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GÖTEBORG 2026

Critique : Saipan

par 

- Lisa Barros D’Sa et Glenn Leyburn proposent une version fictionnée des circonstances dans lesquelles le footballeur irlandais Roy Keane a quitté l'équipe nationale pendant la Coupe du Monde 2002

Critique : Saipan
Éanna Hardwicke dans Saipan

À l’entrée dans le nouveau millénium, Roy Keane, alors au sommet de sa gloire, était un footballeur aussi susceptible de collectionner les trophées que de se faire sortir du terrain et se retrouver suspendu pour plusieurs matchs. Au sein de son club, Manchester United, il a trouvé un exutoire sain pour toutes ces tendances, surtout la première. En revanche, représenter l’équipe nationale de la République d’Irlande à la Coupe du monde Japon-Corée-du-Sud de 2002, s'est avéré plus compliqué pour ce milieu de terrain intègre, mais au tempérament volatile. Ses différends irréconciliables avec son entraîneur, Mick McCarthy, qui ont abouti à son départ, juste avant le tournoi, de l'île du Pacifique où l'équipe s’entraînait, sont devenus un sujet étonnamment brûlant qui a passionné les médias des îles britanniques cet été-là, un spectacle franchement gênant dont personne ne pouvait détourner les yeux.

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Et voilà que nous arrive, deux décennies plus tard, Saipan de Lisa Barros D’Sa et Glenn Leyburn, qui fait, malgré sa brièveté, l'effet d'une version fictionnée solide de cette histoire. Le film, qui tient son titre du nom de l'île où tout s'est passé et totalise le nombre impressionnant de 12 nominations aux IFTA (Prix du cinéma et de la télévision irlandais), sort aujourd’hui au Royaume-Uni, avec Vertigo Releasing, et sera projeté la semaine prochaine au Festival de Göteborg, après une première mondiale à la dernière édition du festival de Toronto.

Pour avoir de la tension dramatique, il faut avoir un conflit. Cette prescription tautologique, le scénariste Paul Fraser l'applique, contre-intuitivement, hors du terrain plus que lors des jours de matchs à onze contre onze. La question posée par les co-réalisateurs est la suivante : comment deux professionnels apparemment aussi pondérés que Keane (ici incarné par Éanna Hardwicke) et McCarthy (un Steve Coogan très concentré) ont-ils pu entrer à ce point en collision, perdant tout sens du décorum et de la dignité ? Un peu comme dans les films qui se passent dans les univers politiques ou d’affaires où les enjeux sont vertigineux (et qui ont clairement été une source d’inspiration majeure ici), cet affrontement entre deux égos d'hommes qui se croyaient infaillibles, alors qu'ils étaient en fait très fragiles, déclenche une série de conséquences certainement pas imprévisibles mais indéniablement destructrices.

À l'opposé de l'image de fauteur de troubles et de bombe à retardement qu'ont donnée ses détracteurs à Keane, Hardwicke incarne un individu discipliné et intelligent qui fait tout pour être à la hauteur des standards élevés qu'il imposait aussi aux autres, bien qu'il soit lui-même porté à adopter des schémas comportementaux autodestructeurs. L'impression est que cette interprétation est informée par l’attention portée aujourd'hui, dans le monde du football, à la santé mentale masculine, alors que cet aspect n'intéressait personne à l'époque. Barros D’Sa et Leyburn dirigent soigneusement Coogan pour qu'il se tienne à l'écart de tout maniérisme à la Alan Partridge et n'humilie , et ne rabaisse pas davantage McCarthy, déjà la risée de toute une génération de fans du ballon rond. Au lieu de ça, il apparaît dans le film comme un petit fonctionnaire sans qualités à l’intérieur d'un l'appareil footballistique irlandais peu brillant, un type incapable de s’imposer à un joueur se croyant tout permis, au moins aussi porté à la cruauté qu'il était talentueux sur le terrain.

La tension la plus déchirante qu'on sent dans le film tient au sentiment d’authenticité de ces deux hommes qui faisaient des carrières formidables au Royaume-Uni et se retrouvaient de fait assaillis par des sentiments complexes par rapport à leur terre natale, entre attachement et trahison (partielle). Keane n'ayant exprimé aucun remords par rapport à sa décision de quitter l'équipe et celle-ci ayant fait un parcours respectable en Coupe du monde, les auteurs laissent au spectateur le soin de décider qui a été le vainqueur symbolique de ce conflit. Cependant, les moments où ce film par trop modeste fonctionne le mieux sont ceux où il adopte la perspective de Keane et n’hésite pas à faire montre de fierté irlandaise et de loyauté au pays, que ces sentiments soient forcés de se manifester en Angleterre ou aussi loin à l'est qu'à Saipan.

Saipan a été produit par l’Irlande et le Royaume-Uni à travers les sociétés Wild Atlantic Pictures et Fine Point Film. Les ventes internationales du film sont gérées par Bankside Films.

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(Traduit de l'anglais)

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