Critique : Green Light
par Susanne Gottlieb
- Avec une belle sensibilité pour la souffrance, Pavel Cuzuioc suit un psychothérapeute dont la mission est d'aider des gens désespérés à exercer leur droit à mettre fin à leur vie

"C'est dur pour moi, toute cette souffrance", répète souvent le neuropsychiatre Johann Friedrich Spittler, mais c'est que là où son travail l'amène, il y a de la souffrance, il y a du désespoir. La question est de savoir si elle suffit à garantir la possibilité de se suicider ? Dans son nouveau documentaire, Green Light [+lire aussi :
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fiche film], Viennale, qui a fait sa première au Festival de Locarno et se retrouve à présent au programme de la section Longs-métrages de la 63e Viennale, le réalisateur moldave-autrichien-roumain Pavel Cuzuioc ne donne peut-être une réponse claire, mais il présente résolument un tableau complexe des zones grises éthiques, de la détermination humaine et des fragiles constructions juridiques liées au sujet.
Cuzuoic s’est fait connaître en traitant les expériences humaines et la profondeur émotionnelle avec soin, et Green Light ne fait pas exception. C'est en 2020 que les tribunaux allemands ont déclaré que les gens avaient le droit de mettre fin à leur vie, ce qui a ouvert la voie au suicide assisté. Depuis des années maintenant, le docteur Spittler voit des patients (il en a interrogé entre 600 et 700, pour voir s’ils étaient éligibles pour ce type d’assistance). Ces entretiens creusent en profondeur la douleur des patients, qui semblent tous ici assez en confiance pour faire part des situations éprouvantes qu'ils vivent devant la caméra et être nommés au générique. Il semble n'y avoir plus d’espoir. "Je me contente d’exister" est une phrase qui revient beaucoup.
Cependant, qu'on soit en faveur du suicide assisté ou pas, les difficultés sont faciles à détecter. Certains patients souffrent physiquement, à cause d'une maladie, après des accidents ou parce que leurs capacités ont été altérées. Certains sont dans des états de dépression profonde, et aucune thérapie et aucun lien social n'arrive à les en arracher. La douleur mentale ne pèse pas moins que la douleur physique. Mais il arrive qu'un patient souhaite juste avoir le "feu vert" au cas où. Il y a la femme anciennement anorexique, celle qui veut rejoindre son enfant décédé, un vieil homme qui n’aime pas trop l'idée qu'on "sacrifie du temps" à un travail, mais qui sacrifierait sans hésiter ce qui lui reste de temps.
Sacrifier du temps de vie est un motif récurrent, et un argument que le docteur fait constamment valoir. Personne n’écourterait son séjour dans ce bas monde sans avoir une bonne raison, et c’est là que le film de Cuzuoic devient vraiment intéressant. Le docteur lui-même n’est pas un tenant du suicide, mais laisser les gens exercer leur libre arbitre et faire tout ce qui est son pouvoir pour les aider est pour lui un impératif catégorique. Une des tragédies qui survient dans le documentaire est une action en justice dans la ville d'Essen, le docteur Spittler ayant été accusé d’avoir mal diagnostiqué un patient.
Les lecteurs avides de la presse allemande connaissent peut-être déjà le verdict final, mais l’accusation d'homicide montre de nouveau à quel point le fil sur lequel évolue le docteur est ténu – ce vieil homme désormais connu dont chaque mot a tant de poids et de sagesse, et dont les propos philosophiques et intellectuels compensent le fait que le film s'articule entièrement autour de conversations et d’entretiens. Il s'y s'opère une triangulation complexe entre éthique, politique et empathie qu'on peut gérer comme on peut, mais jamais vraiment résoudre.
Green Light a été produit par Pavel Cuzuioc Filmproduktion (Autriche) et Zenobia Film (Roumanie).
(Traduit de l'anglais)
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