Dix films que nous avons hâte de découvrir au Festival de Berlin 2026
par Olivia Popp, David Katz
- Parcours anticipé de ce qui s'annonce déjà comme une nouvelle édition politique et riche en stars pour la Berlinale, et des films de la sélection que nous souhaitons vous recommander

Après une nouvelle révolution autour du soleil, la Berlinale fait son retour dans la capitale allemande, qui vient de vivre son mois de janvier le plus froid en plus de quinze ans, alors couvrez-vous bien ! Pour cette 76e édition (12-22 février), la section parallèle Perspectives créée l'année dernière, dédiée aux premiers longs-métrages de fiction, fait un retour en force. Le Teddy Award fêtera sa 40e année à travers une rétrospective et remettra un prix d'honneur honorifique à Céline Sciamma (l'auteure de Portrait de la jeune fille en feu [+lire aussi :
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fiche film] et de Tomboy [+lire aussi :
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interview : Céline Sciamma
fiche film], sélectionné à Berlin en 2011). Parmi les changements de l'année, il faut noter que Berlinale Talents et la Deutsche Kinemathek ont changé de site, et que le Kino International s’apprête à scintiller de nouveau après 18 mois de rénovation, avec une journée portes ouvertes le tout dernier jour du festival. Quant à l’intelligence artificielle, elle fait cette année irruption au festival (pour ne pas dire qu'elle y a été catapultée) avec l’intrigant programme de courts-métrages de la section Forum Special intitulé "AI Realisms".
Près d'une année s’est écoulée depuis les dernières élections fédérales allemandes (elles ont coïncidé avec le dernier jour de la Berlinale 2025), qui ont vu le parti d'extrême droite L'Alternative pour l'Allemagne (AfD) dépasser 20 % des voix à l’échelle nationale. À Berlin, parallèlement au durcissement de la politique migratoire, les agressions visant les demandeurs d’asile se sont multipliées, mais les manifestations de solidarité avec la Palestine abondent aussi qui rassemblent régulièrement des dizaines de milliers de personnes dans les rues. Dans ce contexte, les films de cette année semblent se tourner vers des manières plus méditatives d’appréhender les guerres et problèmes systémiques, au lieu d'opter pour une documentation des faits et des formes de narration conventionnelles.
Comme chaque année à l’approche du festival, Cineuropa vous soumet dix films enthousiasmants du programme officiel de la Berlinale. Prenez une bière (ou un "Currywurst"), faites attention aux marches du vertigineux Stage Bluemax, et on se retrouve à Potsdamer Platz.
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fiche film] - Karim Aïnouz (Italie/Allemagne/Espagne/Royaume-Uni)

(Compétition)
Il semblerait que le cinéma d'auteur soit en train de se tourner vers le remake, à en croire l'annonce récente d'une relecture par Lisandro Alonso du Goût de la cerise, avec Wagner Moura dans le rôle principal. De son côté, Karim Aïnouz, assisté par le scénariste Efthymis Filippou (connu pour ses collaborations avec Yorgos Lanthimos), s'apprête à dévoiler sa version du brûlant premier long-métrage de Marco Bellocchio, Les Poings dans les poches (1965), une mise à jour contemporaine et séduisante avec une distribution de haut vol qui réunit Callum Turner (dans le sombre rôle interprété à l’époque par Lou Castel), Elle Fanning, Tracy Letts et Riley Keough. On espère qu’Aïnouz saura renouveler l'enchantement de La Vie invisible d'Euridice Gusmão [+lire aussi :
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interview : Karim Aïnouz
fiche film], ses deux dernières fictions, Firebrand (Le Jeu de la reine) [+lire aussi :
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fiche film] et Motel Destino [+lire aussi :
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fiche film], n'ayant pas tout à fait tenu leurs promesses sous les feux de la rampe de la compétition cannoise.
Première du film : samedi 14 février à 19h au Berlinale Palast
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interview : Ilker Çatak
fiche film] - İlker Çatak (Allemagne/France/Turquie)

(Compétition)
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interview : İlker Çatak
interview : Leonie Benesch
fiche film], du même réalisateur germano-turc, a été une révélation à la Berlinale il y a trois ans, et le film a ensuite séduit un vaste public au niveau mondial, pour le regard haletant qu'il pose sur l'univers sous tension qu'est l’école contemporaine. Avec Yellow Letters, Çatak élargit son champ d'exploration de la société à travers l'histoire d'un couple d’artistes vivant à Ankara dont la vie commune s’effondre quand ils sont pris pour cible par la censure d’État. Dans la logique du contexte théâtral du film, le réalisateur a fait ici le pari ambitieux de faire "jouer" à Berlin le rôle d'Ankara et à Hambourg celui d'Istanbul, sans oublier de formuler au passage un commentaire provocateur sur la liberté d’expression en Allemagne.
Première le vendredi 13 février à 21h30 au Berlinale Palast
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interview : Muriel d’Ansembourg
fiche film] - Muriel d’Ansembourg (Pays-Bas/Belgique/France)

