email print share on Facebook share on Twitter share on LinkedIn share on reddit pin on Pinterest

DINARD 2025

Critique : Mr Burton

par 

- Marc Evans propose un film intéressant qui montre comment le fils d'un mineur gallois appelé Richie Jenkins est devenu, grâce à un instituteur secrètement homosexuel, l'immense acteur Richard Burton

Critique : Mr Burton
Toby Jones et Harry Lawtey dans Mr Burton

Richard Burton, au sommet de sa gloire au milieu du siècle dernier, est un des premiers acteurs dont la célébrité était égale à son talent : que ce soit pour les rôles qu'il interprétait magistralement, sur les planches et à l’écran, ou pour ses mariages tumultueux avec Elizabeth Taylor, il faisait l'effet d'être omniprésent dans la sphère publique, préfigurant la manière dont les grandes célébrités mènent aujourd’hui leur vie. Mr Burton de Marc Evans, déjà sorti dans les salles au Royaume-Uni, récemment projeté au Festival du film britannique et irlandais de Dinard, en compétition, propose une analyse convaincante des origines de cette notoriété. Le film remonte à la jeunesse de Burton au Pays de Galles, en temps de guerre, pour se demander quelle part de la figure hollywoodienne qu'on connaît était fabriquée, et quelle part réellement innée.

(L'article continue plus bas - Inf. publicitaire)

Celui qu'on appelle “M. Burton” pendant le plus gros du film est Philip Burton (incarné Toby Jones), le professeur d’anglais et d’art dramatique de la future star à Port Talbot, qui est devenu non seulement son mentor théâtral, mais aussi son modèle et son père adoptif. Le scénario de Tom Bullough et Josh Hyams, très précis sur les faits, restitue bien l'effet transformateur qu'a eu la présence de Monsieur Burton père sur son pupille, alors connu sous le nom de Richie Jenkins, mais dépeint aussi, plus tard dans le film, l'élement plus tragique de cette figure d'homme âgé dont les ambitions de dramaturge et de comédien n'ont jamais abouti, et qui réprimait fortement sa sexualité. Harry Lawtey est très crédible dans le rôle du jeune Richie, qu'il présente d'abord comme une page blanche immaculée, progressivement mouchetée par ses éclats de séducteur et ses célèbres accès autodestructeurs.

Evans réussit un tour de force en termes de tonalité. La séparation de Richie et sa famille (il vit chez sa sœur et son mari mineur, son père biologique étant alcoolique et instable) fait l'effet d'une étape positive et adéquate dans son développement. De fait, s'il souhaitait voir ses ambitions d’acteur se réaliser, il fallait qu'il éradique de tout élément révélant ses origines régionales et ouvrières – alors que les acteurs britanniques de la génération suivante, que ce soit le fait des mœurs nouvelles des années 1960 ou de l’influence de la Méthode, ont pu conserver des traces de leurs origines. Le travail de Pygmalion (de bonne foi et sans aucune intention sexuelle – c’est du moins l’hypothèse prudente pour laquelle opte le scénario) de Philip va permettre de façonner Richie et de le préparer pour la Royal Shakespeare Company et pour tout le reste de son parcours – au début de sa carrière, l'acteur fait d'ailleurs appel à ses services en préparant Henry IV (deuxième partie).

À Dinard, en plus de valoir le prix du meilleur acteur à Lawtey, le film a également remporté le prix du public, ce qui atteste non seulement du fait que c'est un film plaisant à regarder, mais aussi de la réconfortante familiarité de son esthétique de film sur l'entre-deux-guerres. Si le film explore en profondeur la complexité et les détails de l’apprentissage artistique de Burton, il demeure hagiographique : il nourrit la légende, au lieu de la déconstruire. De fait, pour les jeunes spectateurs connaissant mal le travail de Burton, adopter une approche plus audacieuse ou introspective aurait sans doute été une manière plus stimulante de commémorer sa carrière : on pense à une variation façon Holy Motors ou à une œuvre à la Todd Haynes qui aurait mis en évidence la mutation du jeune homme colérique des Corps sauvages pour devenir le Marc Antoine de Cléopâtre, le péplum qui a viré au fiasco, puis les derniers personnages qu'il a incarnés, dans 1984 et L'Exorciste 2 : L'Hérétique. Mr Burton ne laisse en somme pas un souvenir impérissable après la séance, mais pendant qu'il se déploie, le film amène bel et bien à réfléchir à notre fascination pour les grands acteurs, à la fois comme modèles et comme exemples à ne pas suivre.

Mr Burton est une coproduction entre le Royaume-Uni, les États-Unis et le Canada qui a été pilotée par Severn Screen en association avec Promise Pictures et Brookstreet Pictures. Les ventes internationales du film sont assurées par Independent Entertainment. 

(L'article continue plus bas - Inf. publicitaire)

(Traduit de l'anglais)

Vous avez aimé cet article ? Abonnez-vous à notre newsletter et recevez plus d'articles comme celui-ci, directement dans votre boîte mail.

Privacy Policy