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BERLINALE 2026 Berlinale Special

Critique : Sleep No More

par 

- BERLINALE 2026 : Le réalisateur indonésien Edwin livre un thriller à frissons à la fois bizarre, violent, et étonnamment touchant

Critique : Sleep No More

Le réalisateur indonésien Edwin continue de dissimuler des messages importants dans des films totalement déjantés, de Vengeance Is Mine, All Others Pay Cash [+lire aussi :
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, primé à Locarno, où la masculinité toxique trouvait enfin rivale à sa mesure (la dysfonction érectile, et pas mal de baston), à Sleep No More [+lire aussi :
interview : Edwin
fiche film
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, qui a été une des révélations de cette Berlinale dans la section Berlinale Special Midnight. Des oreilles y sont mutilées, des têtes y roulent, mais Sleep No More fait surtout peur non pas pour la quantité de sang qui y est versé, mais parce qu'il présente un triste constat : le fait que certaines personnes peuvent littéralement mourir à cause du travail.

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C’est exactement ce qui se passe dans l'usine de perruques du film, où même après une série d’effroyables accidents subis pas les employés surmenés, le système en place ne change en rien. Il y a toujours un rêve à poursuivre ou une paire de chaussures neuves à acheter, alors les voilà somnolents, le regard éteint, qui accumulent les heures supplémentaires et s’épuisent jusqu’à ne même plus s'en rendre compte en écoutant des messages apaisants qui les exhortent à “souffrir maintenant pour vivre le reste de leur vie en champions” – une phrase presque aussi ironique et cruelle que le fameux Arbeit macht frei à Auschwitz. Ici, la productivité l’emporte toujours sur le sommeil.

Putri (Rachel Amanda) se fait embaucher à l'usine après la mort de sa mère (soit par suicide, soit parce qu'elle a été, disons, capturée par un démon) et se met à tout remettre en question, mais ce qui est réellement terrifiant dans cette histoire, c'est que la patronne de l’usine, Maryati (Didik Nini Thowok), qui aime parader dans d'exquises tenues évoquant celles des toréadors, admet avoir tenté un jour de réduire les heures supplémentaires, sans succès, car les gens ne voulaient pas partir. Quand même une rencontre beaucoup trop rapprochée avec une planche hérissée de clous ne dissuade pas les travailleurs de revenir, une chose est claire : il  va falloir du temps pour arriver à résoudre la situation.

"Il n’existe pas de travail sans risque", lance quelqu’un tandis que les accidents atroces s’accumulent. C’est drôle, mais certaines des idées formulées ici continuent de résonner longtemps après la projection – l’auteure de ces lignes s'est en tout cas demandé pourquoi l'expression "accro au travail" fait souvent l'effet d'un compliment. Edwin livre ainsi une satire parfaite et étonnamment efficace, mais il faut dire que c’est un maître du genre – qui mériterait davantage de reconnaissance. Son nouveau travail est pratiquement le film d’horreur idéal (avec beaucoup de cœur et des montagnes de cheveux en plus) ainsi qu'un sérieux prétendant au titre de film proposant la meilleure scène de main tranchée aux côtés d'Evil Dead II et de La Famille Addams. À vos votes.

La seule violence (aussi hilarante que sanguinolente) de Sleep No More devrait suffire à lui garantir une place dans les festivals de cinéma de genre du monde entier, mais sa veine plus calme et plus triste l’élève au-dessus du simple divertissement. C’est du Ken Loach avec possessions démoniaques et yeux crevés en prime. Les meilleurs films de genre cachent toujours quelque chose de plus que des fantômes du passé et offrent davantage que de simples sursauts. Au risque d'aller un peu loin, on dirait même volontiers qu'il existe un univers où ce film pourrait être projeté non seulement parmi les séances de minuit, mais aux côtés d’œuvres plus sombres sur les environnements de travail toxiques et sur l’exploitation, et qu'il s'y trouverait parfaitement à sa place.

Sleep No More a été produit par Palari Films (Indonésie) en coproduction avec Beacon Film (Indonésie), Giraffe Pictures (Singapour), Hassaku Lab (Japon), In Good Company (Allemagne) et Apsara Films (France). Les ventes internationales du film sont assurées par Showbox Corp.

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(Traduit de l'anglais)


Galerie de photo 14/02/2026 : Berlinale 2026 - Sleep No More

18 photos disponibles ici. Faire glisser vers la gauche ou la droite pour toutes les voir.

Edwin Sleep
© 2026 Dario Caruso for Cineuropa - dario-caruso.fr, @studio.photo.dar, Dario Caruso

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