Critique : The Pupil
par Vittoria Scarpa
- Dans son troisième long-métrage, Karin Junger rend compte des répercussions psychologiques et sociales des abus sexuels sur mineurs avec rigueur et en restant très attentive aux nuances

Daan a 12 ans. Dans son école de football, c'est l’élève modèle. Il a une relation particulière avec son entraîneur, Ries, un homme de 45 ans qui sait comment motiver et amuser ses jeunes joueurs. Daan éprouve beaucoup d'admiration pour lui, et peu à peu, Ries se met à en profiter... C’est dans un univers masculin par excellence, celui d’une équipe de football junior, que la cinéaste néerlandaise Karin Junger ancre son troisième long-métrage, The Pupil [+lire aussi :
interview : Karin Junger
fiche film], un récit d'une grande précision qui traite des ramifications émotionnelles et sociales complexes des abus sexuels sur mineurs. Le film est actuellement en compétition au 26e Festival du cinéma européen di Lecce, après sa première au Festival du film des Pays-Bas en septembre dernier, et un passage récent au Festival du film jeunesse de Black Nights, à Tallinn.
Daan (Bart de Wilde) est un garçon à la vie sereine. Il a une famille aimante, va danser avec ses amis et s’intéresse à une fille de son âge, mais ce qu'il aime plus que tout, c'est jouer au foot. Son entraîneur, Ries (Gijs Naber), mise sur lui, et Daan devient progressivement son "chouchou" : ils vont ensemble au stade (avec la bénédiction des parents du garçon, qui ont beaucoup de sympathie pour Ries) et se retrouvent de plus en plus souvent chez le coach pour regarder des matchs à la télé ou jouer à la PlayStation. Hélas, très vite, les coups de pied dans le ballon à l’écran cèdent la place aux films pornographiques que Ries, faisant semblant de zapper, s’acharne à lui faire voir. À partir de là, chez Ries, où les stores sont toujours baissés, commencent à se produire des actes dépassant largement les limites de ce qui est permis.
Junger, qui signe également le scénario du film, décrit ici avec rigueur, et un grand sens de la nuance, l’extrême facilité avec laquelle un garçon peut se retrouver victime d’un prédateur sexuel, surtout quand il entretient avec ce dernier un rapport de confiance, voire d’admiration, et qu’il est en phase de découverte de sa sexualité, mu par des impulsions et sa curiosité. Le film cherche à tirer la sonnette d’alarme en invitant à ne pas négliger certains signaux, car malgré tout le contrôle social possible et imaginable (entre la famille, l’équipe, l’école et les amis, Daan n'est jamais laissé seul), le mal trouve toujours un moyen de s’infiltrer. L’évolution intérieure du jeune héros – de la gêne initiale au malaise croissant, jusqu’au repli sur lui et à l’agressivité envers les autres – est décrite avec subtilité à travers les regards et les gestes du jeune acteur débutant, car son personnage garde tout pour lui.
Daan nourrit des sentiments contradictoires vis à vis de son charismatique entraîneur, et son entourage ne l’aide pas à s’en ouvrir à eux. Le film de Junger s'intéresse aussi à la réaction de la communauté face au scandale, et amène à s’interroger sur la manière dont cette même réaction peut influer sur l’intensité du traumatisme. Le sujet des abus sur mineurs a déjà été traité maintes fois au cinéma ; la valeur ajoutée ici est que la victime réagit et, entourée par les siens, trouve la force d’aller de l’avant la tête haute, laissant le spectateur avec l’espoir que cela ne restera qu’une vilaine parenthèse dans sa vie lumineuse.
The Pupil a été produit par The Film Kitchen (Pays-Bas), en coproduction avec Krater Films (Belgique), Polar Bear (Belgique) et BNNVARA (Pays-Bas). Les ventes internationales du film sont assurées par Pluto Film.
(Traduit de l'italien)
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