THESSALONIQUE DOCUMENTAIRES 2026
Critique : We Are Stardust
- Elisabeth Rasmussen présente un documentaire dédié à un musicien de jazz devenu scientifique amateur dont la quête de micrométéorites dans la poussière de la ville devient un hymne à la curiosité

Le deuxième long-métrage documentaire de la cinéaste norvégienne Elisabeth Rasmussen, We Are Stardust [+lire aussi :
bande-annonce
fiche film], en lice dans la section Newcomers du Festival international du documentaire de Thessalonique, propose une réflexion captivante et (contre toute attente) divertissante sur la curiosité, la persévérance et les origines cosmiques de l’humanité. Mêlant science et récit personnel, avec une touche de charme excentrique, le film explore l’itinéraire improbable de Jon Larsen, musicien de jazz norvégien devenu scientifique amateur, qui affirme avoir découvert des micrométéorites, ou "poussière d’étoiles", dans des lieux les plus banals qui soient, à savoir les caniveaux et les toits de notre planète.
Depuis des décennies, les astronomes et chercheurs dépensent des sommes considérables pour traquer des traces de matière cosmique dans l’univers. En comparaison, l’approche de Larsen est d’une simplicité désarmante. Armé d'un simple balai, ainsi que d'un aimant et d'un microscope, cela fait des années qu'il s'attache à passer au peigne fin la poussière de la ville pour y trouver des particules microscopiques susceptibles d’avoir parcouru des millions de kilomètres dans l’espace, avant d’atterrir discrètement sur Terre. Ses découvertes ont toutefois été d’abord accueillies avec scepticisme, voire tournées en dérision, par une partie de la communauté scientifique.
Le film de Rasmussen suit la quête atypique de Larsen tout en élargissant progressivement son champ pour explorer des questions plus vastes liées à la curiosité scientifique, au savoir et à l’élan humain qui consiste à vouloir comprendre quelle est notre place dans l’univers. La réalisatrice devient elle-même au sein du récit une présence subtile, car en même temps qu'elle est captivée par l’univers de Larsen, elle se met à réfléchir à sa propre quête d’identité et à ses liens avec son héritage sami. Cette double perspective confère au film une dimension discrètement personnelle, qui ne prend cependant jamais le pas sur son axe premier, d'ordre scientifique.
L’une des grandes forces du film tient au ton qui y est employé. Au lieu d’adopter le ton solennel souvent associé aux documentaires scientifiques, Rasmussen opte pour une approche ludique et accessible qui met au premier plan la joie de la découverte. Larsen s’avère un guide idéal : c'est un sujet charismatique, éloquent et mû par un enthousiasme contagieux qui sert de passerelle entre l’art et la science. Son passé de musicien de jazz renforce l’idée centrale du film, qui est que créativité et recherche scientifique ne sont pas des forces opposées, mais des voies complémentaires pour entrer en relation avec le monde.
Sur le plan visuel, We Are Stardust est remarquablement soigné. Les chefs opérateurs Jannicke Mikkelsen et Jason Leeds livrent des images impeccables qui oscillent entre cinéma d’observation intimiste et restitution de la vastitude cosmique. Les images microscopiques de particules de météorites donnent lieu à des séquences visuelles qui vous hypnotisent et permettent ainsi au public de saisir à la fois la portée et l’émerveillement de ce que Larsen découvre. Le film a certainement bénéficié de la longue période de gestation à laquelle il a eu droit : le résultat est un tissu complexe qui réunit beaucoup de matériels différents, soigneusement assemblés en salle de montage.
La bande originale vient encore sublimer l’expérience. Les grandioses musiques instrumentales composées par le Danois Philip Owusu, où l'on perçoit de subtiles influences jazzy, accompagnent le récit avec beaucoup de chaleur et de profondeur émotionnelle, rehaussant le sentiment d’émerveillement général tout en laissant filtrer un optimisme discret qui reflète la foi inébranlable de Larsen, passionné par son travail. Sur le grand écran, la musique et les images se conjuguent pour offrir au spectateur une expérience cinématographique qui paraît bien plus vaste que son sujet de départ a priori modeste.
En définitive, We Are Stardust fait mouche non pas parce qu’il prouve ou réfute les affirmations de Larsen, mais parce qu’il célèbre l’esprit de recherche qui anime autant la science que l’art. Ce travail prometteur de Rasmussen nous rappelle que la découverte naît souvent non pas d’instruments pointés vers de lointaines galaxies dont le prix se mesure en milliards, mais d’un simple regard attentif porté au monde qui est là, sous nos pieds.
We Are Stardust a été produit par la société norvégienne Wonderline Productions, en collaboration avec la danoise CFC Short & Doc.
(Traduit de l'anglais)
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