VENISE 2025 Giornate degli Autori
Critique : Écrire la vie : Annie Ernaux racontée par des lycéennes et des lycéens
par Fabien Lemercier
- VENISE 2025 : Claire Simon tend le miroir des écrits de la romancière pour esquisser un portrait à la fois simple et subtil de la diversité de la jeunesse française contemporaine

"Les choses me sont arrivées pour que j’en rende compte." Les écrits d’Annie Ernaux sont une prolifique source d’inspiration pour le cinéma (les fictions L'évènement [+lire aussi :
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Le dispositif est d’une très grande simplicité : dans huit lycées de l’Hexagone (Paris, la banlieue parisienne populaire avec Sarcelles, la province à trois échelles différentes avec Toulouse, Villefranche-sur-Saône et Saint-Christol-lez-Alès, et l’outre-mer avec Cayenne), des élèves lisent des extraits de livres d’Annie Ernaux et en discutent, d’abord en cours, puis en dehors. Une mosaïque d’échanges, de nouveaux éclairages qui exposent à merveille le sens profond de la source littéraire : "écrire la vie, la même pour tous, mais que l’on éprouve de façon individuelle, une matière à explorer, une vérité sensible".
Classes sociales, difficultés de communication dans les familles, place dans la société, amour, sexualité et question du consentement, maternité, patriarcat, langue, etc. : chaque lecture entraine son flot de commentaires, de débats, d’anecdotes livrées par les jeunes qui relient à leurs propres expériences les sujets abordés très frontalement et sans filtre par Annie Ernaux. En ressort un passionnant tableau composite d’une génération de la diversité (notamment issue de l’immigration) encore prise dans la relative naïveté de son âge et néanmoins souvent d’une grande maturité dans bien des domaines.
"Il ne faut pas péter plus haut que son cul". En choisissant cette citation pour sa première séquence, Claire Simon donne d’emblée une tonalité modeste à un ensemble plein de charme et centré sur les "vérités essentielles". Mais il ne faut pas s’y tromper : la cinéaste est douée d’une très grande maîtrise du sous-texte et orchestre très subtilement ("aucun détail n’est laissé au hasard") au montage la spontanéité rafraichissante des témoignages. À l’image des écrits d’Annie Ernaux ("j’ai adopté une écriture neutre, plate, sans métaphore, sans violence, ni signe d’émotion. La violence vient des faits, pas de l’écriture"), le documentaire est "beau, simple, philosophique, épuré" et il fait résonner avec justesse la devise de la France inscrite au fronton de plusieurs lycées : "Liberté, égalité, fraternité".
Écrire la vie : Annie Ernaux racontée par des lycéennes et des lycéens a été produit par Rosebud Productions. Be For Films pilote les ventes internationales.
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