(Perspectives)
Après plusieurs courts-métrages à thématique érotique explorant les rencontres et expériences sexuelles dans différentes configurations, la scénariste et réalisatrice hollandaise arrive dans la section Perspectives avec son premier long-métrage, qui se situe dans la même veine thématique. Le film, dont l'action se déroule au Royaume-Uni, a pour héros un adolescent timide qui connaît le monde de l’industrie pornographique à travers son père mais commence à peine, comme le suggère le titre, à se familiariser avec les relations intimes et la sexualité au-delà de ce qu’il a déjà vu à travers l’objectif. C'est là qu'une fille survient et bouscule sa manière de voir les choses. On peut s’attendre à ce que d’Ansembourg n'hésite pas à mettre ses personnages à nu, psychologiquement et physiquement, et espérer qu'elle va proposer un regard neuf sur les liens affectifs à l’ère de la gratification numérique instantanée.
Première le lundi 16 février à 21h30 au Bluemax Theater
Josephine - Beth de Araújo (États-Unis)

(Compétition)
Une jeune fille est le seul témoin d’une agression sexuelle violente dans un parc de San Francisco : comment cela va-t-il l’affecter ? À Sundance, Josephine a remporté deux prix très convoités : le Grand Prix du jury et le prix du public de la compétition fiction américaine – alors que ce dernier a tendu à récompenser, ces dernières années, des titres plus légers, ce qui est peut-être un signe que le propos du film est plus que jamais d'une brûlante actualité. "Ce n’est pas le moment d’avoir de l'empathie ou de chercher à les comprendre : c'est le moment de faire cesser cette situation", a déclaré la réalisatrice par rapport à la violence systémique des hommes machistes dans son discours de remerciements enflammé. Ce deuxième long-métrage pour Beth de Araújo met en scène Channing Tatum et Gemma Chan dans le rôle de parents, et la présence de type patriarcal du premier plane sur le film avec une subtilité qui le rend encore plus complexe et troublant. Le résultat est un drame fort sur les relations humaines qui bascule de temps en temps dans l’horreur psychologique avant de reprendre son cours. La bande originale électronique inoubliablement anxiogène qu'a composée pour le film Miles Ross (qui est en outre le fiancé de la réalisatrice) fait résonner un signal d’alarme émotionnel tout au long du film.
Première le vendredi 20 février à 18h15 au Berlinale Palast.
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interview : Alain Gomis
fiche film] - Alain Gomis (France/Sénégal/Guinée-Bissau)

(Compétition)
Dao, qui est le troisième long-métrage du cinéaste franco-sénégalais Alain Gomis à concourir pour l’Ours d’or, sera sans nul doute une des propositions les plus expérimentales de la compétition – un type de cinéma auquel la Berlinale offre une large plateforme. Opérant de patients allers-retours entre un mariage parisien et une cérémonie commémorative antérieure aux noces, en Guinée-Bissau, Gomis dépeint chaque moment avec un sens du détail à la fois poétique et anthropologique. Son héroïne, Gloria (incarnée par l’actrice non professionnelle Katy Correa) pose un regard ambivalent et sur le mariage de sa fille, et sur l’héritage de son père défunt (le premier de sa génération, dans cette famille, à émigrer).
Première le samedi 14 février à 14h45 au Berlinale Palast
Queen at Sea [+lire aussi :
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interview : Lance Hammer
fiche film] - Lance Hammer (Royaume-Uni/États-Unis)

(Compétition)
Lance Hammer, de retour en compétition à Berlin depuis Los Angeles presque vingt ans après son premier film, Ballast, a une des carrières les plus singulières du cinéma contemporain. Sa maîtrise avant l'heure des architectures numériques lui a valu de travailler sur les effets spéciaux des Batman de Joel Schumacher (qu'on se remémore aujourd'hui tendrement, alors qu'ils avaient éreintés par la critique de l’époque). À l'opposé de la superproduction, Ballast se posait en portrait gracieux et plein de sensibilité d'une famille afro-américaine du delta du Mississippi qui se noie sous les problèmes. Queen at Sea, pour lequel le réalisateur a décidé de collaborer avec deux sommités, Juliette Binoche et Tom Courtenay, traite aussi d'une famille au sein de laquelle règnent les désaccords, dans le décor verdoyant du nord de Londres. Les deux stars incarnent respectivement une fille et un beau-père qui s’opposent frontalement par rapport aux mesures à prendre pour s'occuper de la mère de la première, atteinte de démence.
Première le mardi 17 février à 18h15 au Berlinale Palast
Heysel 85 [+lire aussi :
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interview : Teodora Ana Mihai
fiche film] - Teodora Ana Mihai (Belgique/Pays-Bas/Allemagne)

