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IDFA 2024

Critique : De la guerre froide à la guerre verte

par 

- Avec son cinquième documentaire, Anna Recalde Miranda sonne l'alarme par rapport à la situation politique en Amérique latine

Critique : De la guerre froide à la guerre verte

Au début de Green Is the New Red [+lire aussi :
interview : Anna Recalde Miranda
fiche film
]
, la réalisatrice italo-paraguayenne Anna Recalde Miranda décrit sa patrie (le Paraguay) comme une “réalité qui flotte au-delà du temps”. Après un bref exposé de la chronologie politique du pays de 2008 à 2012, c’est sa voix qui va guider tout le film et plus on s'enfonce dans son récit, en italien, plus on se retrouve happé dans une réalité qui semblera douloureusement familière à quiconque connaît l’histoire contemporaine de l’Amérique latine. Après la répression anticommuniste des années 1970, le pays a subi des accaparements de terres illégaux, des lois féodales, et pas moins de 24 tentatives de coup d’État. Lorsque la réalisatrice regrette “la possibilité perdue d’un autre monde”, dans cet aveu sincère, on entend la résonance tragique d’un passé traumatisant. Green Is the New Red, projeté en compétition internationale de l’IDFA, s’emploie à tirer pour le Paraguay une sonnette d’alarme politique qui prend la forme la plus adaptée pour un documentaire de ce type : un mélange de témoignages et d’entretiens qui ont un effet de sensibilisation.

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Nous sommes en 2018, et Recalde Miranda vient d'arriver à Asunción, consciente des vagues de sécheresses et de la dégradation des terres en cours. Le terreau paraguayen, pilier de la "République du soja" (le berceau de l’agribusiness mondial), a été traité aux produits chimiques jusqu’à en devenir méconnaissable. Green Is the New Red traque les traits communs entre les mouvements anticommunistes (comme l’Opération Condor) et la répression des défenseurs de la terre par les gouvernements qui bat son plein actuellement. Armée de sa caméra et de ses recherches, la réalisatrice se tourne vers un ami cher à son cœur dont elle avait fait le sujet de son premier long-métrage, The Land of No Evil (2010) : Martín Almada. Almada est un militant pour les droits humains reconnu internationalement. C'est lui qui a découvert les Archives de la Terreur : la dernière trace restante des opposants politiques à la dictature de droite du pays. La caméra s’attarde sur des dossiers, des feuillets jaunis et les photos délavées de personnes qui ont été enlevées, torturées et assassinées, et ces gros plans sont tellement sincères qu'ils vous glacent le sang.

À travers ce regard exhaustif, pertinent et sans concessions sur les nombreux visages de l’oppression politique et le fait que les intérêts économiques mènent à des crimes contre l’humanité et contre la terre, Recalde Miranda prend position. Le film ne propose pas qu'une archéologie de la violence politique : les faits très circonstanciés qu'il présente et ce qu'il établit très nettement quant au rôle des États-Unis depuis l’Opération Condor en font un visionnage indispensable. Green Is the New Red allie à son angle pédagogique un récit personnel, pour rappeler que l’humain est à la fois le grand atout et l’élément le plus fragile de tout mouvement de résistance. Martín Almada, dont la santé décline peu à peu, admet sans détour qu'il reçoit des menaces de mort depuis des décennies. On rapporte le décès d'un journaliste américain au franc-parler qui enquêtait sur les Archives. Comment rendre hommage à leur courage, sinon en continuant de creuser ?

Recalde Miranda a aussi le courage de ne jamais édulcorer la vérité : derrière la persécution systématique des peuples indigènes et des paysans sans terre qui osent revendiquer des terres, on reconnaît aisément l’implacable machine des dictatures et de l’impérialisme.

Bien que moins officielle qu’autrefois, la criminalisation de l’Autre persiste. Le film de Recalde Miranda contient toutefois les instruments requis pour exposer, comparer et diagnostiquer le présent, et pour immortaliser la lutte pour un monde (un peu) meilleur.

Green Is the New Red a été produit par la société française Lardux Films, en coproduction avec Mammut Film (Italie), Tell Me Films (France), Picante (Paraguay) et Sisyfos Film Production (Suède).

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(Traduit de l'anglais)

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