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BERLINALE 2026 Panorama

Critique : London

par 

- BERLINALE 2026 : Sebastian Brameshuber propose un road movie pensif sur un conducteur qui fait du covoiturage en Autriche, et sur ses échanges avec ses passagers divers et variés

Critique : London
Bobby Sommer dans London

Certaines personnes ne se sentent jamais autant chez elles que sur la route. C’est justement le cas de Bobby (Bobby Sommer dans un rôle proche de sa figure réelle), un musicien à la retraite qui passe la plupart de ses journées à faire des allers-retours sur l’A1 autrichienne, a priori surtout pour rendre visite à un membre de son ancien groupe, Arthur, plongé dans le coma et cloué au lit dans un hôpital de Salzbourg, mais aussi pour profiter de l'agréable compagnie des passagers de covoiturage qu’il trouve via une application. London [+lire aussi :
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fiche film
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de Sebastian Brameshuber, projeté à la Berlinale dans la section Panorama, est une ode à la fois à la solitude et à la convivialité, à la mémoire et à l’histoire. C'est un film plein de bonnes intentions où l'on retrouve le formalisme élégant et l’austérité qui font le succès du cinéma autrichien, mais auquel sa volonté d'envelopper la vastitude de l’autoroute et de toute une nation fait du tort.

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Un des problèmes du film est qu'il s'appuie trop sur le registre symbolique : la galerie de passagers (souvent plus jeunes de quelques générations par rapport à Bobby et qui renvoient à tout un éventail d'identités européennes contemporaines) est trop triée sur le volet pour représenter quelque chose de plus large et devient, sur le temps assez long que dure le film, un échantillon un peu facile de tout ce qu’un film de ce type "est censé" inclure. Malgré la pertinence et l'actualité du choix d'intégrer au film un jeune soldat autrichien, un réfugié ukrainien, des travailleurs précaires itinérants et plusieurs personnages queer, à force de se concentrer sur des catégories de personnes qui sont au centre des préoccupations sociales, le film n'arrive à être profond et acéré sur aucune en particulier.

Sa grammaire cinématographique minimaliste (dans une grande économie de moyens, les plans englobent le conducteur, les sièges passagers et une magnifique vue de l'autoroute à travers le pare-brise, avec une grande profondeur de champ) se rattache à une approche réaliste, mais finit par s’installer dans un espace plus ambigu où on est conscient de l’artifice de cinéma requis pour que toutes les pièces ou fragments qui composent le film forment un tout cohérent. Sommer, figure influente des milieux musicaux et cinématographiques viennois, avait été encensé pour son interprétation dans Museum Hours [+lire aussi :
bande-annonce
fiche film
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de Jem Cohen, où il jouait un gardien du Musée d'histoire de l'art de la ville. Ce nouveau rôle, et le film de Brameshuber lui-même, fait l'effet d'être le petit frère spirituel de ce premier long-métrage, quoiqu'il ait adopté une forme classique pour ce type de cinéma, avec ses motifs visuels rectilignes, liés à son environnement bâti, et ses regards obliques sur l’histoire additionnés d'une mélancolie contenue. En d’autres termes, Wim Wenders, par ailleurs actuellement dans une position inconfortable au sein du jury compétition du festival, fait, spirituellement, de l'ombre à London.

L’attachement de Bobby à Arthur, son ancien camarade à l'époque où leur groupe jouait à Londres, à l'apogée de la contre-culture, est une des touches les plus mystérieuses du film. Au fil des trajets, comme il fait connaissance avec ses passagers et se met à parler de lui, on comprend que leur relation a été tumultueuse et on peut même se dire, au risque de surinterpréter la situation, que par son désir d'être présent au chevet d’Arthur, il fait l'effet d'un partenaire amoureux en quête de quelques derniers moments de proximité physique. “Pale Blue Eyes”, du Velvet Underground, arrive un peu tard dans le film pour indiquer quoi que ce soit, mais un autre titre célèbre du groupe, “Waiting for My Man”, est cité dans les dialogues, ce qui pourrait être un indice supplémentaire. Brameshuber transmet beaucoup d’émotion avec beaucoup de sincérité, et on en sent le poids à chaque mètre de plus qu'on parcourt sur l’autoroute.

London a été produit par la société autrichienne Panama Film. Les ventes internationales du film sont assurées par Square Eyes.

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(Traduit de l'anglais)

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