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GÖTEBORG 2026

Critique : Tell Everyone

par 

- Alli Haapasalo livre un troisième film réalisé en solo chargé d'empathie où elle évoque une clinique psychiatrique pour femmes du temps jadis

Critique : Tell Everyone
Marketta Tikkanen dans Tell Everyone

Tell Everyone [+lire aussi :
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, qui a fait sa première mondiale dans le cadre de la compétition nordique du 49e Festival de Göteborg, est le troisième long-métrage de la réalisatrice finlandaise Alli Haapasalo après le film encensé Girl Picture [+lire aussi :
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, lauréat du Prix du public de la compétition World Cinema Dramatic à Sundance en 2022, et Love and Fury [+lire aussi :
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(2016).

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Tell Everyone nous ramène en 1898, dans des paysages merveilleusement bucoliques, du moins en surface. La chose saute aux yeux dès le tout premier plan : des messieurs bien nés coiffés de canotiers et de gracieuses dames emmitouflées dans leur petite laine effectuent une promenade idyllique en bateau, sur un des lacs pittoresques dont la Finlande regorge. La plus belle se tient sur le devant de l'embarcation, et contemple pensivement le paysage. À l’arrivée, elle est accueillie par une femme qui commente cette “belle journée que nous offre Dieu”, après quoi on la détache de la rambarde à laquelle elle était en fait menottée pendant toute la traversée. Elle va être internée dans un hôpital spécial pour femmes atteintes de troubles psychiatriques, sur l’île de Seili, dans l’archipel de Turku, qui a abrité une telle institution jusqu’en 1962.

Insania epileptica menstrualis” est le diagnostic attribué à la “prisonnière”, Amanda Altonen, 26 ans, dont le dossier indique qu’elle mène une vie débauchée et oisive. Selon les critères contemporains, Amanda souffre de TDPM (trouble dysphorique prémenstruel). À l’époque, une telle condition suffisait amplement pour qu’une femme soit mise à l’écart et astreinte à des travaux pénibles, "dans la crainte et l’admonestation du Seigneur”. Amanda (incarnée avec beaucoup de conviction par Marketta Tikkanen) est l’intégrité même, mais dans cette histoire (adapté par Katja Kallio de son roman original, lui-même inspiré de cas véritables), elle préoccupe tout le monde. On la qualifie de “tête brûlée" et de caractère "difficile”, et de fait, à peine entrée dans l’institution, Amanda déclare : “Je ne reste pas.” La réaction immédiate de l’infirmière du service se résume à un “Hmmm…” qui sous-entend “Tu peux toujours rêver…”. Dans les jours qui suivent, Amanda entendra des phrases du genre “Personne n’est jamais sorti d’ici”, aussi bien de la part du personnel que des “prisonnières”, notamment la “nymphomane” Josefina, qui vit là depuis vingt ans, et la Petite Greta, violée par son oncle, à qui sa mère a aussitôt ordonné de se débarrasser du bébé. Pour ces femmes, ce lieu est là où elles se sentent chez elles.

On a déjà vu plusieurs récits filmés sur ce genre d'institutions, aujourd’hui disparues. King of Devil's Island [+lire aussi :
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de Marius Holst, situé dans une maison de correction à Bastøy, en Norvège, et The Magdalene Sisters [+lire aussi :
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de Peter Mullan, qui décrit les asiles irlandais pour “filles perdues”, viennent par exemple à l’esprit. La prémisse de Tell Everyone a, certes, des traits communs avec celles de ces autres films, mais avec une différence de taille : le cadre idyllique qui apparaît dans les scènes d’ouverture et traverse tout le film. À cela s’ajoute le traitement fondamentalement bienveillant des pensionnaires par les soignants, qui crée un décalage presque déroutant par rapport aux gardiens et surveillants sadiques qu'on voit d'habitude. Cela suffit à instaurer un ton troublant, qui n’est qu’un des moyens raffinés qu'emploie Haapasalo pour rehausser ce récit captivant et, au bout du compte, empreint de compassion. L'ensemble, filmé presque comme s'il s'agissait d'un tableau par Jarmo Kiuru (solide prétendant pour le Prix spécial Sven Nykvist de la photographie de Göteborg) et porté par une troupe féminine finlandaise qui fait l'effet d'une véritable "dream team", est à la fois classique et moderne. Quant à Amanda la têtue, on espère qu’un jour, elle s’envolera au-dessus de ce nid de coucous.

Tell Everyone est une coproduction finno-suédoise, pilotée par Helsinki Filmi Oy. Les ventes internationales du film sont gérées par LevelK.

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(Traduit de l'anglais)

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