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BERLINALE 2026 Panorama

Critique : Un hiver russe

par 

- BERLINALE 2026 : Patric Chiha met à jour les douleurs fantômes et la solitude sans espoir des jeunes exilés Russes ayant fui leur pays dès le début de la guerre

Critique : Un hiver russe

"Plonger dans l’inconnu et découvrir ce qui en sort." Habitué à ne pas emprunter les chemins conventionnels, le cinéaste autrichien Patric Chiha (La Bête dans la jungle [+lire aussi :
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) a décidé de s’intéresser cette fois à la guerre russo-ukrainienne par le biais d’un documentaire totalement différent du reste de la très abondante production abordant le sujet depuis le déclenchement du conflit il y a quatre ans. Dévoilé au Panorama de la 76e Berlinale, Un hiver russe donne en effet la parole à quelques jeunes Russes pétrifiés dans le monde flottant et complexe d’un exil suspendu dans le temps et d’un avenir impossible à concevoir.

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"Mort à tous les Russes : tous les pays nous rejettent. Nous ne sommes pas des victimes, mais on ne peut compter que sur nous et nos proches." Ayant pris les premiers avions disponibles vers la Géorgie, la Turquie ou le Kazakhstan dès le début de "l’opération spéciale" poutinienne, dans un état avancé de fébrilité, de sentiment d’irréalité, de peur et de paranoïa souvent lié à leurs engagements d’activistes contre le régime, les témoins dénichés par le réalisateur racontent l’espèce de faille temporelle dans laquelle ils sont ensuite tombés et dans laquelle ils végètent.

Longue errance entre différents territoires en attente d’un visa pour l’Europe occidentale, changement d’apparence sur les réseaux sociaux avec l’IA afin de protéger son identité, maintien complexe des liens à distance avec des familles parfois pro-guerre (un père s’est notamment engagé chez Wagner et est mort rapidement au front), anxiété psychologique et économique du futur, nostalgie du pays natal, culpabilité, perte d’empathie et cynisme, dépression, mémoire qui s’effiloche, émoussement des émotions, etc. : le temps inexorablement arrêté pèse de tout son poids sur des émotions confuses et une solitude prégnante.

Ce séjour dans les limbes, de garde-meubles en balades pour tuer le temps, Patric Chiha le laisse émerger par bribes au gré de récits du passé à la première personne ou de discussions entre les deux principaux protagonistes du film : le musicien Yuri Nosenko (vedette à l’adolescence de la scène punk moscovite au début des années 2000 avec le groupe Anti-Utopia) et Margarita (bloquée à Istanbul). Parsemé de quelques idées visuelles très "arty" (les rues militarisées de Moscou passées comme au rayon-X en ouverture, une danse débridée sur fond vert, des canapés et des miroirs, une fête pique-nique aux allures de bal masqué de fin du monde), Un hiver russe est néanmoins surtout un documentaire de paroles éparses évoquant les douleurs fantôme et le vide, une vacuité de l’existence née d’un exil forcé aggravée par un passage à l’âge adulte difficile de personnalités assez égocentrées, qui évoluaient déjà auparavant dans les marges du système post-soviétique et qui se retrouvent complètement encalminées entre plusieurs mondes, comme les passagers d’un train traversant sans fin l’hiver russe.

Un hiver russe a été produit par Aurora Films et coproduit par Le Fresnoy. Best Friend Forever pilote les ventes internationales.

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