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TRIESTE 2026

Critique : White Lies

par 

- Alba Zari propose une enquête intime sur des dynamiques familiales détruites par une secte où l'on reparcourt l'existence faite de silences et de choix extrêmes de trois générations de femmes

Critique : White Lies

Dans White Lies [+lire aussi :
bande-annonce
fiche film
]
, la photographe et artiste plasticienne Alba Zari, née à Bangkok en 1987, à l'époque de la controverse sur la secte des Enfants de Dieu, sonde son passé avec la ténacité de quelqu'un qui cherche une identité qu’on lui a jusque-là refusée. De retour dans la ville dont sa famille est originaire, Alba découvre à 25 ans que son père biologique est un mystère : ce n’est en tout cas pas Johnny, le compagnon de sa mère Ivana en Thaïlande, mais peut-être un Iranien nommé Massad, pilote de ligne chez Emirates. À travers de vieilles vidéos, des photos jaunies et d'âpres discussions, le documentaire d'Alba Zari reparcourt les trajectoires de trois générations de femmes, celle de sa grand-mère Rosa, de sa mère Ivana et la sienne, toutes marquées par des silences, des omissions et des choix extrêmes.

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Le film (en lice pour le Prix Corso Salani du Festival de Trieste après avoir remporté quatre prix au Festival dei Popoli de Florence, bientôt au programme de la section Bright Future de l’IFFR), scénarisé par Zari elle-même, est une enquête intime sur les dynamiques familiales qui ont été détruites par la secte fondée par l’Américain Moses David. Rosa a en effet abandonné son mari et ses enfants (Sonia et Andrea) pour rejoindre ce culte hippie des années 1970, attirée par une utopie d’"amour libre" qui s’avèrera être de la prostitution religieuse : le "flirty fishing", pratique consistant à utiliser les femmes pour attirer les hommes et faire du prosélytisme, est la mise en pratique d'un "tu aimeras ton prochain" déformé qui devient de la coercition. Adolescente, Ivana suit sa mère en Thaïlande, en Grèce, dans les Balkans et en Inde, elle aussi missionnaire au sein d'une "armée" prête pour l'Apocalypse. Alba, qui commence sa vie comme un "Jesus baby", hérite d’un vide. Quand elle évoque ses souvenirs thaïlandais, elle parle d'"aller à la mer tous les jours, être heureux, construire des châteaux de sable et se jeter dans l'eau limpide", mais elle se rappelle aussi quand Johnny, dont elle pensait qu’il était son père, l'a abandonnée "par amour pour Dieu".

Dans les séquences tournées à Trieste (où le directeur de la photographie Matteo Tortone suit de près la réalisatrice et sa famille), la douleur de l'incommunicabilité des sentiments est presque palpable. Ivana, dont les pensées sont brouillées par les médicaments psychoactifs qu'elle prend pour soigner la schizophrénie paranoïde dont elle souffre "à cause des expériences déstabilisantes" qu'elle a subies pendant cette "vie contraire à la dignité humaine", répète constamment "Je suis désolée" tout en fumant cigarette sur cigarette. Avec douceur, Alba l'assaille de questions. L’oncle Andrea, fervent chrétien et lui aussi fumeur invétéré, révèle que le grand-père était violent avec Rosa.

Cette dernière, à présent âgée de 76 ans, vit à Positano. En sa compagnie, Alba regarde de vieilles photos et lit des poésies qu'elle avait écrites adolescente. Suivent des larmes et des justifications qui arrivent trop tard : "J'ai fait des erreurs, mais j'en ai déjà été lavée par mon sentiment de culpabilité". Le spectateur est partagé entre l'élan de condamner cette femme, même après tant d’années, et celui de l’absoudre pour son irresponsable fuite, parce qu'elle cherchait à échapper à une famille patriarcale. À Noël, les quatre personnages se réunissent et après la messe, pendant laquelle le prêtre exalte la famille comme "une valeur non négociable", ils se remettent à débattre à table. Et puis Alba s'envole pour la Thaïlande où elle rencontre Johnny, devenu prédicateur, qui n'est plus que l’ombre d’un père et s'avère tout à fait incapable de "combler l’abîme". Le final, débordant de tendresse, réunit à Trieste Alba et sa maman Ivana. "Je l’ai toujours aimée, même elle m'a menti 25 années durant".

White Lies raconte un traumatisme intergénérationnel sans tomber dans le sensationnalisme, en utilisant comme instrument narratif l’art de Zari, qui avait déjà exploré, précédemment, les racines de son identité à travers des images tirées des archives familiales, et travaillé sur la question du corps féminin et de la perception de soi. Les images retravaillées sur lesquelles ont été appliquées des silhouettes découpées, les vidéos d’enfance et les scènes tournées aujourd'hui pour le film, souvent avec l’élément aquatique au premier plan, révèlent des visages, des regards et des corps qui rebouchent le "trou noir" de l’absence paternelle, en distillant la souffrance.

"Mon père, dit la voix off de la réalisatrice, n’était pas parmi les vagues qui se brisaient sur les plages de Pattaya ; il n’était pas dans le visage des gens que j’ai rencontrés, ni dans les histoires qu'ils m’ont racontées". Si Alba n'a pas trouvé son père, elle a découvert qu'elle n’était pas définie par le manque qu'elle sentait, mais plutôt par sa capacité "à chercher, à aimer et à créer du sens là où avant, il n’y avait rien".

White Lies a été produit par Slingshot Films (Italie) en association avec Agent Double (Belgique).

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(Traduit de l'italien)

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