Critique : Sophia
par Olivia Popp
- Le troisième long-métrage de Dhafer L’Abidine, où il joue également, est un thriller articulé autour de la disparition d’une fillette de six ans à Tunis

Surtout connu comme acteur, le Tunisien aux multiples casquettes Dhafer L’Abidine présente son troisième long-métrage, Sophia. Le film raconte l’enlèvement supposé d’une fillette de six ans en Tunisie. L’Abidine avait déjà réalisé To My Son (2023) et Tomorrow (2021), deux récits de familles plongées dans le chaos à travers les relations entre parents et enfants d’âges différents. Sophia s’inscrit dans cette continuité, mais adopte cette fois les codes du thriller avec comme décor les rues de Tunis. Le film, réalisé, écrit, produit et interprété par L’Abidine, a été présenté en avant-première lors d’une Séance de Gala de la 22e édition du Festival du film international de Marrakech.
Il est ici question de la disparition de Sophia. La fillette, arrivée de Londres à Tunis avec sa mère britannique, Emily (Jessica Brown Finlay), est là pour renouer avec son père Hicham (L’Abidine), dont Emily est séparée. Hicham, du fait de la naissance de Sophia, fruit de sa relation hors mariage avec Emily et de son expulsion du Royaume-Uni pour séjour illégal, est alors soupçonné par la police d’être l’auteur de l’enlèvement de la fillette. Face à ces accusations, il prend la fuite. Alors qu’il clame son innocence malgré des preuves accablantes, Emily se lance seule à la recherche de leur fille.
Sophia repose davantage sur les dialogues que sur les scènes d’action, la plupart étant dénuées de toute tension dramatique, notamment lorsqu’Hicham échappe à plusieurs reprises à la police. Il faut attendre la deuxième moitié du film, quand Hicham pense être victime d’un piège tendu par le chef de la police, pour que l’histoire prenne corps. Une course-poursuite sur les toits redonne furtivement rythme et intensité à l’histoire, avant que le point de vue ne se déplace d’Emily vers Hicham, désormais résolu à prendre lui-même les choses en main. Mais lorsque l’identité des ravisseurs est enfin révélée, le dénouement peine à convaincre.
Avec une palette de couleurs fidèle aux codes du thriller, L’Abidine exploite les singularités des rues de Tunis pour dynamiser le visuel et le rendre plus captivant. Cependant, avec une durée de presque deux heures, le film peine à maintenir l’attention du spectateur, et ce, malgré la performance solide et charismatique de L’Abidine. Une durée plus resserrée aurait sans doute permis de renforcer le rythme et la tension. Sur le plan technique, le réalisateur montre néanmoins qu’il maîtrise parfaitement les codes du thriller, utilisant fréquemment une caméra à distance pour instaurer un sentiment de voyeurisme.
Sophia est une production Double A Productions (Tunisie) et New Sparta Productions (Royaume-Uni). MAD World est responsable des ventes à l’étranger.
(Traduit de l'anglais)
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