email print share on Facebook share on Twitter share on LinkedIn share on reddit pin on Pinterest

GÖTEBORG 2026

Critique : The Quiet Beekeeper

par 

- Marcus Carlsson nous emmène au cœur de la Suède pour nous présenter une chaleureuse tranche d'humanité, dans tout ce qu'elle a d'imparfait

Critique : The Quiet Beekeeper
Adam Lundgren dans The Quiet Beekeeper

The Quiet Beekeeper [+lire aussi :
interview : Marcus Carlsson
fiche film
]
, qui semble presque taillé sur mesure comme film d'ouverture du 49e Festival du film de Göteborg, faisait déjà l'objet d'un bouche-à-oreille efficace avant même cette première mondiale. Au centre de cette attention : le scénariste-réalisateur Marcus Carlsson, dont le travail, jusqu’ici modestement distribué, a gagné l’estime de ceux qui se sont mis à le suivre. Sa participation à la Compétition nordique de Göteborg cette année promet d'élargir encore davantage le cercle.

(L'article continue plus bas - Inf. publicitaire)

L'histoire, situé dans la province du Värmland, à côté de la frontière avec la Norvège, se déploie dans une Suède très “américaine” où de gros pick-ups sillonnent un terroir rustique parcouru par des chemins de fer forestier où circulent encore des convois infinis chargés de bois, comme il y a cent ans. “Les gens heureux restent où ils sont”, dit Olof (incarné par Adam Lundgren, qui a aussi coécrit le scénario). Comme son père et son grand-père avant lui, Olof élève des abeilles et en hiver, conduit un chasse-neige, pour payer ses factures. Olof vit avec sa mère Christina, sa sœur Amanda et sa fille adolescente Lise, qui lui apportent du réconfort, un sentiment d’appartenance et du peps au quotidien. Olof, célibataire et franchement très séduisant, cultive parfois des relations sans engagement avec des femmes du coin. Et puis il y a les abeilles, bien sûr, qui sont presque une famille à elles seules, malgré la petite piqûre occasionnelle qui peut survenir pour peu que l'une d'elle soit de mauvaise humeur.

Le gros problème d’Olof est ailleurs : sa femme, la mère de sa fille, est récemment décédée. Dans ce genre d'environnement rude, les hommes sont du genre taiseux, et notre héros ne fait pas exception à la règle. Sa mère Christina grommelle et se plaint des hommes, qui sont toujours pareils. Sa fille se sent de plus en plus frustrée, et on la comprend, de sorte qu'elle n’hésite pas à piquer, elle aussi, par moments, et ce assez fort. Il y a un autre sujet qu'Olof ignore tout autant : les quintes de toux et les douleurs physiques qui l'assaillent régulièrement. Décidément, tout n’est pas au beau fixe pour notre taciturne apiculteur.

Si tout cela peut paraître sombre, en théorie, en réalité c’est tout le contraire, en grande partie grâce à la manière douce et attentive dont cette tranche d’humanité chaleureusement mélancolique et imparfaite nous est présentée. Dans sa note d’intention, Carlsson cite le cinéma de Kelly Reichardt, et Peter Fonda dans L'Or de la vie (où la star américaine joue un apiculteur), mais le ton qui domine est résolument scandinave, dans la lignée des nouveaux mouvements cinématographiques des années 1960 et de cinéastes comme Bo Widerberg et Jan Troell (remercié au générique de fin). À l’instar de ces illustres prédécesseurs, Carlsson s'appuie sur des acteurs professionnels aguerris, soigneusement choisis, et des débutants à l'écran, et il arrive à saisir les moments de grâce fortuits qui peuvent jaillir du dispositif, et le font bel et bien. Louer une interprétation en particulier semble presque injuste pour les autres comédiens, mais Marika Lindström, vétérane de la scène et de l’écran dont le visage est très connu du public pour plusieurs feuilletons des années 1980 dans lesquels elle a joués, a rarement été aussi brillante qu'ici dans le rôle de la mère inébranlable d’Olof, toujours là pour son fils. Hedvig Nilsson, pour la première fois sur le grand écran, pourrait bien être la révélation de l’année dans celui de la piquante Lise. Adam Lundgren, chouchou suédois du petit écran (il a joué dans des séries comme The Restaurant) qu'on a vu récemment dans le film The Ugly Stepsister [+lire aussi :
critique
bande-annonce
fiche film
]
, livre une de ses plus belles prestations dans le rôle-titre. Les connaisseurs repéreront l’icône du cinéma grindhouse des années 1970 Christina Lindberg (Crime à froid) dans l'uniforme de l'infirmière de nuit au grand cœur qui travaille au service oncologie, un excellent contre-emploi.

Il faut aussi saluer le légendaire compositeur Janne Schaffer (sans qui la guitare lyrique d'ABBA ne serait pas la même) pour les musiques qui contribuent à l'ambiance du film, ainsi que le choix de tourner en dialecte, lyrique lui aussi, mais quasiment inintelligible pour quiconque ne le connaît pas et donc généreusement sous-titré pour tous.

The Quiet Beekeeper a été produit par la société suédoise Mariedamfilm en coproduction avec SVT, la Région Värmland, Auditory et Shoot & Post.

(L'article continue plus bas - Inf. publicitaire)

(Traduit de l'anglais)

Vous avez aimé cet article ? Abonnez-vous à notre newsletter et recevez plus d'articles comme celui-ci, directement dans votre boîte mail.

Privacy Policy