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BERLINALE 2026 Panorama

Critique : Safe Exit

par 

- BERLINALE 2026 : Dans le thriller psychologique complexe et méticuleux de Mohammed Hammad, la porte de sortie mentionnée dans le titre est soit fermée, soit à peine entrebâillée

Critique : Safe Exit
Marwan Waleed dans Safe Exit

Si vous deviez choisir entre maîtriser une tension extérieure ou intérieure, que feriez-vous ? Malheureusement pour Samaan (Marwan Waleed), le héros de Safe Exit [+lire aussi :
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de Mohammed Hammad, projeté à Berlin dans la section Panorama, aucune des deux options n’est ouverte, du moins pour l’instant. Ce garçon d'une vingtaine d’années, issu de la classe ouvrière du Caire, est émotionnellement paralysé par des événements du passé qui l'ont traumatisé. C'est que Samaan est chrétien, et que son père et lui ont été enlevés par Daech dix ans plus tôt, en Libye. Comme son père a refusé de se convertir à l’islam, il a été exécuté. Samaan a en revanche été libéré, pour servir de témoin de l’horreur et d'avertissement en chair et en os. La seule manière qu'il a de maîtriser son passé est d’écrire ses mémoires en espérant les faire publier, ce qui est très compliqué, au Caire, pour les écrivains débutants inconnus.

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En partie du fait de ce qu'il a vécu, Samaan a eu une jeunesse obéissante, voire soumise, pour reprendre l'adjectif qu'il utilise lui-même pour se décrire. Sa position modeste dans la société contribue aussi à faire qu'il n'a pas le sentiment d'être maître de sa vie. Bien qu'il travaille comme gardien, et donc soit techniquement pourvu d'une certaine autorité, c’est un emploi de façade, pour maintenir les apparences. Son frère est en prison pour avoir participé à une rixe de rue, et son voisin un extrémiste religieux recherché par la police qui décide de se réfugier sur le toit où vit Samaan.

Tout change quand une femme sans papiers ni endroit où loger (Noha Foad) entre dans son immeuble pour une consultation médicale. Samaan, un peu contraint et forcé, accepte de l'héberger (dans la chambre de son frère) et lui apporte peu à peu davantage de soutien. Elle est malade, analphabète et seule. Ses seuls appuis sont un agent de sécurité bien plus jeune qu’elle et la Vierge Marie, dont l'effigie est partout dans l'"appartement" de Samaan.

Ce réseau de liens sociaux peut sembler compliqué sur le papier, mais dans le film de Hammad, il est présenté très clairement et manié avec soin. Il faut de la patience pour se laisser immerger petit à petit dans cet univers – celui des gens qui sont trop riches pour mourir, mais trop pauvres pour vivre la vie qu’ils souhaiteraient vivre –, mais le spectateur est récompensé par un récit bien charpenté qui malgré son apparente simplicité, surprend par sa complexité. Le film n’est ni clinquant ni trépidant, de sorte qu'il pourrait passer à la trappe parmi le déluge de propositions festivalières, mais ce serait vraiment dommage. Il est analytique et émotionnellement discret, ce qui laisse beaucoup d’espace pour explorer et cartographier le monde qu'on découvre à l’écran. Hammad se concentre sur ses personnages et leur environnement, mais Safe Exit aborde aussi des questions sociétales. Il donne à voir un contexte de contrôle systémique et d'obéissance forcée qui laisse peu de place pour le changement ou l’ascension sociale – à cet égard, il y a une certaine ironie du sort dans le fait que Samaan vive sur le toit d’un immeuble alors qu'il est loin du sommet partout ailleurs. 

Le Caire n’est pas une ville accueillante. C'est une métropole polluée où tout est recouvert d’une fine pellicule de poussière. Les appartements y sont délabrés, la peinture des murs écaillées. Safe Exit est résolument le cousin d’autres longs métrages égyptiens récents articulés autour de jeunes gens qui vivent, d’une certaine manière, dans l’ombre de leurs pères, au sens propre comme au sens figuré (voir The Settlement [+lire aussi :
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de Mohamed Rashad, projeté l'année dernière dans la section Perspectives, ou encore My Father’s Scent [+lire aussi :
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de Mohamed Siam, qui a fait sa première au Festival Black Nights de Tallinn en 2025), à tel point qu'on a l'impression que tout un chœur composé de cinéastes de la même génération s'est mis à chanter à l'unisson sur le destin de jeunes hommes qui n’ont pas les moyens d’être des rebelles ou des rêveurs, en somme d’accéder à ce qu'offre généralement la vie au moment où on entre dans l’âge adulte.

Le titre Safe Exit est ironique, car le héros de Hammad n’a pas d'issue de secours. Les traumatismes du passé, l’identité religieuse et la précarité économique qui sont trois choses étroitement liées dans son existence lui ferment la porte au lieu de lui ouvrir des possibilités. Le film n’exprime cependant jamais de colère, il observe plutôt comment la résignation silencieuse peut devenir un mode de vie.

Safe Exit a réuni les efforts de l’Égypte, la Libye, la Tunisie, le Qatar et l’Allemagne à travers les sociétés Pariedolia Productions, Mayana Films, Nomadis Images et Wika Productions. Les ventes internationales du film sont gérées par MAD World.

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(Traduit de l'anglais)


Galerie de photo 17/02/2026 : Berlinale 2026 - Safe Exit

7 photos disponibles ici. Faire glisser vers la gauche ou la droite pour toutes les voir.

Mohammed Hammad
© 2026 Dario Caruso for Cineuropa - dario-caruso.fr, @studio.photo.dar, Dario Caruso

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