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CPH:DOX 2026

Critique : Mariinka

par 

- Pieter-Jan De Pue a suivi pendant 10 ans de jeunes habitants de la région de Mariinka, à l’Est de l’Ukraine, dans un documentaire édifiant et cinématographiquement impressionnant

Critique : Mariinka

Pieter-Jan De Pue a présenté en ouverture (et en compétition) de la 23e édition du CPH:DOX son nouveau film, Mariinka [+lire aussi :
interview : Pieter-Jan De Pue
fiche film
]
. Le réalisateur flamand s’est fait connaître avec son premier long métrage, The Land of the Enlightened [+lire aussi :
critique
bande-annonce
fiche film
]
, lauréat du Prix spécial du jury pour la meilleure cinématographie au Festival de Sundance, et qui plongeait déjà l’audience en zone de guerre, au coeur du régime des Talibans. A cet égard, Mariinka se présente comme une continuation logique de son travail cinématographique, d’un point de vue esthétique (les deux films ont été tournés en 16mm) comme thématique. C’est d’ailleurs un technicien réserviste de l’armée ukrainienne rencontré sur le tournage du premier qui a entrainé le cinéaste dans ce pays.

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Mariinka débute par des plans largement ouverts sur les vastes horizons des Carpates. Une jeune femme, immergée dans la nature montagneuse, nous raconte l’histoire d’une mère dont les deux fils partent faire la guerre, dans deux camps opposés. Deux frères ennemis. Peut-être peut-on penser que la mère de conte symbolise l’Ukraine. La jeune femme prend part à un cérémonial folklorique, et puis soudain, on la retrouve en treillis, soldate dans une unité médicale de l’armée. Natacha est l’une des protagonistes de Mariinka, qui à travers le portrait d’un lieu effacé de la carte du monde par les bombardements russes, dresse aussi celui d’une jeunesse ukrainienne qui vit dans son coeur et sa chair le quotidien de la guerre.

Le récit débute en 2016. Déjà, le conflit est dans tous les esprits. Depuis deux ans, le Donbass et plus particulièrement Donetsk sont au coeur d’un combat armé entre les séparatistes pro-russes et l’armée ukrainienne. Ce conflit s’enracine jusque dans les familles. Le film suit les trajectoires de quatre frères, quatre orphelins séparés par l’Histoire. Le plus jeune, Daniil, devient Sacha quand il est adopté par une famille du Mississipi. On le voit grandir à l’autre bout du monde, maintenant un contact fragile mais résistant avec ses frères. Alors que l’on voit son corps se transformer et s’américaniser, on l’observe jouer à la guerre dans la forêt ou sur sa console, comme s’il ne pouvait y échapper. Alors que l’un de ses frères, sur un fauteuil roulant, affronte le quotidien difficilement, les deux autres s’affrontent entre eux, l’un du côté des Russes, l’autre de l’armée ukrainienne. Dernière protagoniste du récit, Angela est une figure improbable, une contrebandière qui arpente la ligne de front sur son vélo pour faire passer des marchandises aussi diverses qu’un buste de Lénine, un cheval de course, des munitions ou même un nourrisson d’un côté et de l’autre de la frontière.

Mariinka est un film de fantômes, celui de cette ville dévastée, ceux aussi des adultes "normaux" que ne deviendront pas ses protagonistes, dont le destin est bouleversé par la guerre. Chacun et chacune en porte les cicatrices, et pourtant, porte aussi en soi l’espoir, aussi ténu soit-il, comme force motrice. Nous plongeant au coeur des combats, par le travail très précis fait sur le sound design comme par la force des images embarquées, au plus près de ses protagonistes sur le front, ou encore dans les airs via de stupéfiantes images de drone, Mariinka laisse advenir l’imprévu, souvent sa poésie, tout en nous racontant l’histoire qui se répète d’une guerre intestine et mortifère.

Mariinka a été produit par Savage Film (Belgique) et Pieter-Jan De Pue, en coproduction avec Submarine (Pays-Bas), Gebrüder Beetz Filmproduktion (Allemagne), Dark Riviera (Suède) et Naoko Films (Belgique). Les ventes internationales du film sont assurées par Films Boutique.

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