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Critique : Loin de moi la colère
par Giorgia Del Don
- Dans ce documentaire, le réalisateur ivoirien Joël Akafou réfléchit courageusement aux conséquences néfastes de la colère qui bouillonne en ceux et celles qui ont vécu l'horreur de la guerre

Loin de moi la colère prolonge le discours que développe le réalisateur Joël Akafou sur sa terre natale, la Côte d’Ivoire, un propos amorcé avec Vivre riche, Serterce d'or du meilleur moyen-métrage à Visions du Réel en 201, puis poursuivi avec le documentaire Traverser [+lire aussi :
bande-annonce
fiche film], son premier long-métrage, sélectionné dans la section Forum du Festival de Berlin. Loin de moi la colère, présenté notamment à Doclisboa et Cinéma du réel, a récemment été projeté au festival Black Movie de Genève. Le film est une sorte de fable cruelle composée des témoignages de ceux qui ont survécu à l’horreur de la guerre civile de 2011, qui a détruit des communautés entières. L’objectif de l’héroïne du film, Maman Jo, victime de ce conflit douloureux, est celui de permettre à la colère qui bout en ceux et celles qui ont survécu de jaillir au grand jour et de se transformer en quelque chose de positif, communautaire et libérateur.
Le village de Ziglo, à l’ouest de la Côte d’Ivoire, cherche à survivre à la douleur causée par une guerre civile qui marque encore profondément les survivants, d'autant qu'ils doivent cohabiter non seulement avec les fantômes des êtres chers qu'ils ont perdus, mais aussi avec leurs tortionnaires, ce qui alimente une colère que rien ne semble pouvoir apaiser. C’est dans ce contexte que l’héroïne du film, elle-même originaire de Ziglo, décide de créer l'association "Loin de moi la colère", dans le dessein d'unir tous les survivants, victimes et bourreaux – une union extrêmement difficile, mais indispensable pour trouver enfin la paix que le gouvernement n’est pas capable d’obtenir.
Maman Jo, victime, elle aussi, de la guerre civile, écoute les histoires de tous ceux qui ont le courage de parler. Elle se fait le réceptacle de leur douleur et essaie de calmer leur colère, dans l'espoir que les tensions entre les membres des différentes communautés vont s'atténuer. En se mettant au même niveau que les personnes qu'elle écoute, Maman Jo cherche à coudre ensemble les récits de tous et toutes pour en faire un même tissu, afin que leur souffrance partagée se mue en quelque chose de positif. Transformer la douleur et la colère en résilience est pour elle la seule issue possible à cette situation de tension permanente, la seule manière de prendre le chemin de la liberté. L'enquête que mène le film ne porte pas tant sur l’immédiat après-guerre que sur les conséquences du conflit sur le long terme. Les histoires racontées par les survivants, d’une violence inimaginable, résonnent encore avec une force troublante : tout se passe comme si ces gens étaient pris au piège dans un éternel présent de l’horreur. C'est justement ce dont Maman Jo espère les libérer, pour leur donner la possibilité de croire encore à un futur différent. S’appuyant sur la tradition ancestrale de la fable, elle cherche, sa manière, à (re)construire l’histoire de sa terre, un lieu où la colère laisse la place à l’amour et à un sentiment de liberté que la plupart des habitants n'ont encore jamais éprouvé.
Loin de moi la colère est un film profond et nécessaire sur la mémoire et sur les conséquences de traumatismes qui peuvent tout détruire, et ce sur des générations entières.
Le film a été produit par Ladybirds Film (France) en coproduction avec Les Films du Continent (Côte d’Ivoire), L’ Œil Vif Productions (France) et Pilumpiku Productions (Burkina Faso).
(Traduit de l'italien)
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