Critique série : Mrs Playmen
par Vittoria Scarpa
- La série de Riccardo Donna dédiée à la rédactrice en chef de la revue érotique la plus connue d'Italie est une immersion de belle facture dans la Rome et dans la morale des années 1970

Brigitte Bardot, coiffée d’une cornette de nonne et vêtue d'un soutien-gorge en résille qui laisse bien peu à l’imagination, esquisse un sourire en couverture de Playmen. Nous sommes en 1970. C'est des pages de la première revue érotique italienne qu'est sur le point d’éclater une révolution des mœurs sexuelles et sociales qui porte la signature de la rédactrice en chef du magazine, Adelina Dattilo, définie par Time comme une "Hugh Hefner en jupons". Cette figure féminine audacieuse et visionnaire est au cœur de Mrs Playmen, une série réalisée par Riccardo Donna (Io sono Mia [+lire aussi :
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L'intrigue, située quelque part entre le vrai et le vraisemblable, commence précisément lors de la soirée de lancement du numéro consacré à "Sœur B.B.". On fait la connaissance d’Adelina (Carolina Crescentini) et de son mari Saro Balsamo (Francesco Colella), tous deux cofondateurs du magazine. Ils s’aiment depuis l’adolescence, mais à présent, Saro a une maîtresse et beaucoup de dettes, si bien qu'un beau jour, il part en voyage à l’étranger et disparaît. Les comptes du magazine étant dans le rouge, Adelina est contrainte de reprendre les rênes de l’entreprise et décide de faire bifurquer sa ligne éditoriale en plaçant le désir féminin au centre, et en commençant à mettre en couverture non seulement des stars, mais aussi des femmes ordinaires, en l’occurrence une jeune inconnue des alentours de la ville, Elsa (Francesca Colucci), que le photographe du journal, Luigi (Giuseppe Maggio), avait photographiée dans des poses intimes qui auraient dû le rester.
Éblouie par la somme d’argent qui lui est proposée, Elsa signe un contrat sans le lire consciencieusement. La publication de ses photos dénudées vont lui causer bien des problèmes. Pour réparer les choses, Adelina lui propose un poste au journal (dirigé par Chartroux/Filippo Nigro), une proposition que la jeune femme refuse dans un premier temps. Parallèlement à cela, la brigade des mœurs (où officie un policier interprété par Domenico Diele) cherche un prétexte pour fermer définitivement la revue, taxée d’obscénité, et les féministes (à commencer par celle incarnée par Cecilia Dazzi) sont sur le pied de guerre, car Playmen traite le corps des femmes comme une marchandise. "Nous avons un problème avec le sexe, nous les Italiens : au lieu de nous détendre, ça nous met en rogne", commente Adelina, elle-même issue d’un milieu catholique, à propos de cette énième attaque. Les bureaux de la revue considérée la plus osée de l’époque (Playboy ayant été interdit en Italie) donnent, dans la fiction, directement sur la basilique Saint-Pierre, symbole par excellence de la chrétienté et de la tradition. C’est de là que Dattilo va commencer à se battre pour le divorce, le droit à l’avortement et l’émancipation féminine.
Dans un curieux jeu d’échos entre œuvres qui survient parfois dans les festivals, Mrs Playmen évoque, à un moment précis, les photos scandaleuses des époux Casati Stampa, remontées à la surface après la brutale affaire de meurtre qui a fait les gros titres (cliquer ici pour en savoir plus sur le film qui s'inspire de cette histoire). Publier ces photos attirerait d’autres critiques, mais permettrait aussi de renflouer les caisses du magazine. Le compromis trouvé par Adelina (faire paraître les photos, mais aussi montrer les coulisses des faits et les conditions dans lesquelles vivait cette femme) indique bien la voie que va prendre à partir de là le magazine.
Les scénaristes de la série ont beaucoup imaginé de choses autour de Playmen, inventant des personnages et des histoires. La reconstitution de l’époque, impeccable, fait de l’œil aux goûts des jeunes, y compris en termes de sélection musicale. Les années 1970 sont présentées comme scintillantes, colorées, joyeuses. La multiplication des lignes narratives, dans le plus pur style Netflix, est évidente dès les deux premiers épisodes. Peut-être qu’un récit plus concentré et qu'une plus grande fidélité aux faits aurait rendu l’ensemble plus instructif.
La série Mrs Playmen est produite par la société Aurora TV, du groupe Ambra Banijay Italia.
(Traduit de l'italien)
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