Critique : Palestine Comedy Club
par Veronica Orciari
- Le premier long-métrage d'Alaa Ali Abdallah, de coproduction britanno-palestinienne, est un documentaire fort et émouvant qui mêle humour, coups durs et espoir

Palestine Comedy Club, le premier long-métrage d'Alaa Ali Abdallah, développé par le réalisateur avec l’appui du metteur en scène, auteur et chercheur spécialisé dans la comédie Sam Beale et de la productrice Charlotte Knowles, a fait sa première mondiale à l'édition inaugurale du festival SXSW Londres et sera projeté prochainement au Raindance Film Festival et à Sheffield Doc Fest. Ce documentaire avait aussi été présenté, en 2024, parmi les WIP de Cannes Docs et du Festival de Toronto.
Le film, sur un groupe de six Palestiniens (Alaa Shehada, Hanna Shammas, Ebaa Monther, Diana Sweity, Khalil Al-Batran et Raed Al-Shyoukhi) qui pratiquent le stand-up, mêle avec adresse des scènes légères, rieuses, et des moments d’une grande intensité émotionnelle, offrant au spectateur une expérience puissante qui s’apparente à des montagnes russes affectives. Au fil de leurs déplacements en Palestine et en Israël, et même à Londres, le groupe d’humoristes fait face à toutes sortes de difficultés, tant émotionnelles que pratiques. Entre les checkpoints militaires à passer dans un contexte de tensions politiques, leurs angoisses personnelles et le poids des attentes du public, leur parcours est jalonné de désespoir comme de moments de résilience. Malgré les épreuves, les peurs et l’écrasant sentiment d’impuissance auxquels ils sont souvent confrontés, la tournée est aussi illuminée par des liens sincères et un profond sentiment de gratitude. Leur capacité à trouver et partager du rire dans les circonstances les plus sombres devient un véritable acte de résistance et d’espoir.
Le ton du film ne cesse d’évoluer, ce qui donne l'impression qu'il avance à un rythme soutenu même lorsqu’il fait place à des scènes plus chargées. Si certains segments (centrés sur des aspects très spécifiques de la culture palestinienne) pourront laisser le public international quelque peu à distance, le documentaire demeure dans son ensemble très accessible pour les spectateurs du monde entier, en plus d'être urgent et d’actualité. Il réunit des moments intimes, des extraits des spectacles des comiques et des segments didactiques qui recourent à des infographies pour clarifier le contexte politique et social en Palestine. Le tout est bien équilibré et même si quelques scènes se prolongent peut-être un peu trop, le récit reste globalement cohérent et captivant.
L’idée de structurer ce documentaire comme une sorte de road movie lui donne une fluidité naturelle. Il se déploie avec aise, grâce au montage au tempo bien dosé de Libby Knowles. Tout au long du film, l’animation est employée avec finesse pour accentuer sa dimension lyrique tout en en adoucissant le ton général, ajoutant au récit à la fois profondeur et légèreté. Il n'en reste pas moins que dans chaque plan de Palestine Comedy Club, on sent affleurer une tristesse sous-jacente (jamais hurlée, mais toujours chuchotée) qui ne manquera pas d’émouvoir le spectateur, d'où qu'il soit. Malgré ce chagrin qu'elle véhicule inévitablement, l’œuvre s’impose comme un appel au lien humain et à la solidarité porté par des gens ordinaires qui, au fil du film, deviennent extraordinaires.
En somme, ce travail d’Ali Abdallah est un documentaire assez hors du commun, tant par sa facture que son sujet, qui s’impose comme un film à ne pas manquer. La caméra adore ses personnages, et l’ensemble est une réussite triomphale.
Palestine Comedy Club est une coproduction entre le Royaume-Uni et la Palestine qu'a pilotée Tough Crowd Limited. Les ventes internationales du film sont assurées par la société zurichoise First Hand Films.
(Traduit de l'anglais)
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