(Berlinale Special Gala)
La réalisatrice roumaine Teodora Ana Mihai livre un quatrième long-métrage où elle retrace avec audace un des événements les plus tragiques de l'histoire du sport : la catastrophe du stade du Heysel survenue lors de la finale de la Coupe d’Europe 1985 entre la Juventus et Liverpool. Trente-neuf spectateurs (majoritairement des supporters de l'équipe turinoise) ont en effet trouvé la mort pendant le match, suite à l’effondrement d’un mur. Le scénario appréhende l’événement à travers deux perspectives : celle de la fille et attachée de presse du maire de Bruxelles, forcée de suppléer son père quand la crise éclate, et celle d’une jeune journaliste de télévision italienne dont la famille assistait justement à la partie. On s’attend à ce que Mihai pose un regard respectueux et scrupuleux sur cette tragédie qui continue de hanter, encore aujourd’hui, le football européen.
Première le samedi 14 février à 18h30 au Zoo Palast 1
The Blood Countess [+lire aussi :
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fiche film] – Ulrike Ottinger (Autriche/Luxembourg/Allemagne)

(Berlinale Special Gala)
Isabelle Huppert et Ulrike Ottinger : c'était le duo parfait pour évoluer dans l'univers souterrain glamour où nous introduit ce long-métrage. Dans ce film, coécrit par la réalisatrice avec l'écrivaine autrichienne nobélisée Elfriede Jelinek (La Pianiste [+lire aussi :
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fiche film]), Huppert incarne une version vampirique d’Elizabeth Báthory, la célèbre comtesse tueuse en série du XVIe siècle, désormais en liberté dans la Vienne d’aujourd’hui. Assistée par sa dévouée domestique Hermoine (Birgit Minichmayr), elle tente de mettre la main sur un dangereux livre capable de "détruire le mal sous toutes ses formes". Quant à ce à quoi ressemble le mal dans l’univers d’Ottinger (dont le premier long, Aller jamais retour, réalisé en 1979, est un classique de la débauche berlinoise), on ne peut que l’imaginer…
Première le lundi 16 février à 21h15 au Zoo Palast 1
My Wife Cries [+lire aussi :
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fiche film] - Angela Schanelec (Allemagne/France)

(Compétition)
Après Music [+lire aussi :
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fiche film], une interprétation très personnelle de la tragédie Œdipe roi, My Wife Cries s’annonce comme un drame conjugal intense mais plus conventionnel, ce qui n'empêchera pas la cinéaste d'y user des stratagèmes formels dont elle a le secret. Thomas (Vladimir Vulević), grutier de 40 ans, est stupéfait quand sa femme Carla (Agathe Bonitzer), qui se remet d’un grave accident de voiture, lui révèle sans détours qu’elle a une liaison avec son partenaire de danse, David. Avec un pitch aussi percutant et l’influent producteur français Saïd Ben Saïd à ses cotés, le film pourrait démultiplier la taille du public qu'a déjà conquis la réalisatrice de l'"École de Berlin". Le titre à la première personne du film et le titre provisoire qu'il portait pendant sa production, Thomas le fort, laissent présager une implacable dissection de la fragilité masculine.
Première le mardi 17 février à 21h45 au Berlinale Palast
Prosecution [+lire aussi :
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interview : Faraz Shariat
fiche film] - Faraz Shariat (Allemagne)

(Panorama)
Après s'être fait connaître avec No Hard Feelings [+lire aussi :
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interview : Faraz Shariat
fiche film], lauréat du Teddy Award après son passage dans la section Panorama de Berlin en 2020, un des jeunes cinéastes allemands les plus intéressants du moment revient, six ans plus tard, avec un film résolument différent dont on peut supposer qu'il sera tout aussi contondant. Shariat, qui a entretemps raffiné son art en réalisant des séries, présente un thriller à la fois juridique et sociopolitique qui est un cri de rage à la fois contre le système et contre ce qu'il a laissé prospérer sans entraves : la violence d’extrême droite en Allemagne. L'actrice débutante Chen Emilie Yan et sa collègue lauréate d'un Ours d'argent Julia Jentsch incarnent ici une procureure germano-coréenne qui a subi une agression de la part de néonazis et son avocate. Le film a été produit par Jünglinge Film, un collectif berlinois doublé d'une société de production berlinois, cofondé par Shariat.
Première le dimanche 15 février à 21h30 au Zoo Palast 1.
(Traduit de l'anglais)
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