À Cartoon Movie, le Canada et le Québec mettent en avant des outils pour la coproduction et leurs ambitions en termes d'animation
- Telefilm Canada et la SODEC ont présenté les programmes de financement, incitations fiscales et partenariats internationaux existants au Canada, dans le cadre du gros plan spécial pays

Le Canada et le Québec ont profité du gros plan organisé sur le pays au deuxième jour du forum Cartoon Movie (qui s'est tenu à Bordeaux du 3 au 5 mars) pour détailler les mécanismes financiers, les incitations fiscales et les partenariats internationaux sur lesquels repose l'audiovisuel canadien. Des représentants de Téléfilm Canada et de la SODEC – Société de développement des entreprises culturelles ont expliqué aux présents dans quelles conditions les producteurs européens pouvaient collaborer avec des partenaires canadiens.
S’exprimant au nom de la première organisation, Francesca Accinelli (vice-présidente à la Stratégie, aux Programmes et au Développement dans le secteur) a expliqué que l’agence fédérale, fondée en 1967, reçoit chaque année environ 150 millions de dollars canadiens (94,5M €) du gouvernement pour soutenir le secteur audiovisuel national. Sa mission, a-t-elle précisé, est d’investir dans le cinéma canadien et indigène, et de l’aider à toucher le public international.
Selon Accinelli, les activités de Téléfilm Canada couvrent l’ensemble du cycle de la vie d’un projet, du développement de carrière pour les cinéastes à la promotion internationale des films en passant par le développement de projets, la production et le marketing. L’agence joue également un rôle en matière de soutien à l’exportation et de présence sur les marchés, notamment en gérant le Pavillon du Canada sur plusieurs marchés internationaux clefs.
Téléfilm Canada gère en outre le traité de coproduction qui permet aux sociétés canadiennes de s’associer à des producteurs étrangers de plus de 60 pays. En moyenne, l’organisme contribue à hauteur d’environ 30 % de la part canadienne du budget des projets. Pour les coproductions majoritaires, Téléfilm peut investir jusqu’à 4 millions CAD (2,52M €). Les coproductions minoritaires peuvent recevoir jusqu’à 500 000 CAD (315 000 €).
L’animation a été mise en avant comme un secteur particulièrement solide au Canada. Accinelli a fait observer que depuis 2021, Téléfilm avait investi environ 23 millions CAD (14,48M €) dans des longs-métrages d’animation (soit environ 80 projets), à différents stades du développement et de la production de ces derniers. Elle a ajouté qu’un nouveau programme d’appoint lancé sur le marché MIFA d’Annecy, avait été mis en place pour aider les projets d’animation à s’orienter vers une distribution internationale.
L'adhésion du Canada aux accords internationaux de coproduction a également été soulignée. Accinelli a rappelé que le pays demeure le seul membre non européen du fonds d'aide à la coproduction Eurimages, qui dépend du Conseil de l’Europe. Depuis son adhésion en 2017, 34 longs-métrages avec participation canadienne ont reçu le soutien d’Eurimages, dont six films d’animation.
Des succès internationaux récents ont été cités pour illustrer la place du Canada au niveau mondial. Parmi eux figurent le long-métrage d’animation Une nuit au zoo, qui aurait engrangé plus de 11M CAD (6,9M €) dans le monde, ainsi que La Jeune Fille qui pleurait des perles de l’Office national du film du Canada, qui a récemment remporté l'Oscar du meilleur court-métrage d’animation.
Accinelli a ajouté que Téléfilm avait développé une série d’initiatives d’accélération de la coproduction sous la bannière RDV Canada, afin d'encourager les collaborations avec des partenaires du monde entier. Ces programmes comprennent des initiatives liées au MIFA ainsi qu’au Germany Animation Lab.
Après la présentation de Téléfilm, Élaine Dumont, directrice générale de la SODEC, a évoqué les soutiens régionaux proposés au Québec. Elle a expliqué que la SODEC est une société publique chargée d’épauler plusieurs secteurs de l'industrie de la culture, dont la production audiovisuelle, l’édition, la musique, les médias numériques et les arts de la scène.
Dans le domaine audiovisuel, la SODEC accorde des aides financières sous forme de subventions et d’investissements allant vers le développement, la production et la promotion des films et contenus, et s'occupe également de gérer les incitations fiscales. Elle dispose aussi de son propre établissement financier, qui propose du financement relais, des prêts, du gap financing et des investissements en capital.
Dumont a souligné que le secteur audiovisuel québécois jouissait d’une solide réputation au niveau international, en particulier en matière d'animation et d'effets spéciaux. Un long-métrage d’animation récent soutenu par le Québec a par exemple été vendu à plus de 100 territoires à travers le monde.
Le Québec soutient généralement une vingtaine de longs-métrages majoritairement québécois par an. Dumont a signalé que, dans certains cas, la SODEC, combinée aux crédits d’impôt locaux, peut devenir l’investisseur principal dans la structure de financement d’un projet. Elle a ajouté que les coproductions minoritaires constituaient un autre pan important de ses activités, avec environ huit projets de ce type soutenus chaque année.
Pour les partenaires internationaux, les coproductions minoritaires font l’objet d’une évaluation commerciale fondée sur plusieurs critères, notamment l’état de financement du projet, son impact économique au Québec, la mise en valeur des talents québécois à l’étranger et la solidité du partenariat de distribution. La réciprocité entre producteurs a été présentée comme un principe clef pour bâtir une collaboration de long terme.
Dumont a également détaillé les incitations fiscales disponibles au Québec, notamment le crédit d’impôt remboursable, sur les services de production cinématographique et télévisuelle, qui couvre 25 % des dépenses éligibles effectuées au Québec, avec des bonifications pouvant aller jusqu’à 16 % pour les effets spéciaux numériques, l’animation et les tournages sur fond vert.
Le financement des films au Québec, a-t-elle expliqué, consiste généralement en un assemblage qui réunit les investissements de la SODEC et de Téléfilm Canada, les crédits d’impôt provinciaux et fédéraux, les minimums garantis et les préventes internationales.
La SODEC accompagne également les distributeurs qui gèrent l’exploitation internationale des films québécois, en apportant une aide financière destinée à renforcer le marketing et la visibilité des films sur les territoires étrangers.
Les deux intervenantes ont souligné que les traités de coproduction permettent aux projets participants d’accéder aux mécanismes de financement et aux incitations nationales au Canada ou au Québec. Pour les producteurs étrangers, ont-elles ajouté, faire alliance avec des sociétés canadiennes peut de fait ouvrir des opportunités de financement supplémentaires et renforcer les perspectives de distribution mondiale.
(Traduit de l'anglais)
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