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ZURICH 2025

Critique : Wolves

par 

- Dans son premier long, Jonas Ulrich suit une jeune femme qui cherche à se faire une place sur la scène du black metal et s'éprend d'un chanteur nettement d'extrême droite, mais refuse de le croire

Critique : Wolves
Selma Kopp et Bartosz Bielenia dans Wolves

Il arrive souvent qu'une chose abjecte présente un extérieur attrayant, et qu'il faille du temps pour prendre conscience de sa vraie nature. C'est exactement ce qui se passe dans Wolves [+lire aussi :
interview : Jonas Ulrich
fiche film
]
, le premier long-métrage du réalisateur zurichois Jonas Ulrich, qui a également écrit et monté le film. L'œuvre fait office de rappel, tout à fait pertinent, du fait qu'il faut toujours chercher les indices et s'efforcer de comprendre les choses en allant au-delà des informations qu'on nous fait absorber – voire, parfois, au-delà de notre amour et notre passion pour quelqu’un ou quelque chose. Le film, tourné à parts égales en suisse allemand et en anglais, vient de faire sa première mondiale dans la compétition longs-métrages du Festival de Zurich, dans le cadre duquel le groupe qu'on voit dans le film a également donné un concert.

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Ignorant son travail dans une garderie et son père en soins palliatifs,  Luana (Selma Kopp), la vingtaine, se cherche une identité en jouant les pseudo-groupies auprès du groupe de black metal qui donne son nom au film (mais y apparaît surtout dans sa forme stylisée : “WLVS”), dans lequel joue son cousin Domi (Fabian Künzli). Elle est immédiatement conquise par le nouveau chanteur, Wiktor (incarné par le Polonais Bartosz Bielenia), un type aux cheveux longs arborant une froideur nonchalante qui en impose sur scène, par son charisme et ses cris aigus (typiques du genre). Alors que les autres membres du groupe se mettent à remarquer que Wiktor semble avoir des affinités avec des tenants de l’idéologie fasciste, Luana est trop happée par ses sentiments et la relation amoureuse qui se met à s'épanouir entre eux pour s'en rendre compte. "Je ne pense pas que tu sois pire que n’importe qui d’autre", dit-elle à Wiktor.

Ulrich nous offre ici un intéressant mini-cours sur le black metal à travers les allégeances du jeune homme au sous-genre du black metal qui adhère aux idées national-socialistes (aussi appelé black metal nazi). Ce sous-genre né dans les années 1990 est connu pour la promotion qu'il fait de l’idéologie fasciste à travers le recours aux symboles néonazis dans sa musique et son identité visuelle (qui récupère aussi souvent des motifs païens), et à travers l'idée que le black metal est intrinsèquement anarchiste. Cependant, il faut savoir que cette sous-culture ne représente qu'une petite portion des amateurs de black metal, ce que ne cessent de répéter les autres membres du groupe. Le spectateur appréciera sans doute davantage, après avoir vu ce film, ce que le metal à offrir malgré l'apparente dureté de son esthétique.

Hélas, bien que le dispositif de Wolves soit fascinant et prometteur, on a du mal à discerner ce que Luana voit en Wiktor pour être aussi aveuglée par son amour pour lui, alors que de son côté, dans le meilleur des cas, le garçon la joue cool, car il manifeste peu d'intérêt réel pour elle. Leur relation telle qu'elle est montrée dans le film se cantonne à vrai dire à quelques roucoulements censés transmettre à l’écran une connection convaincante entre eux, or c'est précisément ce qui manque cruellement ici, alors que c'est le cœur de l'intrigue. Quoi qu'il en soit, il faut saluer le travail du chef opérateur Tobias Kubli, qui passe avec fluidité de l'univers bien net et blanc de la vie quotidienne de Luana à celui, sombre mais riche et magique, du black metal. Ulrich et lui combinent très bien les paysages opulents et idylliques d'une Suisse souvent enneigée avec la dure réalité à laquelle renvoient les thèmes traités, montrant que même sous une surface aussi belle, quelque chose de haineux peut s'épanouir.

Wolves a été produit par la société zurichoise Dynamic Frame GmbH. Les ventes internationales du film sont gérées par The Yellow Affair.

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(Traduit de l'anglais)

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