IFFR 2026 Compétition Big Screen
Critique : The Arab
par Olivia Popp
- Malek Bensmail se lance dans le long-métrage avec un récit parallèle à l'histoire de L'Étranger de Camus qui adopte la perspective du frère de l'homme que Meursault assassine

L’écrivain et philosophe français Albert Camus a reçu le Prix Nobel de littérature quinze ans après la publication de son roman le plus célèbre, L’étranger. Dans cette œuvre existentialiste racontée à la première personne, le héros, Meursault, tue un Arabe anonyme sur la plage. Dans un roman paru en 2013, Meursault, contre-enquête, Kamel Daoud donne à cette histoire une réponse postcoloniale en adoptant le point de vue de Haroun, le frère cadet de l’homme assassiné, Moussa.
Avec un sens du timing assez impeccable (alors que François Ozon vient de proposer son adaptation du roman de Camus, L'Étranger [+lire aussi :
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Dans cette relecture de l’histoire, scénarisée par Bensmail et Jacques Fieschi et ancrée dans le contexte de la guerre civile algérienne de 1992-2002, Haroun (Benaïssa), désormais âgé, voudrait partager avec quelqu’un d'autre sa version de l’histoire pour qu'elle ne tombe pas dans l'oubli. Il contacte alors Kamel (Nabil Asli), un journaliste qui chronique les attaques mortelles quotidiennes qui frappent le pays, pour lui dire que l’homme de 23 ans qui a été tué en 1942 existait vraiment et qu’il avait un nom. Il s'agissait de son frère, Moussa (Brahim Derris). Kamel n’est pas convaincu que l'histoire de Camus soit autre chose qu’un travail de fiction, mais il continue d’écouter et d’essayer de comprendre.
À travers différents récits, Haroun se met à promener Kamel à travers son enfance dans l’Algérie occupée par les Français des années 1940 aux années 1960, transportant aussi le spectateur, d’abord dans un univers de souvenirs en noir et blanc (avant la mort de Moussa), puis dans le monde plus coloré des années vécues par Haroun en tant que jeune adulte (incarné par Dali Benssalah). Bensmail marque chaque changement de temporalité en modifiant le décor et en ajustant l'atmosphère. On passe aussi du format 4/3 au format écran large avec le départ des colonisateurs français, en 1962, ce qui ouvre littéralement le monde de Haroun même si des choses terribles continuent de se produire autour de lui, encore aggravées par sa mère dominatrice (Hiam Abbass).
Bien que L'Arabe commence au moment où le brutal conflit algérien récent est à son faite, Bensmail utilise avant tout Kamel comme un prisme à travers lequel envisager le récit de Haroun, de sorte que son personnage est moins développé. Le réalisateur essaie d'inscrire l'histoire dans son contexte politique au fil des décennies, flirtant avec l’esprit décolonial, mais il passe trop de temps au présent au lieu de rester davantage avec le jeune Haroun. On remarque aussi dans The Arab plusieurs choix formels intrigants, mais le récit n’atteint jamais tout à fait le niveau de complexité auquel il espérait arriver. La vraie force du film est dans la manière dont se déploient l’apprentissage graduel de Haroun et son désenchantement, qui nous encourage à nous poser les mêmes questions sur nous-mêmes.
The Arab a été produit par Hikayet Films (Algérie), Tita B Productions (France), Imagofilm Lugano (Suisse), l'Arabie saoudite et Need Productions (Belgique). Les ventes internationales du film sont assurées par Hikayet Films.
(Traduit de l'anglais)
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