facebook share on Twitter share on LinkedIn share on reddit pin on Pinterest

TRIBECA 2024

Critique : Hacking Hate

par 

- Ce documentaire de Simon Klose expose les réalités sinistres qu'implique l'extrémisme moderne, de l'extrême droite aux opérations psychologiques pour déstabiliser les démocraties occidentales

Critique : Hacking Hate

Le producteur et réalisateur de documentaires suédois Simon Klose a reçu le prix du meilleur long-métrage documentaire au Festival de Tribeca pour Hacking Hate (lire l'article). Le documentaire propose un examen rigoureux et déterminé de la montée de l’extrémisme de droite et de la propagation généralisée des discours haineux sur les réseaux sociaux en suivant My Vingren, une journaliste d’investigation suédoise connue pour ses enquêtes très approfondies sur les réseaux de suprémacistes blancs. Vingren, qui mérite bien son surnom de "Lisbeth Salander dans la vraie vie", fait des recherches poussées et crée des personnages virtuels fictifs pour infiltrer des groupes d’extrême droite opérant sur le net et révéler leur existence au monde. Tout au long du documentaire, Klose observe Vingren de près tandis qu’elle plonge dans un nouveau tunnel d’extrémisme de droite.

(L'article continue plus bas - Inf. publicitaire)

L’enquête de Vingren commence par la traque d'un influenceur de droite connu comme "Golden One". Peu après avoir mis en place son personnage virtuel fictif, Vingren reçoit une invitation à rejoindre un groupe néonazi secret, saturé de contenus antisémites, islamophobes et anti-immigrants. Elle arrive vite à identifier un individu en particulier qui gère plusieurs comptes et à mesure que l'enquête avance, son réseau de connexions au sein de la communauté des suprémacistes blancs devient dense. Klose a choisi de se concentrer sur une seule enquête, transformant le documentaire en étude de cas détaillée, et suit Vingren à toutes les étapes, de l’identification et de l’infiltration dans le groupe à la découverte de détails complexes et l'exposition des figures clefs de tout le réseau. Cette approche permet d'exposer au grand jour les rouages internes, les motivations et les méthodes derrière la prolifération des contenus haineux. Une percée significative survient quand Vingren identifie une figure pivot mais mystérieuse, connue seulement sous le nom de Vincent, qui semble orchestrer et gérer plusieurs groupes suprémacistes. La quête de ce Vincent va mener à des découvertes encore plus profondes sur les structures et les stratégies des groupes extrémistes.

Dès que Vingren se met à resserrer sa mire sur un suspect en particulier, le documentaire se transforme en cyber-thriller de personnages. Ses efforts méticuleux et infatigables permettent de découvrir une autre pièce du puzzle complexe de la guerre de la désinformation. Klose, assisté de son équipe de collaborateurs, notamment les chefs opérateurs Iván Blanco et Tony Johansson et le monteur Nicholas Nørgaard Staffolani, arrive bien à mettre en place le rythme et les revirements typiques d’un thriller pour composer un récit d’investigation passionnant. Cela dit, le réalisateur ne s’appuie pas seulement sur l’enquête sous couverture. Il intègre aussi au documentaire l'outil plus conventionnel que sont les têtes parlantes, ce qui lui permet de présenter des avis d'experts et de fournir un commentaire contextuel qui augmente la profondeur du film et élargit les perspectives quant à l’environnement néonazi en ligne que Vingren infiltre.

Dans le cadre de ses discussions avec des experts, Vingren communique notamment avec Anika Collier Navaroli, la lanceuse d’alerte qui a conduit à l'expulsion de Twitter de Donald Trump, et Imran Ahmed, un chercheur poursuivi en justice par Elon Musk pour avoir fait le jour sur des discours haineux publiés sur la plateforme à présent connue comme X. Le discours s'élargit au-delà des spécificités des discours haineux sur le net et de l’extrémisme numérique pour envelopper tous les défauts structurels des réseaux sociaux.

Hacking Hate est un exposé révélateur et préoccupant sur la marchandisation de la haine sur le net. Si des films comme How to Build a Truth Engine [+lire aussi :
critique
fiche film
]
explorent les raisons biologiques et sociologiques de la prolifération de la désinformation, des théories du complot et des discours haineux, le documentaire de Klose se concentre très spécifiquement sur un cas précis, pour n'en déconstruire que mieux les méthodes utilisées, tout en dévoilant les véritables motivations derrière la commercialisation des discours de haine. Vingren établit très clairement que les influenceurs de droite qui livrent du fascisme comme on exécuterait une prestation de service, grâce aux financements de pays étrangers, participent en réalité à des opérations d’influence et psychologiques mises en oeuvre pour déstabiliser les démocraties, tout en utilisant la radicalisation en ligne comme outil de recrutement.

Hacking Hate a été produit par la société suédoise Nonami en coproduction avec Elk Film (Danemark), Fuglene (Norvège), SVT et Film I Skåne (Suède), et en collaboration avec DR, VGTV et YES TV.

(L'article continue plus bas - Inf. publicitaire)

(Traduit de l'anglais)

Vous avez aimé cet article ? Abonnez-vous à notre newsletter et recevez plus d'articles comme celui-ci, directement dans votre boîte mail.

Privacy Policy