Critique : L'Âge imminent
par Júlia Olmo
- Le collectif Col·lectiu Vigília présente un premier long émouvant, récompensé à Gijón, sur les relations entre les jeunes générations et leurs aînés et sur la précarité qui les affecte

Bruno, à peine majeur, jongle comme il peut entre sa grand-mère Nati, 86 ans, dont il doit s’occuper, les différents petits boulots qu'il trouve, et sa jeunesse, qu'il essaie tout de même de vivre. Quand Nati obtient de l'administration publique une place dans une maison de retraite, le jeune homme doit décider s'il veut ou pas laisser partir la seule famille qu’il ait jamais connue. Telle est l’histoire que raconte L’edat imminent, qui marque les débuts au cinéma du collectif Col·lectiu Vigília (composé de six jeunes étudiants à l'Université Pompeu Fabra de Barcelone : Clara Serrano Llorens, Gerard Simó Gimeno, Laura Corominas Espelt, Ariadna Ulldemolins Abad, Laura Serra Solé et Pau Vall Capdet), et qu'ils ont conçu comme leur travail de fin d’études. Après sa première mondiale dans la section Generation +16! du Festival de Giffoni (Italie), où il a remporté le Prix spécial CGS (lire l’article), et sa première nationale dans la section Enfants Terribles du Festival de Gijón, où il a raflé le Prix du meilleur scénario pour un film espagnol (article), le film vient d’être nominé aux Prix Gaudí dans la catégorie meilleur réalisateur à son premier film. Il arrive sur les écrans espagnols ce vendredi 13 décembre, avec Ringo Media.
Le film, où Miquel Mas Martínez et Antonia Fernández Mir incarnent le jeune homme et sa grand-mère, traite non seulement des relations contradictoires entre les générations, des liens où l’amour et l’usure peuvent coexister, du désir d’indépendance d’une génération et des paradoxes auxquels on se heurte quand il s’agit de prendre soin de nos aînés (de cette vieillesse et cette mort vers lesquelles nous allons tous), mais aussi de la réalité des classes populaires, de la précarité commune aux deux générations (celle qui s’en va, et doit trouver un lieu où vieillir et mourir dignement, et celle qui tente de survivre dans le monde d’aujourd’hui et travaille pour une misère juste pour tenir jusqu'à la fin du mois) et de la difficulté de trouver ainsi sa place dans la société et de se construire une vie à soi.
Le lien est joliment décrit : la tendresse, la complicité, l’ennui, l’épuisement, le silence, la solitude et la peur qui habitent les personnages sont dépeints avec simplicité et subtilité, sans fioritures ni prétention d'édifier, davantage par le non-dit que par la parole, au fil d’images de leur quotidien qui laissent au spectateur le temps et l’espace pour réfléchir, se faire sa propre idée et tirer ses propres conclusions. Un repas où le petit-fils tente de faire manger sa grand-mère plus qu’elle ne le voudrait, un autre où ils se tiennent compagnie presque sans dire un mot, le jeune homme sillonnant les rues à vélo comme livreur, la scène où ayant perdu son emploi, il tente de se faire un CV avec l’aide d’une amie, les 18 ans fêtés avec les amis, les fois où il ignore les appels de la maison de retraite où la grand-mère a obtenu une place après des mois d’attente : autant d’images qui, avec sensibilité et délicatesse et sans prétention, sont plus éloquentes que toute parole et rendent compte, avec légèreté et une certaine profondeur, des dilemmes des personnages, reflétant avec sobriété et honnêteté les sentiments et émotions contradictoires qui les habitent.
L’edat imminent est un premier long-métrage émouvant, un petit film qui accomplit pleinement ce qu’il se proposait de faire, un travail empli de tendresse et de vérité, beau et douloureux, sur la précarité qui touche deux générations éloignées dans le temps, sur leurs convergences et leurs divergences, sur la vie des classes populaires en périphérie urbaine. Un premier film habité qui révèle de jeunes créateurs à suivre.
L'edat imminent a été produit par Ringo Media.
(Traduit de l'espagnol)
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